Covid-19 : une éprouvante leçon d’humilité
Bien sûr il y a aux extrêmes ( Droite et Gauche) toujours ces propension à hystériser les gens, les monter les uns contre les autres et hurler avec les loups (qui ne sont pas seulement entrés dans Paris, Serge Reggiani – 1 – ), afin de disqualifier les chercheurs, les élus, les associations citoyennes, la presse honnête, et les habitantes et habitants humbles, généreux et doux. Tandis que les « colèristes » et « ragistes » alimentent les peurs, qu’avons nous appris sur nous et le monde en cette période de transition ? P.B.
Le reconfinement décrété samedi par Londres et la fermeture de leurs frontières annoncée dans la foulée par plusieurs pays européens marquent une nouvelle étape de la lutte contre la pandémie. Même si des vaccins arrivent, c’est un brutal rappel à la patience.
A force d’en apprendre chaque jour davantage sur le Covid-19, les dirigeants européens espéraient pouvoir garantir à leurs populations éprouvées par l’épidémie une trêve de fin d’année. Las, plusieurs d’entre eux ont dû subitement faire machine arrière. Samedi, le gouvernement britannique a annoncé le reconfinement express de Londres et du sud-est de l’Angleterre pour tenter de juguler une envolée des contaminations attribuée à un nouveau variant du virus qui pourrait être jusqu’à 70 % plus contagieuse que la précédente.
Quelques jours plus tôt, la chancelière allemande et les autorités fédérales, impuissantes à juguler l’épidémie, avaient été contraintes d’annoncer la fermeture, au moins jusqu’au 10 janvier, des commerces non essentiels, bars, restaurants, écoles et crèches, ainsi que la limitation du nombre des personnes invitées pour les fêtes de Noël. L’Italie et l’Espagne ont, elles, drastiquement restreint les conditions de déplacements interrégionaux.
La France, qui avait confiné plus tôt que ses voisins, tente, elle, de sauver la soirée du 24 décembre, mais l’heure n’est vraiment pas à la joie ni à l’insouciance. Le conseil de défense sanitaire extraordinaire convoqué dimanche en fin d’après-midi par un président de la République lui-même malade du Covid-19 et soumis à l’isolement a donné le ton du week-end : la crainte a supplanté l’espoir. Crainte d’une troisième vague qui obligerait, très rapidement, à adopter de nouvelles mesures privatives de liberté, sur fond de grave récession économique et de profonde déprime collective. Crainte, aussi, d’avoir affaire à une nouvelle variante plus virulente du virus qui déjouerait les stratégies établies. En quelques heures, et dans le plus grand désordre, la plupart des voisins du Royaume-Uni, dont la France, ont décidé de se couper d’elle pour tenter d’éviter la contamination. Comme un Brexit avant l’heure.
Des stratégies en échec
Ce qui vient de se jouer en un week-end est une éprouvante leçon d’humilité pour les responsables européens. A force d’apprendre de leurs erreurs et de mieux coordonner leurs efforts, ceux-ci croyaient avoir progressé dans la maîtrise du virus. Chacun à sa façon, ils tentaient de concilier le contrôle sanitaire et le maintien d’une activité économique minimale, en jonglant du mieux possible entre mesures coercitives et respect des libertés individuelles.
Or, quelles que soient les stratégies mises en place, l’échec est patent. Cités en exemple lors de la première vague de l’épidémie, l’Allemagne et son système fédéral ne réussissent désormais pas mieux que la France et son jacobinisme. La Suède, qui avait cru bon faire cavalier seul en laissant le virus se propager pour viser l’immunité collective, a dû reconnaître qu’elle s’était trompée. Redevenue depuis le mois d’octobre l’épicentre de la pandémie, l’Europe a enregistré plus d’un demi-million de morts depuis l’apparition du virus. La France en déplore plus de 60 000, et l’Organisation mondiale de la santé avertit d’un « risque élevé » de reprise de l’épidémie dans la région début 2021.
Il faut cependant raison garder. Même si les mesures d’isolement décidées dimanche à l’encontre du Royaume-Uni par la France, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie ou encore le Luxembourg renvoient aux remèdes les plus archaïques de lutte contre une épidémie, il ne faut pas oublier tous les progrès accomplis depuis un an. Grâce à la mobilisation exceptionnelle de la communauté internationale, le virus a été séquencé en moins de trois semaines et, en moins d’un an, des vaccins novateurs à ARN messager ont été fabriqués.
