Comment expliquer les gains du FN puis du RN… et lectures…
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En tête de notre sélection cette semaine, une analyse de la montée du Front national puis du Rassemblement national, par Patrick Lehingue et Bernard Pudal. Elle est surtout liée à des facteurs externes, selon eux.
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Alternatives Economiques
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Cette semaine, nous vous conseillons Du FN au RN. Les raisons d’un succès, par Patrick Lehingue et Bernard Pudal ; Elus des banlieues populaires, Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (dir.) ; En finir avec les idées fausses sur l’aménagement du territoire. Dans quelle France voulons-nous vivre ?, par Martin Vanier ; La guerre civile n’aura pas lieu. Pour en finir avec la vision d’un pays déchiré, par Nicolas Prissette et Emmanuel Rivière.
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1/ « Du FN au RN. Les raisons d’un succès », par Patrick Lehingue et Bernard Pudal
Qui aurait pu prévoir en 1972 que ce groupuscule nouvellement créé serait un demi-siècle plus tard aux portes du pouvoir ? C’est à cette énigme que s’attellent ici deux figures majeures de la science politique française en combinant une impressionnante synthèse de la littérature sur le sujet et des traitements statistiques originaux sur les cadres et élus du FN/RN.
La thèse qu’ils défendent de manière convaincante est que le succès du parti d’extrême droite est moins dû à ses ressources internes qu’à une conjonction favorable de facteurs externes tenant aux transformations du système politique comme de la société française à partir des années 1980. On en apprend beaucoup sur cette « entreprise politique » longtemps centrée sur son chef et sa dédiabolisation en trompe-l’œil, mais aussi sur la déstructuration du champ politique qui lui a permis de prospérer et, surtout, sur le cocktail détonnant constitué par la montée des insécurités socio-économiques et les promesses non tenues de la démocratisation scolaire.
Une somme essentielle sur un sujet qui fait à juste titre couler beaucoup d’encre, mais qui atteint rarement une telle profondeur d’analyse. ► Igor Martinache
Du FN au RN. Les raisons d’un succès, par Patrick Lehingue et Bernard Pudal, PUF, 2026, 564 p., 25 €.
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2/ « Elus des banlieues populaires », Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (dir.)
Publié avant les dernières élections municipales, cet ouvrage collectif a pris une résonance particulière après les attaques racistes à l’encontre du nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Il relate en effet les résultats d’une enquête sur les élus municipaux de Seine-Saint-Denis issus des minorités visibles, autrement dit racisés.
Les autrices pointent ainsi la dynamique d’ouverture et fermeture simultanées du jeu politique en analysant l’évolution du profil des conseillers municipaux du 93 depuis 2000, en soulignant l’augmentation de la part des femmes et des personnes racisées, mais aussi la baisse de celle des membres de classes populaires. Elles resserrent ensuite la focale en s’intéressant aux trajectoires particulières des élus racisés, en mettant l’accent sur leur engagement conséquent dans la société civile à la lisière des partis politiques, sur la manière dont ils investissent leur mandat et sur les compétences acquises au travers d’autres expériences.
Ces élus sont ainsi pris dans une situation paradoxale dans la mesure où ils répugnent à être renvoyés à leurs origines ethnoraciales en exposant une éthique républicaine très forte, tout en étant mis en avant comme des symboles de la nécessaire diversification de la représentation politique. ► I. M.
Elus des banlieues populaires, Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin (dir.), coll. La Vie des idées, PUF, 2026, 110 p., 11 €.
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3/ « En finir avec les idées fausses sur l’aménagement du territoire. Dans quelle France voulons-nous vivre ? », par Martin Vanier
Si l’on se décidait à créer un kit de survie intellectuel pour traverser la campagne de l’élection présidentielle qui s’ouvre devant nous, il faudrait, au rayon territoires, embarquer le dernier ouvrage de Martin Vanier. Le géographe y déconstruit, d’abord, les multiples mythes autour de l’aménagement du territoire : « Paris coûte cher au reste de la France », « les urbains ont tout, les ruraux n’ont rien », « l’âge d’or, c’était au temps gaullien de la Datar »…
L’auteur montre comment ces idées reçues polluent le débat public. Il s’en prend, ensuite, à plusieurs fausses bonnes idées, à l’image de la « suppression du millefeuille territorial » ou de la recherche de modèles qu’il faudrait suivre tels que « la ville du quart d’heure ».
Il décrit, enfin, l’aménagement du territoire qui lui semble souhaitable. Il s’agit d’oublier le modèle descendant depuis Paris pour pousser les acteurs locaux à élaborer ensemble des solutions adaptées à leur contexte. Face à la mobilité des Français, qui se moquent des frontières administratives, l’équation sera nécessairement complexe, prévient-il. Raison pour laquelle il est toujours utile de déconstruire quelques prêt-à-penser. ► Vincent Grimault
En finir avec les idées fausses sur l’aménagement du territoire. Dans quelle France voulons-nous vivre ?, par Martin Vanier, Editions de l’atelier, 2026, 160 p., 13,50 €.
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4/ « La guerre civile n’aura pas lieu. Pour en finir avec la vision d’un pays déchiré », par Nicolas Prissette et Emmanuel Rivière
Voici un livre qui fera enrager tous ceux qui font profession de commenter le chaos français et nous prédisent le déclin irrémédiable, sauf si surgit le (ou la) sauveur (sauveuse) suprême…
Les deux auteurs (un journaliste et un politologue) démontrent que ces « fractures françaises » qui alimentent les chaînes en continu sont en grande partie construites par l’usage immodéré et fautif des statistiques et des études d’opinion. Ces fossés dont on exagère la profondeur nourrissent les angoisses du corps social et électrisent un personnel politique d’autant plus réactif qu’il est affaibli. « L’image renvoyée à la population détermine la façon dont elle se perçoit », écrivent-ils. Exemple : on a dit les Français fâchés avec le travail sur la base d’une comparaison entre deux statistiques dont l’une interroge « les Français » et l’autre « les salariés ». C’est bête mais cela accélère le discours sur « l’assistanat » et produit des lois conditionnant le RSA !
La même méthode critique est appliquée à l’insécurité, la justice, l’immigration, le wokisme, et d’autres thèmes. Espérons que les journalistes les liront avant l’an prochain. ► Hervé Nathan
La guerre civile n’aura pas lieu. Pour en finir avec la vision d’un pays déchiré, par Nicolas Prissette et Emmanuel Rivière, Robert Laffont, 300 p., 20,90 €.
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