Crises pétrolière et du commerce mondial, conflit au Moyen-Orient : les écologistes avaient raison
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Depuis 50 ans les écologistes ont raison. Depuis les années 70, scientifiques et penseurs alertent sur les dégâts de nos habitudes de consommation et notre addiction à la croissance. L’embrasement autour de la guerre en Iran démontre la justesse de cette réflexion sans que, dans le débat actuel, il n’en soit jamais fait mention.
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Thomas Legrand
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Les acteurs les plus honnêtes du débat public reconnaissent désormais que, sur le réchauffement climatique, comme sur le catastrophique effondrement de la biodiversité, les écologistes avaient raison. Mais, depuis leur apparition visible sur la scène politique (René Dumont en 1974), sur la scène intellectuelle et journalistique (Ivan Illich ou André Gorz à partir des années 70), si la pensée écologiste est écoutée avec, au mieux, un certain respect, elle reste considérée comme marginale, catastrophiste et surtout cantonnée aux questions environnementalistes ou sanitaires. Depuis les années 2000 et l’apparition du sujet climatique, on reconnaît enfin à la pensée écologiste son apport à la question économique et sociale (Bruno Latour, Dominique Bourg). On parle aussi, enfin, de ses philosophes (Michel Serres) ; on redécouvre, avec la critique du progrès et le retour de la désobéissance civile, des penseurs activistes comme Henry David Thoreau ou Elisée Reclus.
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Mais si l’on écoute la vulgate quotidienne du débat général depuis le nouvel embrasement du Proche et du Moyen-Orient, il n’est jamais question des causes environnementales ou écologiques, ou indirectement, par le seul prisme énergétique de la difficulté d’acheminer le pétrole vers nos contrées et du renchérissement du prix du baril. La pensée écologiste est absente du débat géopolitique, comme si le climat, la biodiversité, la pollution étaient devenues des thèmes à part, hors sujet, secondaires face à l’urgence sécuritaire et économique du moment. La sphère régalienne, les questions de politique étrangère et de défense sont largement considérés comme inaccessibles aux écologistes.
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Addictions mortifères
Pourtant, cette actualité guerrière devrait démontrer au monde entier que les écologistes avaient la réflexion la plus pertinente et prospective dès 1972, date de publication de la première version (plusieurs fois remis à jour depuis) du rapport Meadows. Ce travail des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology, titré «Limites à la croissance (dans un monde fini)», décrit parfaitement et par avance les troubles possibles dans un monde shooté à la croissance carbonée. Et c’était avant les découvertes des effets du réchauffement climatique.
Les écologistes alertaient déjà, depuis le Club de Rome en 1970 (qui inspirera les auteurs du rapport Meadows) sur l’addiction de nos économies et nos habitudes mortifères de consommation créées par la logique capitaliste, sur notre rapport de drogués à la croissance. Ils mettaient en garde sur la folie du commerce mondial fait d’accords internationaux qui imposent qu’un quartier de bœuf, par exemple – une viande produite à peu près partout – puisse faire le tour du monde pour être découpé, conditionné et consommé ou que certains pays deviennent les usines à bas coût de produits à la fois jetables et indestructibles pour l’ensemble du monde.
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Situation absurde mais prévisible
Une bonne partie du pétrole essentiel à nos modes de vie et des milliards de tonnes de marchandises, plus ou moins utiles, sont bloquées dans le détroit d’Ormuz et notre façon de vivre serait menacée. Voilà une situation absurde, et pourtant si prévisible au regard de toute la littérature développée par les penseurs de l’écologie depuis une soixantaine d’années. L’absence de références à la question écologique dans tous les débats médiatiques, politiques et géopolitiques sur la crise au Proche et Moyen-Orient, l’absence de citation du moindre auteur ou texte écologiste et le poids déclinant (sauf en Grande-Bretagne en ce moment) des partis verts dans nos démocraties, révèlent une sorte de tragique Don’t look up général.
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Thomas Legrand