25 mars 2026
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À force d’avoir raison, nous avons perdu nos villages
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Dimanche dernier, j’ai pris ma première claque électorale. Qu’avons-nous raté pour que ce village de de 3200 âmes, (Dieulefit, dans la Drôme) réputé pour avoir « le cœur à gauche », bascule ? À mesure que les décisions des élu·es se sont accumulées, quelque chose s’est grippé. L’image s’est installée : celle d’« écolos » venus des villes pour imposer leur vision. Au nom des principes, nous avons perdu l’essentiel : le vivre-ensemble.
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Dimanche dernier, j’ai pris ma première claque électorale. Première claque, pour une première campagne. De celles qui suspendent la vie pendant des mois au verdict d’un soir, qui aspirent toute l’énergie, jusqu’à laisser, une fois les résultats tombés, un mélange de vide et de sidération.
43/56. A Dieulefit, petit village de 3200 âmes, la gauche a été battue pour la première fois depuis vingt ans. Avec près de 80 % de participation, la défaite est sans appel.
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Qu’avons-nous raté pour que ce village, réputé pour avoir « le cœur à gauche », bascule ainsi ? Qu’avons-nous raté pour qu’en quelques mois, s’installe une forme de guerre civile entre « bouffeurs de graines » et « fous du SUV », entre néos et « vrais Dieulefitois », sur fond de « c’était mieux avant » ?
Faire autrement, mais avec qui ?
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Il y a six ans pourtant, la fin de règne de la maire socialiste Christine Priotto — désormais confortablement installée chez Les Républicains à Valence — avait fait souffler un vent d’espoir. À l’instar d’autres petites villes drômoises, la liste citoyenne, Dieulefit Ensemble, remportait la mairie. L’ambition était claire : faire de la politique autrement.
Démocratie participative et écologie en étendards, les élu·es se sont investis pleinement, multipliant les projets et expérimentant de nouvelles façons d’agir.
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Un skatepark, une nouvelle école, une convention citoyenne pour attribuer les subventions aux associations, une maison de santé en projet.
Et puis l’écologie, en principe et en actes : moduler l’éclairage public pour préserver la biodiversité et les finances, supprimer le rallye du Picodon, jugé polluant et anachronique, renaturer la rivière, limiter le stationnement pour lutter contre les voitures ventouses.
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À mesure que les décisions se sont accumulées, quelque chose s’est grippé. L’image s’est installée : celle d’« écolos » venus des villes pour imposer leur vision.
Au nom des principes, nous avons perdu l’essentiel : le vivre ensemble — et, parfois, sans doute un peu de considération pour ceux qui n’avançaient pas au même rythme.
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“Annuler des projets de logement pour les familles pour installer des yourtes”
L’opposition s’en empare et caricature. Le projet d’habitat léger devient un délire yourtes de néo-soixante-huitards. La maison de santé et ses logements sociaux, un projet mégalo qui défigure l’entrée du village et des logements pour ceux qui ne viennent pas de chez nous.
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Dans cette guerre des tranchées qui s’est accentuée au fil des mois, où sont passés celles et ceux qui auraient dû nous assurer une victoire confortable ? Les gens de gauche.
Au mieux circonspects ou pire remontés, quand certains ont bien reconnu en l’opposition le visage de la droite, d’autres au contraire se sont laissés séduire par un “retour à la raison”. Village des justes ou du Rallye du Picodon. Sans doute un peu des deux.
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Car Dieulefit aime se raconter comme un village de Justes et de résistance, où nul n’est étranger. Et cette histoire est vraie. Mais il en existe une autre. Celle d’un ancrage politique plus nuancé, fait d’équilibres et de continuités. Deux mandats d’une maire socialiste aujourd’hui passée chez LR, précédés d’un mandat centriste. Pas très rouge, tout ça. Comme beaucoup de territoires ruraux, Dieulefit n’échappe pas à cette réalité : une culture politique du compromis, loin des radicalités affichées.
Quoi qu’en dise le miroir parfois déformant du récit médiatique, nos villages constituent encore, dans leur vie locale, l’un des derniers remparts face aux extrêmes qui progressent partout. Aux élections nationales, l’extrême droite monte ; aux élections locales, une forme de continuité politique — entre gauche et droite traditionnelles — demeure solidement ancrée.
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Ici on est le plus souvent sans étiquette, on se croise au café le matin, on ne peut pas se fondre dans le confortable anonymat des villes. Des minis-labos du vivre-ensemble, du vrai, celui qui brasse, qui demande un pas de côté et qui n’a rien d’un chemin facile.
Alors après cette claque, j’ai envie de me lancer une forme d’appel à moi-même et à toutes celles et ceux qui se reconnaîtront dans ce récit. À nous, les néos, il est temps de consacrer notre énergie collective à faire vivre ce qui tient déjà plutôt qu’à créer une énième association culturo-citoyenno-disruptive : les comités des fêtes, les associations de quartier, de commerçants, d’artisans, tous ces maillons discrets mais essentiels qui façonnent et tiennent debout nos villages.
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Et à nous, la gauche tiède, la trop peu, la pas assez, la sans éclat, partisane du juste milieu et d’une gauche humaniste : réveillons-nous. Non pour renoncer à nos convictions et à ce juste équilibre entre justice sociale et environnementale, mais pour réapprendre à les faire vivre avec les autres, tous les autres — afin que nos villages ne basculent pas dans une fracture durable entre ceux qui croient bien faire et ceux qui ne se sentent plus chez eux.
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Nathalie Blin, Candidate divers gauche de la Liste Dieulefit Ensemble, à Dieulefit, dans la Drôme à suivre sur Mediapart
Est-ce que le débat se joue entre locaux contre néos ou entre ruraux contre bobos ? Votre article incite à se poser la question. En tout cas, merci pour vos mots (et vos maux) qui montrent qu’avec un peu d’amour pour son prochain, la coexistence pourrait être viable. Il y a beaucoup de similitudes avec Die, me semble-t-il.
Une approche un peu plus fine du milieu rural, mais aussi sans doute plus humble parfois, permettrait d’éviter de créer, avec deux communautés distinctes, des petits Beyrouth de-ci, de-là sur nos territoires. Le principe d’universalité de la République est profondément enraciné chez les gens de la campagne, et c’est certainement le message qui est passé lors des dernières municipales. La réforme du mode de scrutin votée et défendue par la députée Marie Pochon a vraiment été mal accueillie dans les petites communes privées d’élections. D’ailleurs n’était-ce pas son suppléant votre tête de liste ? Pour être juste une autre catégorie de bobos, ceux de droite, laisseront un goût amer aux ruraux que nous sommes. C’est le cas, pour ce qui nous concerne, du sénateur « macroniste » Bernard Buis, qui, par ses liens familiaux et ses origines rurales, aurait dû, en toute logique, voter contre ce texte inique. En attendant, aucun des deux n’a pris la peine d’expliquer son vote. Dommage !