Peut-on démarchandiser la société ?
.
Face à l’emprise croissante du marché sur nos existences, la question de la démarchandisation s’impose dans le débat public. Se loger, se soigner, travailler ou vieillir : tout semble aujourd’hui soumis à une logique de prix. Pourtant, les aspirations à la dignité, à la justice et à la solidarité n’ont jamais été aussi fortes.
À partir de son dernier ouvrage,Nos vies ne sont pas des marchandises (Seuil, 2026), Boris Vallaud, député et président du groupe Socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale, débat avec Benoît Heilbrunn, codirecteur de l’Observatoire Marques, imaginaires de consommation et politique de la Fondation, et Guénaëlle Gault, directrice générale de L’ObSoCo, sur la nécessité de repenser le rôle des services publics, des droits et des biens communs pour redonner du pouvoir aux citoyens. Laurent Berger, co-président du Conseil d’orientation scientifique de la Fondation, conclut cette table-ronde, animée par l’essayiste Diana Filippova.
.
Guénaëlle Gault, Benoît Heilbrunn, Boris Vallaud, Laurent Berger, Diana Filippova
.
.
Démarchandiser.
.
Et si le mot qui peut changer nos vies était sous nos yeux depuis toujours? Il peut surprendre. Il dit pourtant l’essentiel.
Depuis quarante ans, la logique du marché s’est imposée comme l’horizon indépassable de nos sociétés : se loger, se soigner, apprendre, travailler, boire, vieillir, mourir, tout semble devenu affaire de prix. Pourtant, jamais l’aspiration à la dignité, à la justice et à la fraternité n’a été aussi forte. Face à l’épuisement du modèle néolibéral, une question s’impose : que devons-nous arracher au marché pour rendre à chacun le pouvoir de vivre pleinement ? Notre histoire politique porte une réponse. Elle tient en un principe simple et radical : protéger le vivant, les liens humains, les biens communs.
Démarchandiser, c’est refuser que nos existences soient réduites à des transactions. C’est reconstruire des droits, des services publics, des solidarités. C’est reprendre la main sur nos démocraties et notre destin collectif.
Dans ce livre, Boris Vallaud trace un chemin de résistance et de refondation pour la gauche, mais surtout un horizon pour le pays : refaire de nos vies autre chose que des marchandises.
.
Boris Vallaud est député des Landes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.
.
Démarchandiser la vie, un programme pour la gauche en 2027
.
Depuis l’année dernière, un livre publié aux Etats-Unis s’est peu à peu mué en événement doctrinal : Abundance d’Ezra Klein et Derek Thompson. Les deux auteurs ont convaincu une part importante de la gauche américaine de changer de boussole : ne plus seulement redistribuer après coup, mais construire, produire, livrer. Ce qui m’a frappé, c’est moins la thèse elle-même que le geste sous-jacent : la gauche américaine s’est ressourcée en puisant dans son imaginaire national, celui de la frontière, cette grande promesse qui noue, au moins depuis Turner, liberté et abondance matérielle. D’où le succès, à la fois critique, commercial et politique. Une doctrine s’impose plus facilement lorsqu’elle se moule dans une langue qu’un peuple reconnaît comme sienne.
De ce côté-ci de l’Atlantique, un livre fait exactement le même geste, mais en puisant dans une autre tradition, celle du socialisme. Boris Vallaud, député PS des Landes, signe Nos vies ne sont pas des marchandises *, à paraître dans quelques jours aux Editions du Seuil . Une réflexion stimulante sur la façon de retraduire le socialisme pour le XXIᵉ siècle. C’est, à mon sens, la proposition intellectuelle la plus consistante qu’ait produite la gauche française depuis longtemps.
.
Raphaël Llorca
.

