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La forêt de 47 hectares a été rasée à la fin de l’hiver, sur les hauteurs du Doubs, à la frontière suisse.
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« Il y a possiblement des espèces protégées qui se trouvent sur une zone de 47 hectares où le défrichage a été mené », indique Lucas Maillard-Salin, en charge du dossier au parquet de Besançon.  Photo Ludovic Laude
« Il y a possiblement des espèces protégées qui se trouvent sur une zone de 47 hectares où le défrichage a été mené », indique Lucas Maillard-Salin, en charge du dossier au parquet de Besançon.  
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« Comment a-t-on pu autoriser ça ? » : indignation générale après la destruction d’une forêt à la frontière suisse

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À la fin du mois de février, des bûcherons ont travaillé d’arrache-pied pour abattre plusieurs dizaines d’hectares d’épicéas et de sapins à la frontière suisse. Une coupe sèche, menée en moins d’une semaine, sur une zone qui abritait plusieurs espèces protégées. Une enquête a été ouverte et confiée à l’Office français de la biodiversité. Des amas de branches et d’épines recouvrent le sol sur des dizaines de mètres. Sur le bord d’une route, des dizaines de grumes fraîchement coupées attendent d’être ramassées. Un triste spectacle qui désole les habitués du secteur. « On ne reconnaît plus la forêt, fulmine un promeneur, croisé sur un chemin. En quelques jours, ils l’ont massacrée. Comment a-t-on pu autoriser ça ? » La zone ciblée par cette coupe se situe à la frontière suisse, au sommet de la commune de Verrières-de-Joux. 

Enquête ouverte après la destruction d’une forêt de 50 hectares en catimini dans le Jura

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Le massif est perché sur les crêtes des montagnes jurassiennes, à plus de 1 200 m d’altitude. Un territoire où les promeneurs peuvent avoir la chance de croiser la route du loup ou du lynx. Deux prédateurs qui peuplent ces forêts… Ou plutôt ce qu’il en reste : au cours du mois de février, une zone boisée de plusieurs dizaines d’hectares a été détruite. Des bûcherons missionnés par une scierie allemande ont mis à terre des centaines d’arbres sur cette commune des Verrières-de-Joux (Doubs), en laissant derrière eux des ornières et des amas de branches.

L’alerte a été donnée à la fin de l’hiver par un habitant du secteur. Au cours d’une promenade, ce riverain a découvert des engins imposants, des troncs au sol et des branchages à perte de vue. « Il a constaté l’abattage de centaines d’arbres qui mesuraient plus de 50 cm de diamètre, souligne Elvina Bunod, responsable du pôle communication au conservatoire d’espaces naturels (CEN). Les résineux ont été ébranchés sur les lieux et les branches dispersés sur la surface. Des engins lourds ont circulé en créant des ornières de grandes longueurs sur plusieurs kilomètres, avec une emprise très large et profondes au sol. Les machines ont écrasé les affleurements rocheux, qui servaient d’habitat pour la biodiversité. »

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« C’est un massacre, il n’y a plus rien »

Une situation qui a scandalisé ces défenseurs de l’environnement, les riverains et les promeneurs, qui ont assisté impuissants à ce « désastre ». « C’est un massacre, souffle Alain, qui habite les Verrières-de-Joux depuis de nombreuses années. Ici, on allait cueillir les morilles au printemps, on allait à la chasse ou en balade, pointe le sexagénaire avec son bâton de marche. Aujourd’hui, c’est fichu ! Il n’y a plus rien, tout est détruit. »

Au-delà des champignons, les forestiers ont agi sur une zone qui abrite deux espèces sensibles : la gentiane acaule et l’Azuré du serpolet. Une fleur et un papillon qui ont conduit le pôle régional de l’environnement à ouvrir une enquête pour « destruction d’une espèce protégée ».

« Nous avons saisi l’office français de la biodiversité (OFB) et la direction départementale des territoires (DDT) pour faire un état des lieux de ces dégradations, confie Lucas Maillard-Salin, substitut au parquet de Besançon. Il y a possiblement des espèces protégées qui se trouvaient sur ce territoire dont 47 hectares ont été impactés par ces travaux. Nous sommes en train de réaliser un état des lieux, avant d’établir les responsabilités. »

Une manne financière juste avant de perdre la jouissance du site

Des investigations qui devraient conduire les policiers de l’environnement à entendre les élus du village. « Cette parcelle de forêt devait être prochainement soumise au régime forestier et gérée par l’office national des forêts, confie une source proche du dossier. Avant d’en perdre la jouissance, la commune a probablement décidé d’autoriser cet abattage massif, pour des raisons financières… » Le bois a été vendu à une scierie allemande qui a choisi de mener la coupe à la fin de l’hiver et d’évacuer les grumes outre-Rhin.

Pour le CEN, qui menait un travail scientifique sur ces parcelles, il faut penser à l’avenir. « Il faut que l’enquête se passe et que ça ne se reproduise plus jamais, martèle Muriel Loriod-Bardi, la présidente de l’association. Maintenant, nous avons des tonnes de branches et d’épines qui vont changer la nature du sol. Il faut penser à la remise en état du terrain pour limiter ces conséquences. » Sollicité par téléphone, le maire du village n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/enqu%C3%AAte-ouverte-apr%C3%A8s-la-destruction-d-une-for%C3%AAt-de-50-hectares-en-catimini-dans-le-jura/

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