Commémoration de la Victoire du 8 mai 1945
Vendredi 8 mai 2026
Madame La Maire a plaisir d’inviter la population dioise et les autorités à participer en grand nombre à la cérémonie commémorative, qui se déroulera le vendredi 8 mai 2026.
- 11h30 : rassemblement à la plaque des Fusillés, rue Aristide Briand où nous déposerons une gerbe.
- Puis le cortège se rendra jusqu’au Square du Souvenir Français, devant le monument aux morts pour la cérémonie officielle.
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Libérer le territoire
Au début de 1944, si le sort des armes semble pencher en faveur des Alliés sur les différents fronts (Méditerranée, Est, Pacifique), la guerre est loin d’être finie. La plupart des colonies françaises et quelques départements, en Algérie et en Corse, sont maintenant administrés par la France libre, désormais dirigée par un Comité français de libération nationale (CFLN) mis en place à Alger en juin 1943. Les Alliés se sont mis d’accord dès cette année-là, malgré les réticences de Winston Churchill, sur la nécessité d’un prochain débarquement au nord-ouest de l’Europe, complétant la poussée soviétique enclenchée après le tournant de Stalingrad et de Koursk ainsi que la lente progression dans le sud de l’Italie.
La Résistance intérieure française a vu une arrivée massive de jeunes hommes cherchant à fuir le Service du travail obligatoire (STO), instauré par Vichy en février. Les maquis se multiplient et augmentent leurs effectifs dans des zones difficiles d’accès, particulièrement les montagnes. Armés via les airs par les Britanniques, certains d’entre eux ont commencé à libérer symboliquement des portions réduites du territoire. En février 1944, le mouvement d’unification de la Résistance, entamé par Jean Moulin sur les plans politique et militaire en 1942 et 1943, aboutit à la création des FFI, nées de la fusion entre l’Armée secrète et les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), proches des communistes. Les maquis sont alors amenés à jouer un rôle important, en détournant les forces de l’Allemagne nazie des littoraux où les Alliés envisagent de débarquer.
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Le premier de ces débarquements, repoussé un temps en raison du mauvais temps, a lieu entre Cherbourg et Le Havre aux premières heures du 6 juin 1944. Préparé minutieusement depuis plusieurs mois en Angleterre sous la supervision du général américain Eisenhower, il a conduit les services de renseignement alliés à une entreprise de désinformation des services allemands visant à faire croire qu’il aurait lieu dans le Pas-de-Calais : cette opération, baptisée Fortitude, est un succès qui laisse l’armée allemande dans un brouillard relatif. En ce 6 juin, l’opération Overlord conduit 160 000 soldats alliés (états-uniens, britanniques, canadiens et quelques centaines de Français) à affronter 40 000 Allemands dirigés par Rommel. À la fin du premier jour, les pertes alliées (10 000) sont relativement réduites au regard des conditions difficiles. Même si les plages sont prises, les troupes du Reich sont solidement installées et fortifiées dans la région. La résistance allemande est farouche et conduit à des retards dans la progression attendue, en particulier sur le flanc est, que dirigent les forces britanniques. Les combats se poursuivent pendant une grande partie de l’été jusqu’à une percée dans le Cotentin et l’Orne. La maîtrise logistique se révèle capitale, avec la création de deux ports artificiels et le travail de destruction des infrastructures ennemies.
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Premiers débarquements
La Résistance, par ses réseaux et ses mouvements, joue un rôle majeur dans le renseignement des Alliés et dans le harcèlement des troupes allemandes qui se déplacent vers le front de Normandie ou remontent vers le Nord- Est. De très nombreux sabotages ferroviaires ont ainsi lieu au sol, complétant les bombardements alliés. Les difficultés allemandes sont augmentées par le débarquement en Provence. Le 15 août, l’opération Dragoon associe ainsi trois divisions américaines à sept divisions françaises faisant partie d’une armée B (renommée 1re armée française en septembre) reconstituée d’éléments épars. Celle-ci compte de nombreux soldats issus des colonies qui se sont illustrés en Italie, au pied du mont Cassin. Contrairement à la Normandie, le débarquement franco-américain en Provence se heurte à une résistance moins farouche puisque, dès le 16 août, Hitler ordonne un repli vers le Rhône. Marseille et Toulon sont ainsi libérés bien avant la date prévue.
