840 000 décès et 1,4% du PIB : les impacts croissants des risques psychosociaux chez les travailleurs
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A l’occasion de la journée internationale des droits des travailleurs, célébrée le 1er mai, Novethic revient sur le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail. Celle-ci alerte sur la dégradation croissante de la santé mentale des travailleurs. 840 00 décès annuels sont ainsi imputables aux souffrances psycho-sociales au travail. Une crise qui coûterait jusqu’à 1,37% du PIB mondial chaque année.
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La santé mentale des travailleurs dans le monde continue de se dégrader à une vitesse alarmante. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), publié fin avril 2026. Selon l’organisme, la crise internationale et les perturbations géopolitiques et économiques, mais aussi les rapides mutations technologiques ont contribué ces dernières années à modifier de façon profonde les organisations du travail à travers le monde, avec un impact croissant sur le bien-être psychosocial des salariés. L’OIT alerte ainsi sur la hausse du « stress au travail », de « la précarité de l’emploi », de la « violence et du harcèlement », mais aussi sur le déséquilibre croissant entre vie privée et vie professionnelle, favorisés par l’uberisation et le travail des plateformes, la course à la productivité ou encore la percée de l’IA.
Conséquence : près de 15% des travailleurs souffriraient aujourd’hui d’un trouble de la santé mentale, notamment de dépression et d’anxiété. Près de 840 000 décès seraient chaque année « imputables à des maladies cardiovasculaires ou à des troubles mentaux », causés par des facteurs de risques psychosociaux dans les entreprises. Une crise inédite, qui a aussi un coût économique croissant.
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35% des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48 heures par semaine
La souffrance psychosociale des travailleurs représente une perte annuelle équivalente à 1,37% du PIB mondial, estime l’OIT, et 12 milliards de journées de travail par an seraient perdues. L’« exposition à une durée excessive du travail est notamment l’un des facteurs de risque psychosocial majeur » aujourd’hui dans le monde, contribuant à la hausse des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux : 35% des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48 heures par semaine, selon l’organisme. Mais c’est aussi l’organisation du travail qui est pointée du doigt. Dans des organisations conçues pour maximiser la productivité, les salariés sont de plus en plus exposés au stress et à la pression au travail, ce qui contribue à dégrader leur santé mentale. Près d’un quart des salariés à l’échelle mondiale ont ainsi « subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière professionnelle », notent les auteurs, notamment des formes de violences psychologiques, souvent liées à l’organisation managériale.
Les évolutions récentes du monde du travail, notamment l’essor du travail indépendant, ou l’émergence de l’intelligence artificielle ont également contribué à augmenter l’incertitude professionnelle ou la peur de perdre son emploi, là encore avec des conséquences directes sur le bien-être mental des travailleurs. Sans compter la perte de sens au travail, qui est régulièrement pointée du doigt dans les études scientifiques sur les conditions de travail. L’OIT alerte ainsi sur la multiplication des pathologies liées à la santé mentale au travail : dépression, troubles anxieux, épuisement professionnel, troubles du sommeil… Au sein de l’Union européenne, « la dépression professionnelle coûte plus de 100 milliards d’euros chaque année, dont plus de 80% des dépenses sont à la charge des employeurs », note ainsi l’OIT.
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Mieux évaluer, mieux dialoguer, repenser l’organisation du travail
Face à cette crise, l’institution appelle notamment les Etats à se doter de politiques transversales permettant de mieux évaluer et mesurer les risques psychosociaux des travailleurs. « Les dangers psychosociaux n’étant pas toujours directement observables », l’OIT recommande de construire des systèmes visant à mieux identifier les risques. L’organisation recommande notamment de revaloriser au sein des entreprises le dialogue social, notamment avec les représentants syndicaux ou les représentants de salariés, qui sont les plus proches des réalités de terrain et des souffrances vécues par les travailleurs.
Mais c’est surtout l’organisation du travail qui doit être repensée, selon l’OIT. Le rapport insiste notamment sur la nécessité d’aller au-delà des « mesures individuelles visant à protéger et à promouvoir la santé » pour « s’attaquer aux déterminants organisationnels du travail susceptibles de générer des risques psychosociaux ». Parmi ces mesures structurelles : « améliorer la conception, l’organisation et la gestion du travail », « renforcer la gestion de la charge de travail, la conception des postes de travail, la clarification des rôles », mieux gérer « l’organisation du temps de travail, la dotation en personnel et les mécanismes de participation »… « Lorsque le milieu de travail sur le plan psychosocial est caractérisé par l’équité, la confiance et le soutien, il améliore la santé et le bien-être, stimule la motivation et la productivité, et réduit le stress lié au travail ainsi que ses effets négatifs », résume l’OIT.
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En France plus particulièrement, les conditions de travail se dégradent ces dernières années et le pays est désormais l’un des plus mauvais élèves européens sur le sujet. Une crise qui s’amplifie alors que les différentes réformes portant sur le travail, focalisées sur la lutte contre le chômage et la réduction du coût du travail, continuent d’ignorer l’organisation et les conditions de travail.
