Lorsqu’un enfant est atteint d’un cancer, on pense avec empathie au combat qu’il va mener et à son innocence percutée. On pense aussi à ses parents, transformés en guerriers. On pense moins à sa fratrie, pourtant fortement affectée. Dans Sortir de l’ombre. Les frères et sœurs d’enfants gravement malades (Ed. Slatkine, 2020), la journaliste Muriel Scibilia donne la parole à ces mini-héros, des années après l’assaut. Une belle manière de rendre hommage à ceux qui ont fait les clowns ou les anges pour alléger la peine parentale, alors qu’ils auraient eu besoin de pleurer, de questionner, de partager, etc. Le mois de septembre est consacré au soutien du cancer de l’enfant. Cette année, focus sur la fratrie, qui a beaucoup à dire.

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Un constat d’entrée: la très grande maturité des témoignages. L’ouvrage comprend les contributions de spécialistes (pédopsychiatres, oncologues, anthropologues, etc.). Leurs éclairages sont passionnants, mais les récits des frères et sœurs, aujourd’hui dans la vingtaine, sont déjà si construits et si réfléchis qu’ils remplissent à la fois le rôle de souvenirs bruts et celui de commentaires. A travers cette qualité de regard, on mesure à quel point la maladie d’un tiers fait grandir.

De futurs médecins

Deuxième constat: nombre de ceux dont le frère ou la sœur ont survécu ont choisi des professions en lien avec le social ou la santé. Comme si ces veilleurs devaient manifester leur reconnaissance pour les bons soins administrés. Ou, plus simplement, comme si, à force de passer leurs journées à l’hôpital, certains avaient développé un attachement à ce milieu si particulier.