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Les Alliés, surtout les Américains, sont réticents à reconnaître l’autorité du général de Gaulle.
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Décidés à maintenir l’ordre dans les futurs territoires libérés, les Alliés, singulièrement les Américains, sont réticents à reconnaître l’autorité du général de Gaulle, dont ils se méfient. Mais celui-ci bénéficie en 1944 d’un large soutien parmi la population française et dans la Résistance, qui se manifeste par la diversité des orientations politiques au sein du Conseil national de la Résistance (CNR), de l’Assemblée consultative et du CFLN, qui se transforme en juin en Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Dès le 14 juin, de Gaulle arrive en Normandie, conscient de la nécessité de marquer les esprits. Utilisant le prestige gagné en Afrique par la 2e division blindée du général Leclerc, il obtient auprès des Américains – contre l’assurance qu’elle n’inclura plus de soldats noirs ! – qu’elle participe à la libération de Paris, qui a lieu le 25 août. L’autorité du Général est enfin formellement reconnue par les Alliés le 23 octobre.
Abandonnées par les troupes allemandes ou reprises à l’issue d’une insurrection, comme à Paris, de nombreuses portions du territoire sont ainsi libérées au cours de l’été et de l’automne 1944. Le 12 septembre, les deux armées font leur jonction en Bourgogne. Après la bataille des Vosges, Leclerc entre à Strasbourg le 23 novembre, accomplissant ainsi le serment fait avec ses hommes le 2 mars 1941 à Koufra, dans le désert libyen, de faire flotter le drapeau français sur la cathédrale de la capitale alsacienne. Ainsi, à la fin de l’année 1944, l’essentiel du territoire est libéré – Colmar et les poches de l’Atlantique restent à conquérir. Mais cette progression, certes rapide, est marquée par de nombreux drames.
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Les souffrances de la Libération
Les Français n’ont pas tous vécu la même expérience de la guerre. Cela est également vrai pour la Libération. La violence de l’occupant et de son auxiliaire vichyste frappe durement certaines populations et l’année 1944 est à ce titre particulièrement meurtrière : les quelques mois qui précèdent le débarquement en Normandie peuvent s’apparenter à une guerre civile. La Milice, fondée en 1943 et dirigée par Joseph Darnand, se déchaîne contre les Juifs et les résistants. Le 10 janvier, sa branche lyonnaise, dirigée par Paul Touvier, assassine l’ancien président de la Ligue des droits de l’homme Victor Basch et sa femme Hélène. En mars, la Milice s’associe aux groupes mobiles de Vichy et aux troupes allemandes pour réprimer de manière impitoyable les maquisards des Glières (Haute- Savoie). Le 16 avril, elle sème la terreur à Vassieux-en-Vercors (Drôme), prélude sanglant à l’assaut de la « forteresse naturelle » par les Allemands en juillet. En cette même année meurent aussi Georges Mandel, ancien ministre incarcéré par Vichy, et l’historien Marc Bloch, assassiné par l’occupant parce qu’opposant, Juif et résistant. La Gestapo conduit jusqu’au bout, avec la complicité des autorités de Vichy, la déportation des Juifs. Le 6 avril, quarante-quatre enfants juifs réfugiés à la maison d’Izieu (Ain) sont dénoncés, raflés et déportés à Auschwitz.
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Massacre de Vassieux-en-Vercors en juillet 1944
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Les cadavres dans une rue de Vassieux, le 9 août, une vingtaine de jours après le début des massacres.
