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Face aux dégâts, une simple condamnation de Meta et Google ne suffit pas
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Mercredi 25 mars, un juge fédéral aux États-Unis a condamné les deux géants de la tech à verser 6 millions de dollars de dommages et intérêts pour mise en danger de la vie de mineurs. C’est beaucoup, mais ce n’est pas assez pour croire que les problèmes posés par ces “machines à broyer” que sont les plateformes sociales seront ainsi réglés, juge “Le Temps”.
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L’affaire est si énorme qu’elle fait penser à celle, datant de 1994, où une cliente de McDonald’s avait obtenu 480 000 dollars de réparation à cause d’un café servi brûlant. En 2026, c’est pour avoir passé jusqu’à seize heures par jour sur Instagram et YouTube qu’une autre Américaine a réussi à faire condamner les deux plateformes à devoir payer 6 millions de dollars.
Les deux cas ont un point commun : ils ont trait à la responsabilité individuelle. Sommes-nous aujourd’hui trop faibles, trop idiots ou désœuvrés pour passer des heures sur les réseaux sociaux ? Ou sommes-nous, et surtout les plus jeunes d’entre nous, pris dans des filets algorithmiques terriblement efficaces, au point de nous voler des pans entiers de nos vies ?
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Il y a assurément un peu des deux. Mais concernant les enfants, il est certain que la responsabilité des plateformes numériques est engagée. Quelles solutions envisager ? Espérer que le récent jugement américain change les choses ? Ce n’est sans doute pas une bonne idée : à court et moyen terme, les réseaux sociaux proposeront de nouveau quelques paramètres en plus pour les enfants, mais ce ne sera que de la poudre aux yeux. En parallèle, ils continueront à cibler sans vergogne les plus jeunes, comme WhatsApp vient de le démontrer en affirmant proposer bientôt des comptes pour les moins de 13 ans.
Réguler maintenant
Alors, que faire ? Réguler. Imposer des normes. Ne pas laisser ces plateformes viser délibérément les enfants. C’est bien sûr 1 000 fois plus difficile que d’infliger des amendes ou de transférer la responsabilité sur le dos des parents. C’est aussi terriblement ardu, car on s’attaque ainsi au cœur de métier de ces plateformes, qui vivent des milliards d’heures que des internautes leur offrent chaque jour.
Pour cela, l’Union européenne doit cesser de craindre des représailles de Washington et agir : clarifier ses règles, les simplifier, imposer de la transparence aux plateformes, les empêcher de s’attaquer aux plus jeunes, se donner les moyens d’auditer les algorithmes et de prononcer de lourdes peines le cas échéant…
C’est bien plus compliqué que de prononcer des bannissements, qui se généralisent sur la planète. Mais c’est s’attaquer au cœur du problème. Il s’agit d’un enjeu de santé publique auquel nul ne doit se soustraire. Alors, tentons d’agir, maintenant, sans placer trop d’espoir dans les procès spectacles qui ont lieu outre-Atlantique.
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