Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : Charles Alloncle flingue un outil parlementaire essentiel
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Hier, Charles Alloncle s’est réveillé déjà vainqueur. Rapporteur d’une commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le député a verrouillé tous les scénarios : publication ou non, il transformera son rapport en opération médiatique. Mais derrière le coup politique, nombre d’élus dénoncent un texte biaisé, agressif et éloigné de toute rigueur. Une dérive qui interroge sur l’usage des commissions d’enquête, censées éclairer le débat démocratique, pas servir de tribune partisane.
Après plus de quatre heures d’une réunion électrique à huis clos et plusieurs suspensions, les députés membres de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public se sont prononcés, ce lundi 27 avril, pour la publication du rapport de Charles Alloncle. Douze pour, dix contre et huit abstentions. À défaut d’avoir participé à cette journée, contentons-nous d’imaginer : 8 h 30. Driiiiiing : le smartphone sur la table de chevet de Charles Alloncle lui signale qu’il est l’heure de sauter du lit. Comme tous les jours, le voilà lancé dans sa morning routine, celle des Gaulois pas peu fiers de leur terroir : café-clope-caca avant de passer un costume sobre et de domestiquer cette satanée tignasse blonde. Habituellement, tout ce petit rituel se passe dans un silence monacal. Mais ce lundi 27 avril au matin, chacun de ses mouvements semble accompagné d’un petit filet sonore aigu, un truc léger et régulier, qui virevolte dans son habitation : il sifflote la bande-son de sa propre victoire, sorte d’onanisme acoustique. Car aujourd’hui, Charles Alloncle, député ciottiste bombardé rapporteur de commission d’enquête sur l’audiovisuel public va gagner à tous les coups. En début d’après-midi, les trente députés qui composent le cénacle vont se réunir, en privé pour voter les conclusions de son rapport. Un document de 300 pages accompagné de 80 recommandations qui seront, en fonction du choix des députés présents, rendu public ou non. Déjà, Charles s’en contrefiche. On vous l’a dit : pile, il gagne, face, ils perdent.
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La décision est tombée : le rapport sera donc publié. On voit déjà l’élu, dossier labellisé « Assemblée nationale » sous le bras, se lancer dans une tournée des plateaux télévisés pour nous conter son narratif populiste sur cet audiovisuel public flambeur et gauchisant. Mais s’il avait perdu le vote, de toute, façon, il aurait pu en faire son beurre autrement, en entamant le même marathon médiatique, principalement sur les ondes bolloréennes (CNews, Europe 1…), mais cette fois, pour se poser en victime d’une censure fomentée par un petit milieu médiatico-politique adepte de l’entre-soi. Redoutable..
D’autant que ce rapport, à en croire de nombreux élus membres de la commission, « relève de l’inquisition et non de la recherche des faits », expliquait Ayda Hadizadeh, députée socialiste du Val-d’Oise, qui se disait, lors d’une conférence de presse, « choquée par le ton adopté ». On y trouverait notamment des mensonges, insinuations et attaques ad hominem. Un style qui reste finalement cohérent avec ce qu’auront été les six mois d’auditions – de différentes figures de l’audiovisuel public tricolore – qui ont précédé l’écriture du dossier : un spectacle sur mesure pour le roquet ciottiste qui n’aura pas hésité à porter des accusations, sans le moindre commencement d’une preuve, contre plusieurs auditionnés… et même contre certains de ses confrères. On se souvient notamment qu’il avait accusé le président de la commission d’enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), d’entretenir des liens avec des actionnaires de Mediawan, premier fournisseur de programmes de France Télévisions. Et on attend toujours qu’il le prouve !
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Une tribune politique partisane
De quoi faire dire à l’écologiste Sophie Taillé-Poila, qui a participé à cette mission d’enquête, que « cette commission aura créé un précédent détestable car elle a donné à voir une image du Parlement avec des vérités alternatives. Le rapporteur a dévoyé ce qu’est une commission d’enquête parlementaire. Il a dénaturé l’outil ». Et on ne peut qu’acquiescer. Les commissions d’enquête parlementaire ont longtemps permis de faire avancer le débat démocratique et de développer des textes législatifs allant dans le sens de l’intérêt commun. En 2013 par exemple, après les révélations sur le compte caché de Jérôme Cahuzac, l’Assemblée nationale crée une commission d’enquête sur les dysfonctionnements de l’action du gouvernement. Son objectif était de comprendre comment un ministre a pu frauder sans être détecté. Le rapport pointera des défaillances graves de l’administration fiscale, un manque de transparence des responsables publics et des contrôles insuffisants sur le patrimoine des ministres. Résultat : en octobre de la même année, le Parlement adoptera deux lois majeures, la loi sur la transparence de la vie publique et la loi sur la lutte contre la fraude fiscale, et créera une nouvelle autorité indépendante, la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique)
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Alors forcément, quand une commission d’enquête se transforme en tribune politique partisane, on désespère. D’autant qu’il y en aurait probablement eu, des choses à dire, sur l’audiovisuel public. Sur ses lourdeurs, ses angles morts, ses arbitrages contestables, ses dépendances – bref, de quoi nourrir un vrai débat, sérieux, contradictoire, utile. Mais encore aurait-il fallu chercher à comprendre plutôt qu’à accuser, à éclairer plutôt qu’à caricaturer. À la place, on aura eu droit à un numéro bien rodé, pensé non pas pour produire du droit, mais du bruit. Et Charles Alloncle, lui, peut continuer de siffloter : dans ce vacarme-là, c’est toujours lui qui s’entend le mieux.
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