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« Vassieux en Vercors : Le nombre total de morts varient selon nos sources de 174 à 202 : plus de 100 combattants des FFI (Forces françaises de l’intérieur), environ 80 habitants, hommes, femmes, enfants ou vieillards. Le village est détruit à 97 % : 240 maisons ont été démolies, ainsi que l’église, la mairie, l’école. Des centaines de vaches, chevaux, porcs, etc. ainsi que des machines agricoles et des récoltes ont été volées ou détruites. Ici, il s’agissait de parachutistes de la Luftwaffe, de Osttruppen (légionnaires russes, ukrainiens, caucasiens, couramment nommés « Mongols ») et de Français. Nous n’oublierons jamais ! » MCD
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Au 1er mars 1944, les forces d’occupation en France comptent 1,5 million de soldats et auxiliaires. Leur repli, à partir du mois de juin, conduit les soldats de la Wehrmacht et de la SS à commettre de nombreux massacres de civils, comme à Ascq (Nord) dès le 2 avril. À Tulle (Corrèze), après avoir libéré la ville, les résistants ont dû fuir ; 99 habitants sont pendus dans les rues lorsque la division SS Das Reich la reprend. Le lendemain, 10 juin, en représailles à la capture d’un officier en Haute-Vienne, des unités de cette même division massacrent 643 civils, dont 350 femmes et enfants brûlés vifs dans l’église, dans le bourg d’Oradour-sur-Glane. D’autres massacres sont commis par les SS, à Buchères (Aube) le 24 août, à Maillé (Indre-et-Loire) le 25, et par l’armée allemande dans la vallée de la Saulx (Meuse) le 29.
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Le 10 juin, la division SS Das Reich massacre 643 civils dans le village d’Oradour-sur-Glane.
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De plus, partout où les maquisards décident de se soulever, ils sont écrasés par l’armée allemande, comme au mont Mouchet (aux confins de la Haute-Loire, de la Lozère, du Cantal et du Puy-de-Dôme) en juin ou dans le Vercors en juillet. Ces réduits jouent un rôle non négligeable en fixant des troupes allemandes, mais ils sont autant de drames humains qui mettent en valeur les différends entre Résistance intérieure (FFI) et extérieure (AFL), et entre celles-ci et le commandement allié, qui souhaite éviter toute insurrection, même s’il concède des livraisons d’armes aux maquis. Dans les villes, ces insurrections sont rares et peu couronnées de succès. Elles se heurtent à la sévérité de la répression, comme à Tulle.
À ces souffrances infligées par l’occupant s’ajoutent celles dues aux combats de la Libération et aux bombardements. L’année 1944 voit la multiplication des actions du Bomber Command allié avant et pendant les opérations visant à libérer le territoire : 500 000 tonnes de bombes tombent sur le territoire français. Les sites de production et, surtout, les infrastructures de transport ferroviaire sont visés. Ces bombardements font 35 000 victimes civiles. La Normandie est particulièrement touchée à partir du 6 juin : 20 000 Normands perdent la vie et les villes de Saint-Lô, Argentan, Caen et Le Havre sont détruites aux trois quarts – les deux dernières paient le plus lourd tribut, avec 2 000 morts entre juin et septembre. Ailleurs, les bombardements se poursuivent au-delà, dans la mesure où les Allemands gardent le contrôle de quelques « poches » où se trouvent notamment leurs bases de sous-marins : Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle-La Pallice et Royan. Ainsi, Royan, déjà massivement bombardée le 5 janvier 1945, l’est de nouveau en avril dans ce qui constitue sans doute l’un des premiers usages du napalm en France. Dans le reste du pays, les crimes de l’Occupation suscitent une soif de vengeance.
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Tourner la page ?
Les logiques qui conduisent à l’épuration sont ancrées dans l’expérience de la guerre et de l’Occupation. Très tôt, des résistants décident de punir ceux qu’ils considèrent comme des « traîtres » à la patrie. Les menaces de mort ou les exécutions de « collabos » se multiplient ainsi, jusqu’à l’assassinat du secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du régime de Vichy, Philippe Henriot, le 28 juin 1944. Au cours de l’été, les responsables de la collaboration s’enfuient vers l’Allemagne et ne seront jugés, pour la plupart, qu’après la fin de la guerre – le maréchal Pétain et Pierre Laval le seront en 1945 par une haute cour.
