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Malte inaugure la prime à la non-voiture
Le mécanisme est simple : si vous avez moins de 30 ans, détenez le permis depuis au moins douze mois et résidez sur l’île depuis au moins sept ans, il vous suffit de remettre votre permis aux autorités pour recevoir 5 000 euros par an pendant cinq ans. Au terme de cette période d’abstinence, pendant laquelle vous vous engagez à ne pas prendre le volant, où que ce soit dans le monde, il vous faudra demander un nouveau permis après avoir suivi quinze heures de cours dans une auto-école. Par ailleurs, 6 000 euros sont accordés aux adolescents de 17 ans qui choisissent de rouler en scooter jusqu’à l’âge de 21 ans plutôt que de passer le permis.
L’objectif est clair, analyse Times of Malta : il s’agit de “s’adresser à une population dont les habitudes de mobilité ne sont pas encore figées pour tenter de battre en brèche l’idée que l’achat d’une voiture serait un passage obligé vers l’âge adulte”.
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Car la voiture est un gros problème pour Malte. Le plus petit État de l’Union européenne (316 km²), très densément peuplé (550 000 habitants), en est littéralement envahi : il compte 784 véhicules motorisés pour 1 000 personnes, l’un des taux les plus élevés de l’UE. “Ce n’est donc pas un hasard si le pays a décidé de mettre la main au portefeuille pour freiner cette obsession collective qui encombre ses rues et empoisonne l’air”, explique le site italien Green & Blue – les voitures et les camionnettes produisent 15 % des émissions de CO2 de l’UE.
Si réduire la circulation est incontestablement une bonne idée, la stratégie maltaise laisse toutefois dubitatif tant elle présente de failles. D’abord, il n’est pas nécessaire d’avoir une voiture pour en bénéficier. Surtout, pour qu’elle soit efficace, il faudrait la compléter par quelques mesures dissuasives. Par exemple, rendre le stationnement payant, mettre en place une circulation alternée en fonction des numéros des plaques d’immatriculation, réduire les subventions aux carburants, taxer davantage les véhicules polluants.
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À Malte comme ailleurs, le véritable défi ne consiste pas à récompenser les habitants qui ne conduisent pas, quel que soit leur âge, mais à proposer une solution fiable à ceux qui utilisent leur voiture tous les jours. Les moyens d’y parvenir sont bien connus : faciliter la vie des piétons et des cyclistes et, surtout, investir massivement dans les transports publics, qui, dans cette île de la Méditerranée, se limitent à un réseau de bus complètement saturé. Dans ce contexte, la prime gouvernementale ressemble beaucoup à une opération de communication – le budget de l’opération ne pourra d’ailleurs financer, au mieux, que 1 000 participants cette année, une goutte d’eau.
Alors, tant mieux pour ceux qui profitent de l’aubaine, comme cette jeune femme qui, selon Malta Independent, prévoit d’utiliser les 25 000 euros comme apport pour acquérir un logement. Après tout, elle aurait pu en profiter pour s’acheter une voiture.
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Pascale Boyen à suivre sur https://www.courrierinternational.com/