La campagne de vaccination est en train de démarrer, laissant entrevoir une lueur d’espoir. Les déboires essuyés ces derniers jours montrent simplement que la patience devra encore être de la partie, accompagnée d’un sens aigu des responsabilités – y compris au moment des fêtes de fin d’année. Plus les gestes barrières seront respectés, plus les comportements individuels seront maîtrisés, et plus on aura des chances de sortir de cette tragédie collective.
« Chroniques de géo’virale » : penser le monde avec le Covid-19
Le géographe Michel Lussault tente, à travers un recueil, de comprendre cette crise inédite, révélatrice de la puissance et des faiblesses de l’urbanisation planétaire.
Il a suffi d’un battement d’écailles d’un pangolin à Wuhan pour provoquer une pandémie planétaire et pour que, quelques semaines plus tard, le monde soit à l’arrêt. Fasciné par la « cinétique », la rapidité à laquelle le virus s’est propagé sur la planète, Michel Lussault s’est lancé lors du confinement printanier dans la diffusion d’une série de chroniques vidéo, dites de « géo’virale », pour essayer de comprendre cette crise inédite. Le recueil de ces chroniques, qui vient de paraître, aurait pu être sous-titré : « Penser le monde avec le virus ». Car ce SARS-coV-2 est un « extraordinaire révélateur » de la puissance de l’urbanisation planétaire… et aussi de ses faiblesses, de ses vulnérabilités.
Le virus se propage par le biais de l’intense mobilité de biens et de personnes, clé de voûte du monde urbanisé. Celui-ci est tellement « interrelié » qu’un micro-événement peut provoquer la paralysie de tout le système. Trafic aérien, parcs d’attractions, zones touristiques, stades, grands centres commerciaux… qui pouvait imaginer que tous ces « emblèmes de la mondialisation triomphante » se retrouvent à l’arrêt simultanément ?
Pour autant – et fort heureusement – ce monde urbanisé n’est pas homogène. Chaque maillon de ce réseau planétaire a ses spécificités. Sinon, comment expliquer que d’un pays à un autre, d’une région à une autre, d’une ville à une autre, voire d’un îlot à un autre, les conditions de la contagion et l’impact de l’épidémie ne soient pas les mêmes ? L’épidémie est loin d’être insensible aux inégalités sociales. La situation prépandémique du système de soin, tout comme l’état de préparation des pouvoirs publics et de la société sont aussi des facteurs décisifs.
Densité et « interactions de proximité »
Michel Lussault apporte ici des nuances au rôle que peut jouer la configuration géographique. La densité urbaine est une condition favorable à la diffusion somme toute relative, observe-t-il. Priment sur la densité les « interactions de proximité physique entre personnes » : « Un espace peu peuplé et peu dense, mais où les habitants sont en contact quotidien étroit, sera un terrain de jeu idéal pour le virus tout autant sinon plus qu’un espace dense où il y a peu de contacts entre les habitants. » « Le coronavirus prospère là où l’interaction humaine est intense », insiste-t-il. Ce qui explique d’ailleurs que le confinement et les mesures de distanciations sociales « remettent en question immédiatement l’urbanité », c’est-à-dire la vie relationnelle qui est au fondement de l’organisation urbaine.
Au sortir de cette pandémie, certains seront tentés par un repli sur leur citadelle domestique. Mais Michel Lussault veut croire que beaucoup chercheront à retrouver des relations sociales. Considérant cette pandémie comme un « fait anthropocène total » – le bouleversement des écosystèmes lié à l’urbanisme n’en est-il pas à l’origine ? – le géographe interpelle : et si finalement, cette crise était une opportunité pour lancer une réflexion sur la façon dont nous pouvons organiser nos villes différemment ? Etre plus attentifs à ce qui nous protège et nous permet de mieux vivre, collectivement ?
Chroniques de géo’virale, de Michel Lussault, Deux-cent-cinq, 112 p., 15 €.
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MCD pour le montage (PB et Reggiani )