Sérénité et éco-anxiété
Transformer notre angoisse en espérance, notre espérance en courage, jouer un rôle, fût-il infime mais pas futile, dans ce formidable sauvetage qui nous attend… c’est ce à quoi nous invite la jeune médecin Alice Desbiolles. Riche et vite lu, dans un style accessible à toutes et tous, l’ouvrage est de nature à donner un supplément d’optimisme aux nombreux éco-anxieux qui espèrent un sursaut de lucidité collectif.
Pour ma part, je voudrais souligner l’intérêt d’un certain nombre de thèmes abordés :
A commencer par la critique du terme développement durable qu’à mon avis nous devrions remplacer par exemple par « économie soutenable ou responsable » ;
La mal-être piégeant d’une existence qui ne correspond pas à nos valeurs profondes même s’il est compliqué de franchir le pas vers une « nouvelle vie », tant est prégnante cette « désirabilité sociale » (modes, personnalités inspirantes, manières de consommer ou de « réussir » dans la vie…), invitation à désirer autrement pour se réaliser pleinement et accéder à une certaine forme de libération, tout en portant haut les couleurs de notre différence face à la pression sociale, en devenant ce que j’appelle des « marginaux intégrés », en percolant d’un citoyen à l’autre la pensée écologique pour faire face à la déroute environnementale ;
Les cinq étapes de la solastalgie (éco-anxiété) ainsi que le portrait-robot des profils éco-anxieux (deuil solastalgique) qui permettent à la lectrice et au lecteur de se repérer et de cheminer vers la confiance en la possibilité d’un avenir heureux et d’une solastalgie raisonnée et positive, facilitant ainsi le passage de la prise de conscience à la prise de décision (passer du stade d’éco-anxieux passif à celui d’éco-anxieux engagé) ;
Le positionnement de la jeunesse, souvent capable de vivre avec des moyens modestes, qui pourrait être active dans cette remise en cause de nos modes de vie et de consommation issus des Trente Glorieuses… même si le comportement quotidien de 18-24 ans ne diffère pas, ou peu, de celui de ses ainés, mais comme ils ne possèdent rien et gagnent peu pour l’instant ils ont plus facile ;
La critique de la foi immodérée en la technique, cette chimère du technicisme (avec en arrière-plan la redoutable question de l’homme augmenté, du transhumanisme et du machinisme totalitaire) … cette façon de « botter en touche » ou de repousser à plus tard les efforts à faire en servant de caution à l’inaction, aux dénégations collectives, à ce « silence socialement construit », où l’individu reste un « coopérateur conditionnel » (nous acceptons plus facilement de faire un effort si les autres le font aussi)
Le trouble de déficit de nature lié à la tyrannie technologique, à notre techno-dépendance, à une certaine ignorance (ou mépris ?) de notre intelligence émotionnelle, certes à conjuguer avec notre pensée stratégique, incarnant ainsi les deux piliers de la sensibilisation aux enjeux écologiques… conduisant l’auteure à nous parler de sylvothérapie, de « bains de forêt », plus largement du rôle de la nature pour réguler nos émotions et « s’enivrer à loisir des charmes de la nature » ;
Toutes ces thématiques nous encouragent par conséquent à accéder à la sagesse solastalgique, qui nous rend paradoxalement plus résistants face aux « cygnes noirs ». N’est-ce pas le bon choix ?
Il est vrai qu’il a manqué une clarification concernant les « écolos ». Car, des adeptes de la « technologie verte et croissantiste » aux écolos radicaux, les valeurs sont bien différentes et ne se réfèrent pas en réalité aux mêmes perspectives.
Ces quelques lignes m’incitent à rappeler qu’à l’initiative du Laboratoire de la Transition, le groupe de travail « Les Suites du Monde » aborde ces questions et qu’il devrait persévérer dans cette voie « balbutiante ».
Ce passionnant ouvrage vient en résonnance avec celui du « Laboratoire » sous ma signature (« Nantis sceptiques, devenez écolos, et changez le monde, vous aussi »1). J’y aborde des concepts clés (indicateur émotionnel, transe hypnotique collective, addiction socio consuméristes –autant de concepts que nous devons au professeur Favre, l’apport de la Spirale Dynamique, de la Théorie U, l’approche prospective de Marc Halévy et les scénarios de crise, les apports de Pablo Servigne sur l’entraide…) qu’il serait sans doute intéressant de croiser avec les sujets abordés par l’auteure.
Pour le Laboratoire de la Transition
Jean-Louis Virat
26150 Die
1 Ouvrage disponible à la Librairie Mosaïque de Die, la librairie Sauts et Gambade de Dieulefit, la librairie la Balançoire de Crest ou commandes : www.amadeor.fr