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En attendant s’ouvre partout un entre-deux propice à des débordements. Certaines violences ont lieu alors que les combats sont en cours : c’est le cas d’une grande partie des 9 000 exécutions sommaires (une femme pour quatre hommes) – les études les plus récentes estiment finalement que moins de 2 000 exécutions, chiffre relativement limité, ont été menées après la Libération. Peu à peu, des cours martiales, composées de FFI et de militaires de carrière, entreprennent de juger certains miliciens, avant que les cours de justice ne prennent le relais. Si les plus impliqués risquent la condamnation à mort, d’autres ne tombent pas directement sous le coup de l’article 75 du Code pénal pour « traîtrise ». À l’été 1944, le GPRF invente le crime d’indignité nationale, qui entraîne la dégradation nationale, c’est-à-dire une privation des droits civiques. Les cours de justice poursuivent cette épuration, qui prend aussi une dimension administrative et professionnelle dans les corps de métiers les plus impliqués dans les crimes de Vichy.
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À la Libération, 20 000 femmes sont tondues et humiliées, la moitié étant accusées de collaboration sexuelle.
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Durant toute cette période, un sort particulier est réservé aux femmes, dans une sorte de « châtiment genré de la collaboration ». L’historien Fabrice Virgili explique ainsi que « le corps, métaphore du territoire national, donc symboliquement souillé par l’ennemi, doit être purifié », éclairant ce fait par le besoin de retrouver «la virilité perdue dans les humiliations successives » de la défaite et de l’Occupation. Ainsi, 20 000 femmes sont tondues et humiliées publiquement, la moitié étant accusées de collaboration sexuelle, dite « horizontale ». Pendant la période, 651 femmes sont condamnées à mort par les tribunaux légaux, dont 47 sont exécutées. Les travaux de Fabien Lostec insistent sur ce « moment 1944-1945 » au cours duquel un nombre de femmes jamais atteint depuis la Révolution ont été condamnées à mort et exécutées. Il souligne « l’idée du rétablissement d’un ordre masculin particulièrement répressif à l’égard du sexe féminin ».
La société française, profondément divisée pendant la guerre, aspire à de meilleurs lendemains à la Libération. Dès le 15 mars 1944, le CNR a approuvé un programme pour une rénovation du pays qui s’appuie sur quatre piliers : la création de la Sécurité sociale, les nationalisations, la mise en place des comités d’entreprise et la planification. Ce programme ancré à gauche fait l’objet d’un large consensus parmi les forces politiques issues de la Résistance, des communistes aux gaullistes, qui sont alors les seules légitimes. De Gaulle lui-même s’associe à ce consensus qu’il facilite. Le souvenir de la dépression économique des années 1930 et des années de guerre nourrit un profond désir de changement dans lequel l’État est appelé à jouer un rôle majeur dans l’économie et la société. L’espoir est grand au sein de la population et ce programme aide les Français à se projeter vers les « jours heureux », sous-titre ambitieux du programme du CNR.
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Si la mise en œuvre est différente, cette rénovation est comparable à celle qui se fait dans d’autres pays, aux États-Unis dès les années 1930 avec le président Roosevelt et au Royaume-Uni dans la lignée du rapport Beveridge invitant en 1942 à protéger l’individu « du berceau à la tombe ». La Sécurité sociale est créée en octobre 1945, le commissariat général au Plan en janvier 1946. De nombreuses entreprises dans les secteurs de l’énergie, de la banque, des transports sont nationalisées entre 1944 et 1946. À partir de 1944, la France entame ainsi une véritable politique keynésienne et développe des institutions durables qui ne seront remises en cause, à l’exception notable de la « Sécu », qu’à partir des années 1970.
La situation économique et sociale reste cependant difficile pour les Français, qui continuent à faire face à des problèmes quotidiens faits de pénuries, de marché noir et de rationnement, maintenu jusqu’en 1949. La question du logement, en raison des multiples destructions de la guerre, se pose avec beaucoup d’acuité. Il faudra des années pour y faire face. La reconstruction de Royan par Claude Ferret et celle du Havre par Auguste Perret prendront ainsi près de deux décennies.
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Quelles institutions pour la France nouvelle ?
