Une avancée historique pour la justice climatique !

Ce matin à 9h30, le Conseil d’Etat a rendu une décision véritablement historique pour la lutte contre la crise climatique : il met l’Etat face à ses responsabilités en considérant que les objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés par la loi sont contraignants. Répondant au recours climatique de la commune de Grande-Synthe, que soutient l’Affaire du Siècle, la plus haute juridiction administrative a donné 3 mois à l’Etat pour montrer que les actions mises en place sont suffisantes pour les atteindre.
Décryptage de cette décision qui rebat les cartes de la politique climatique pour la France avec Guillaume Hannotin, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, qui représente l’Affaire du Siècle dans le dossier de Grande-Synthe.
Le Conseil d’Etat dit en substance à l’État de respecter la loi, en quoi est-ce révolutionnaire ?
En droit, on distingue ce qu’on appelle “du droit mou” et du “droit dur”. Les lois de programmation étaient jusqu’à maintenant du droit mou, c’est-à-dire un droit qui dit beaucoup de choses, mais n’oblige à rien, ce que j’appelle du droit “y’ a qu’à – faut qu’on”, un droit qui fixe des rendez-vous – les plus lointains possibles – qui décrit des trajectoires – bientôt amendées – et qui pose des thermomètres, mais sans jamais prévoir d’obligations ni d’actions … Les objectifs contenus dans ces lois, comme la loi sur la Transition énergétique et la croissance verte de 2015, étaient donc de l’ordre de l’affichage, de l’effet d’annonce politique, éventuellement de l’incitation – mais pas de l’action…
Et là, le Conseil d’Etat dit, qu’au vu de l’urgence climatique, et du droit, ces objectifs doivent être considérés comme obligatoires. C’est essentiel, car c’est prendre le politique au mot, rendre son sérieux à l’action publique et à la parole politique !
Le Conseil d’Etat montre aussi qu’il a compris que c’est dès maintenant que les objectifs de 2030, 2050, et au-delà, se construisent. L’argument de l’Etat était de dire “On ne peut pas prédire où nous en serons des émissions de gaz à effet de serre dans 10 ans”. Le Conseil d’Etat lui répond qu’on doit regarder aujourd’hui si on prend la bonne direction. Nous sommes en présence de trajectoire et l’objectif de dans 10 ans se construit dès à présent. Si on fonce dans un mur, on n’a pas besoin d’attendre la collision pour affirmer qu’il faut freiner.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Le Conseil d’Etat a donné 3 mois à l’Etat pour montrer qu’il se donne bien les moyens d’atteindre ses objectifs et que les trajectoires prévues et réelles sont cohérentes pour arriver à une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, d’ici à 2030. Ce qui va se passer, c’est donc une évaluation des politiques publiques mises en œuvre. D’habitude, cet exercice a lieu en commission parlementaire ou à la Cour des comptes. L’énorme différence ici, c’est que le Conseil d’Etat peut aller beaucoup plus loin, puisqu’il a la possibilité, à l’issue de cette évaluation, d’ordonner à l’Etat d’agir, sur des points précis ! C’est donc une décision qui a le potentiel d’amener des changements très concrets.
Pendant ces 3 mois, l’Affaire du Siècle, qui avait déjà soulevé l’insuffisance des actions de l’Etat et le non-respect patent des trajectoires, va pouvoir déposer un nouveau mémoire pour continuer à renforcer le dossier de Grande-Synthe, en s’appuyant par exemple sur l’expertise du Haut Conseil pour le Climat qui constate lui aussi que l’Etat n’en fait pas assez.
Quelles sont les conséquences pour l’Affaire du Siècle et la justice climatique en général ?
Pour l’Affaire du Siècle, cette première décision du Conseil d’Etat dans le dossier de Grande-Synthe est déjà un premier pas vers une victoire. Car là aussi, l’Etat prétendait qu’on ne pouvait rien lui opposer avant 2030, et que de toute façon, il n’était pas vraiment tenu par ces objectifs. Le Conseil d’Etat dit que c’est faux. Or le Conseil d’Etat est la plus haute juridiction administrative en France, cette décision est donc définitive.
Le Tribunal administratif devra donc prendre en compte cette jurisprudence. Mais parce que les deux recours sont différents, et complémentaires, il pourrait aller plus loin et reconnaître par exemple l’obligation générale faite à l’Etat de lutter contre les changements climatiques, ou le sanctionner sur des carences spécifiques (énergies renouvelables, efficacité énergétique, etc), là où le Conseil d’Etat s’est prononcé uniquement sur les gaz à effet de serre.
