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«Maintenant, ma maison est à eux» : derrière la guerre contre l’Iran, les Palestiniens plus que jamais menacés par les colons en Cisjordanie.

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Nous vous invitons avec insistance à écouter les trois témoignages de nos amis lors de la conférence du jeudi 5 mars dernier  à Die, salle séverine Beaumier

sur le séjour respectif en Cijordanie occupée, au mépris du droit international.

Nous avons grand plaisir à vous le proposer et en soulignons le grand intérêt…

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* Regards croisés sur la Cisjordanie – Témoignage de Pascal

https://vimeo.com/1171396618 <https://vimeo.com/1171396618>

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* Regards croisés sur la Cisjordanie – Témoignage de Sophie Claire

https://vimeo.com/1171398213 <https://vimeo.com/1171398213>

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* Regards croisés sur la Cisjordanie – Témoignage de Nicolas

https://vimeo.com/1171398780 <https://vimeo.com/1171398780>

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Ligue des Droits de l’Homme

Section du Diois

Michel Léon

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Dans le territoire où la colonisation israélienne s’accélère, six Palestiniens sont morts lors de violents affrontements avec des colons depuis l’attaque lancée contre l’Iran, le 28 février.

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Lors de l’enterrement de Thaer Hamayel, Palestinien de 24 ans, tué d’une balle à la tête à Khirbet Abu Falah, le 8 mars. 
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Nicolas Rouger envoyé spécial à Khirbet Abu Falah (Cisjordanie)
09/03/2026
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Il était 1 heure du matin dimanche 8 mars quand les portables des habitants de Khirbet Abu Falah ont sonné, relayant les appels à l’aide précipités de Palestiniens installés à la lisière est de cette petite bourgade tranquille de Cisjordanie, à une vingtaine de kilomètres de Ramallah. «Il faisait nuit, nous avons entendu des bruits. Je suis sorti de chez moi, j’ai vu une centaine de colons israéliens se diriger vers le village, raconte Abdulrahim Najib, 43 ans, qui habite dans une des dernières maisons du village. Les hommes du village sont arrivés et ont commencé à jeter des pierres pour les repousser.»

Les quelques vidéos de la nuit montrent de la confusion, des échanges de pierres de part et d’autre. Les colons sont identifiables à leurs habits noirs et leurs balaclavas. Des deux côtés, il y a de jeunes garçons. La violence a grimpé, dans l’obscurité des terrasses d’oliviers. Puis des coups de feu ont retenti. Fara’Hamayel, 57 ans, est mort d’une balle à la tête au pied d’un arbre. Thaer Hamayel, 24 ans, a été tué de la même façon au bord de la route en contrebas. Il faudra quarante minutes pour que l’armée israélienne intervienne, repoussant les Palestiniens vers le centre du village en tirant une copieuse quantité de gaz lacrymogène. Mohammad Hassan, 55 ans, est mort d’en avoir trop respiré. Au moins quinze autres personnes étaient toujours hospitalisées lundi, dont quatre avec des blessures par balles.

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Dix heures après l’attaque, les trois hommes étaient enterrés dans le cimetière du village, en haut d’une colline avec une vue imprenable. Le bruit des avions de chasse israéliens dont on peine à voir les ombres dans le ciel azur couvrait parfois les éloges funèbres exaltant «ces braves fils d’Abu Falah». Cette guerre a rendu les Palestiniens, et leur douleur, invisibles, notamment en détournant les projecteurs médiatiques de Gaza. En Cisjordanie, ils vivent une réalité dystopique sous scellés, les restrictions de mouvement les confinant à leurs villes et villages.

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Enquêtes sans lendemain

Alors qu’elle frappe en Iran, au Liban et à Gaza, l’armée israélienne explique ainsi vouloir protéger sa population. Pour les citoyens israéliens, la circulation en Cisjordanie est fluide, la majorité des routes étant maintenant séparées. Mais les Palestiniens se retrouvent à la merci des éléments les plus violents de la mouvance du Grand Israël. Ce qui s’est passé à Abu Falah est la troisième attaque meurtrière de colons en une semaine. Un berger de 28 ans a été tué en plein jour et à bout portant dans les collines désertiques au sud d’Hébron, le 7 mars. Et deux frères ont été tués dans le village de Qaryut, à quelques kilomètres d’Abu Falah, le 2 mars, par des colons. Arrivée sur les lieux, l’armée a arrêté 20 Palestiniens.