Si la rénovation économique et sociale fait consensus, ce n’est pas le cas de la rénovation politique. Le curseur penche nettement à gauche, dans la lignée du rôle joué par les partis et mouvements qui s’en réclament dans la Résistance, mais de Gaulle reste le chef incontesté à la tête du GPRF. La nature démocratique du nouveau régime à bâtir ne fait pas débat et est réaffirmée dans l’ordonnance du 9 août 1944, qui proclame le « rétablissement de la légalité républicaine ». Dès le 21 avril, le droit de vote a été élargi aux femmes, tournant majeur après des décennies d’atermoiements des républicains.
Avant même l’entrée dans une phase constitutionnelle, la question de la transition et de la légitimité du pouvoir a pu créer des tensions. Les milices patriotiques, mises en place par le CNR le 14 mars 1944, sont parfois réticentes à rentrer dans le rang une fois le territoire libéré. Certains communistes sont tentés d’utiliser une situation potentiellement insurrectionnelle pour s’emparer des leviers du pouvoir. Et les commissaires de la République, nommés pour remplacer les préfets déconsidérés de Vichy, peinent parfois à imposer leurs vues aux comités locaux et départementaux de libération.
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Pourtant, assez rapidement, à partir de l’automne, le PCF et Maurice Thorez décident de jouer l’apaisement. Dans le cadre d’une stratégie plus large voulue par Joseph Staline, le secrétaire général du Parti, déserteur en 1939, est amnistié et peut rentrer en France. De Gaulle se rend lui-même à Moscou en décembre. Les communistes décident donc de travailler de concert avec les socialistes, les radicaux et les démocrates-chrétiens. Aucun parti de la Résistance n’a pu en effet s’imposer et les partisans de De Gaulle se trouvent dans nombre de ces formations politiques. Les élections constituantes d’octobre 1945 consacrent le contrôle des partis sur le processus d’élaboration d’une nouvelle Constitution. L’année 1946 verra la démission de De Gaulle et l’adoption d’un régime parlementaire, la IVe République, qui doit alors faire face à des défis majeurs dans l’empire colonial.
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L’impensé colonial de la Libération
Alors que les soldats issus de l’Empire français ont joué un rôle majeur dans la libération de la métropole, leur situation change bien peu et le retour des anciens combattants dans les colonies s’avère difficile. Aux humiliations subies s’ajoute une forme de déni de la part des autorités, qui ne perçoivent pas le paradoxe, celui d’une mobilisation de soldats coloniaux privés de droits pour défendre la liberté et la « mère patrie ». Malgré les propos tenus par le général de Gaulle à Brazzaville dès janvier 1944, qui semble laisser la possibilité aux colonisés de « participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires », peu de choses évoluent. Plus grave, à Thiaroye, le 1er décembre 1944, d’anciens prisonniers rapatriés au Sénégal, manifestant pour leur juste paiement, sont sévèrement réprimés dans un massacre qui sera longtemps nié ou minoré par les autorités françaises : plusieurs dizaines d’entre eux sont tués. Et lorsque les Algériens manifestent à Sétif le 8 mai 1945 pour réclamer des changements, ils se font tirer dessus avant de s’en prendre à des Européens. La répression alors engagée contre eux est d’une ampleur et d’une violence inouïes. Contrairement au Royaume-Uni, qui entame un processus de retrait graduel de certaines de ses colonies, la France s’accroche à son empire, dont elle sait le rôle qu’il a joué dans la liberté retrouvée. Dès l’été 1945, les tensions sont fortes en Indochine, où le héros Leclerc est envoyé pour imposer l’autorité française.
Loin d’être apaisée, la France de la Libération sort donc traumatisée du conflit. À l’heure des nombreux retours (prisonniers, requis, déportés politiques et raciaux), les souffrances des uns et des autres à des degrés divers conduisent beaucoup à ignorer ou à écarter celles des autres. Il faudra parfois plusieurs décennies pour qu’elles soient enfin entendues, à l’image de la déportation et de l’extermination des Juifs.
Cet article apparaît
dans l’éléphant n°48
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