Enfin, ça ouvre la voie à d’éventuels autres recours, y compris dans d’autres domaines, pour faire condamner par exemple des actions qui vont à l’encontre des objectifs de réduction de gaz à effet de serre.
Qui sommes-nous ?

Recours en justice inédit en France, l’Affaire du Siècle s’inscrit dans une dynamique mondiale : partout dans le monde, des citoyennes et des citoyens saisissent la justice pour que leurs droits fondamentaux soient garantis face aux changements climatiques.
L’Affaire du Siècle est portée par 4 organisations de protection de l’environnement et de solidarité internationale : Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH), Greenpeace France et Oxfam France. Ces associations sont co-requérantes : elles assument la responsabilité juridique et financière de ce recours porté au nom de l’intérêt général devant le juge.
Les organisations co-requérantes de l’affaire
Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
Créée en 1990 par Nicolas Hulot, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme œuvre pour un monde équitable et solidaire qui respecte la Nature et le bien-être de l’Homme. Elle s’est donné pour mission de proposer et accélérer les changements de comportements individuels et collectifs, et soutenir des initiatives environnementales en France comme à l’international pour engager la transition écologique de nos sociétés.
Greenpeace France
Greenpeace est une organisation internationale qui a pour mission de protéger l’environnement, le climat et la biodiversité, et de promouvoir la paix et la non-violence. Elle est indépendante de tout pouvoir économique et politique et s’appuie sur un mouvement de citoyennes et citoyens engagés pour construire un monde meilleur, durable et équitable.
Notre affaire à tous
En France, Notre affaire à tous – Agir ensemble pour la justice climatique est une association faisant du droit un sujet autant qu’un outil de mobilisation pour protéger les communs et le vivant. L’association s’inscrit dans le paysage mondial de la justice climatique et des droits de la nature et a pour objet d’initier et d’accompagner des démarches juridiques en ce sens, et en faveur de la justice sociale et environnementale.
Oxfam France
Oxfam France agit depuis 30 ans en mobilisant le pouvoir citoyen contre les inégalités et leurs causes. Oxfam France est membre de la confédération Oxfam, une organisation internationale présente dans plus de 90 pays qui oeuvre quotidiennement à des solutions durables pour mettre fin aux injustices qui engendrent la pauvreté. L’action contre le changement climatique et ses conséquences est au coeur du combat d’Oxfam pour un monde plus juste.
Elles nous soutiennent
Plus de 40 organisations – dont les collectifs « On est prêt! » et « Il est encore temps » qui ont produit la vidéo de lancement – soutiennent l’Affaire du Siècle. Merci à elles et eux de leur soutien ! Retrouvez les ci-dessous :
L’Affaire du Siècle, c’est aussi vous ! Et plus de 2 millions de citoyennes et citoyens engagé.e.s…
Lancée en décembre 2018, la pétition de soutien à l’Affaire du Siècle a recueilli plus d’un million de signatures en moins de 48h ! La barre des deux millions a été franchie en moins de 3 semaines, ce qui en fait la mobilisation en ligne la plus massive de l’histoire de France.
Détermination, espoir, impatience, et bien sur envie d’agir : voilà ce qui motive nos signataires, d’après la grande enquête que nous avons menée en mai 2019.
Pour toute question ou remarque sur la démarche de l’Affaire du Siècle, vous pouvez nous écrire à l’adresse : contact@laffairedusiecle.net
Nous mettrons tout en œuvre pour vous répondre rapidement.
Prendre contact et découvrir les organisations co-requérantes :
- Notre affaire à tous : contact@notreaffaireatous.org
- Fondation pour la Nature et l’Homme : https://formulaires.fnh.org/fra/contact
- Greenpeace France : https://www.greenpeace.fr/contact/
- Oxfam France : info@oxfamfrance.org
Contacts Presse (pour journalistes uniquement)
- Notre Affaire à Tous / Cecilia Rinaudo : cecilia.rinaudo@notreaffaireatous.org
- Fondation pour la Nature et l’Homme / Paula Torrente : p.torrente@fnh.org
- Greenpeace France / Kim Dallet : kim.dallet@greenpeace.org
- Oxfam France / Noélie Coudurier : ncoudurier@oxfamfrance.org
100 % de nos informations à MCD sont signées et sourcées…