Officiellement, Tsahal dénonce ces violences. «Ces actions sont dangereuses et ne représentent ni le peuple juif ni l’Etat d’Israël», a condamné le général Avi Bluth, commandant de la région et pur produit des colonies. Les associations israéliennes anti-occupation dénoncent pour leur part une connivence entre l’armée et les colons. Une enquête a été ouverte, mais si on croit les statistiques, elle a très peu de chance d’aboutir. Depuis 2004, moins de 6 % des enquêtes ouvertes dans le cas de violences contre des Palestiniens mènent à une instruction, selon l’association israélienne Yesh Din. Et la moitié seulement se terminent en condamnation.

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Ce n’est pas que les troupes manquent : la présence militaire a été renforcée de huit bataillons en quelques jours. Depuis le 28 février, date du début de l’opération américano-israélienne contre Téhéran, ces soldats ont arrêté au moins 200 Palestiniens «impliqués dans le terrorisme», sans décliner leurs identités ou leurs crimes. Trente armes et au moins 380 000 shekels (environ 100 000 euros) ont été confisqués. Violentes, ces opérations mènent souvent à la réquisition de maisons palestiniennes, parfois suivies d’obligatoires photos souvenirs obscènes des soldats, qui font vite le tour des réseaux sociaux, comme un écho de celles prises à Gaza.

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Cadavre carbonisé de voiture

La peur des colons est relativement nouvelle à Abu Falah. La petite ville de 6 000 habitants est séparée du gros bloc de colonies autour des vestiges bibliques de Shiloh par deux autres villes, Turmus Ayya et Al-Mughayyir, qui sont régulièrement le théâtre de violences. Abu Falah est presque entièrement situé en zone B, censée être sous le contrôle civil de l’Autorité palestinienne. La première colonie sauvage est arrivée ici il y a seulement deux ans. «Jusqu’ici, ils restaient la plupart du temps de l’autre côté de la crête», relate Abdulrahim, dont la maison porte quand même un graffiti en hébreu «nekama», ou vengeance, vestige d’une attaque l’année dernière. Le cadavre carbonisé de la voiture de son voisin est encore là. Des mauvaises herbes poussent à travers les sièges.

Toute la journée de dimanche, les amis des victimes sont venus se recueillir sur les lieux de l’attaque. Sur la route où est mort Thaer Hamayel, un cercle de pierres entoure une tache de sang. Il caille, sous les pattes de quelques mouches aux reflets pétroles. «Je ne dors plus de la nuit maintenant», souffle Abdulrahim. Il craint pour sa famille, ses enfants, dont le plus jeune a 2 ans. Mais il ne veut pas partir, aller chercher la sécurité au centre du village et abandonner sa maison. Car la suite est prévisible, et elle s’accélère : justement, l’œil est soudain attiré par du mouvement, à quelques centaines de mètres. Sur le toit d’une maison, on aperçoit quelques personnes en train d’installer ce qui semble être une tente.

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Conversation impossible

La maison appartient à Raheb, la soixantaine élégante, lunettes de soleil bleutées et une grande galabia marron. «Maintenant elle est à eux», crache l’homme en remontant dans sa voiture. Il balaie d’une main toute proposition d’aller leur parler. La tentation est forte pourtant, même si sur la route qui mène jusqu’à la crête, les signes avant-coureurs sont décourageants. Des oliviers saccagés, une maison proprette calcinée, des jeux pour enfants vandalisés. En arrivant devant la maison de Raheb, une tête se dresse au-dessus de la clôture. Elle est suivie d’une dizaine d’adolescents, masqués, habillés de noir. La conversation est impossible ; les salutations, l’identité de l’étranger qui arrive, même une carte de presse à la main, n’empêchent pas les pierres jetées de briser les vitres du véhicule, manquant de peu la tête du conducteur.

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L’armée, avertie, prend son temps pour intervenir, remet en question les faits et ne viendra finalement pas. C’est un autre colon, averti par talkie-walkie, qui se présente en quad, avec femme et enfant. Il habite ici, de l’autre côté de la crête. «La violence est inacceptable, c’est vrai», concède Amishav, qui est végétarien et serait même «de gauche si [il] n’habitai[t] pas ici». Mais pour lui, «les Juifs ne font que se défendre. Tu entends ce qu’ils disent dans ces villages ? Que toute la Palestine leur appartient ? Alors que bien sûr qu’ici c’est notre terre, nous sommes le seul peuple à avoir des racines ici». Des sirènes résonnent dans la colonie voisine de Shiloh. Pour Amishav, les frappes en Iran, à Gaza, au Liban, ne sont qu’une partie nécessaire d’un plan divin, qui ne saurait s’arrêter tant qu’il ne sera pas accompli.

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Nicolas Rouger envoyé spécial à Khirbet Abu Falah (Cisjordanie)
09/03/2026

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