« On n’est plus dans les années 1950 » : à Vannes, l’abattage d’arbres pour un projet hôtelier irrite les riverains
.
Dans le cadre de la réhabilitation de l’ancien Greta à Vannes (Morbihan), qui doit accueillir un hôtel et des logements, le projet prévoit l’abattage de 19 arbres alors que plusieurs espèces protégées ont été répertoriées sur le site. Les riverains s’y opposent. Une consultation publique est en cours.
.
Dans le cadre de la réhabilitation de l’ancien Greta à Vannes (Morbihan), qui doit accueillir un hôtel et des logements, le projet prévoit l’abattage de 19 arbres, dont deux cèdres emblématiques, alors que plusieurs espèces protégées ont été répertoriées sur le site.
« On n’est plus dans les années 1950. Désormais, c’est la construction qui doit s’adapter à l’environnement, pas le contraire. Là, tout laisse à penser que le projet a été monté sans tenir compte des arbres pour, au final, estimer qu’ils dérangent et qu’il faut les abattre », s’insurge Dominique Jouaillec, secrétaire de l’association des riverains de l’OAP La Rabine.
Cette grogne porte sur le projet emblématique de cette Orientation d’aménagement et de programmation (OAP) porté par la Ville de Vannes (Morbihan) : la réhabilitation de l’ancien Greta, aussi connu pour avoir accueilli l’école normale d’institutrices et en friche depuis dix ans. Sur ce site, idéalement implanté sur la rive droite du port, la municipalité a annoncé l’aménagement d’un hôtel de luxe de 70 chambres et de 73 logements. Projet à 27,5 millions d’euros qui a été confié à l’entreprise rennaise Bati-Armor en mars 2025.
.
Pic-vert, grimpereau, moineau, mésange…
L’association des riverains, qui a déjà engagé un recours devant le tribunal administratif contre ce projet, pointe cette fois l’aspect environnemental. Pour mener à bien ses travaux, l’entreprise demande à pouvoir abattre 19 arbres – sur les 31 présents sur la parcelle – et détruire certains bâtiments. Une requête qui, appuyée par la Ville, doit faire l’objet d’une dérogation à la destruction de sites de reproduction d’espèces protégées de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM).
Comme le souligne la note de présentation, établie par le bureau d’études Foxaly et consultable sur le site de la préfecture du Morbihan, « les prospections terrain ont permis de détecter la nidification du pic-vert, du grimpereau des jardins, du moineau domestique, de la mésange bleue, du chardonneret élégant et de la sitelle torchepot dans le parc arboré ». Sachant que d’autres espèces protégées ont également été répertoriées dans les cavités des façades et autres murs (des oiseaux mais aussi des lézards).
.
Les deux cèdres concernés
Contactée, la mairie souligne « qu’avec les 2 500 m2 de parc du projet, la surface « verte » sera triplée, avec une désimperméabilisation des sols de près de 50 % par rapport à l’existant. »
L’étude souligne la présence de deux cèdres déodore, estimant qu’« un point d’attention particulier doit être porté » à ces deux arbres « d’un âge important au regard de leurs dimensions » et qui « jouent un rôle paysager important et agrémentent le site. » Selon un barème spécifique, ces experts fournissent même une évaluation de ces arbres, à savoir « environ 14 000 € et 17 000 € ». Pour autant, il est prévu de les abattre.
Pour compenser, le porteur de projet s’est engagé à replanter 45 arbres et à installer des nichoirs et autres pierriers pour les espèces protégées. En conclusion, le rapport estime « que les travaux à venir sur les bâtiments du Greta ne sont pas de nature à nuire au maintien des populations d’espèces protégées présentes sur le site ».
.
« Risque de créer un îlot de chaleur »
De son côté, l’association des riverains reste dubitative. « Il est établi qu’un arbre replanté mettra 20 voire 30 ans à retrouver les fonctions écologiques d’un arbre mature. On va sacrifier une génération entière de biodiversité. Et à l’heure de réchauffement climatique, le risque de créer un îlot de chaleur est évident », pointe Dominique Jouaillec. Opposés à l’abattage, ces riverains s’interrogent aussi sur la forme de cette consultation qui a débuté le 16 avril et se termine jeudi 30 avril : « Nous sommes tombés dessus par hasard. Il n’y a pas eu de communication. On invite chacun à aller consulter ce dossier et à donner son avis. Au passage, on note qu’à chaque fois qu’il y a une étape importante dans ce dossier, cela tombe pendant des vacances scolaires… »
Contactée, la mairie souligne « que les espèces protégées vont toutes bénéficier de mesures compensatoires. Il n’y a donc aucun doute à avoir sur le fait que toutes les mesures nécessaires sont prises pour préserver la biodiversité. Et rappelons qu’avec les 2 500 m2 de parc du projet, la surface « verte » sera triplée, avec une désimperméabilisation des sols de près de 50 % par rapport à l’existant. » Également sollicitée, l’entreprise Bati-Armor n’a pas souhaité communiquer.
.
Etienne Mve
28/04/2026