Eric Piolle: «Arrêtons la course de nains de jardin et proposons un débouché politique»
Le maire écologiste de Grenoble, qui veut porter une candidature unitaire à la présidentielle, se place en grand « réconciliateur ». Réconciliateur de la gauche et des écologistes, des Français avec leurs institutions et des citoyens entre eux.
Quel destin politique pour Éric Piolle ? Conforté par la percée des écologistes dans les grandes villes aux municipales et par son propre score à Grenoble où il a été réélu à la tête d’une liste d’union entre des Verts, des rouges et des roses, l’édile entend porter le rassemblement des gauches que d’aucuns jugent « irréconciliables » vers la victoire en 2022.
Candidat à la primaire d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), qui devrait être organisée dans la foulée des élections régionales au printemps prochain, Éric Piolle trouvera néanmoins sur sa route bien des embûches. Si la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon, avec qui il s’affichait cet été, a, pour l’heure, sonné le glas d’une alliance avec La France insoumise, l’écologiste grenoblois doit aussi faire face à la concurrence interne : en premier lieu, au médiatique eurodéputé Yannick Jadot, qui, depuis les européennes, se verrait bien, lui aussi, dans le fauteuil d’Emmanuel Macron.

Le maire de Grenoble reste également suspendu à une autre candidature possible, issue des rangs du Parti socialiste (PS) cette fois : celle d’Anne Hidalgo. Pendant des mois, la socialiste et le Vert se sont rencontrés chaque semaine, Éric Piolle espérant s’appuyer sur le soutien de la maire de Paris pour prendre la tête d’une coalition regroupant écologistes, socialistes et Insoumis. Mais depuis qu’Anne Hidalgo a reproché aux écologistes d’avoir « un petit souci » avec la République, « l’arc humaniste » que tous deux prétendaient porter a pris un coup dans l’aile.
Persuadé que les candidatures solitaires finiront par tomber à l’eau, le maire de Grenoble continue, bon an mal an, son petit bonhomme de chemin, multipliant les rencontres pour élaborer son programme. Il vient aussi de créer une association de financement pour collecter des fonds en vue de sa candidature.
Trois mois après l’assassinat terroriste de Samuel Paty, et alors que le gouvernement met sur la table deux lois controversées, y compris au sein de la gauche (la loi « Sécurité globale » et la loi « Séparatisme »), Éric Piolle livre sa conception des sujets dits « régaliens » : le rôle de l’institution policière, la laïcité, la République… Il revient aussi sur les enjeux stratégiques à gauche et le rôle qu’il se donne d’ici à 2022.
Emmanuel Macron a annoncé, le 8 décembre, la tenue d’un « Beauvau de la sécurité », en janvier. L’idée est de remettre à plat les relations entre forces de l’ordre et la population et de renforcer les moyens de la police. Soutenez-vous cette initiative ?
Éric Piolle : Deux jours avant le président de la République, j’avais réclamé la tenue d’un « Beauvau de la confiance », qui est l’inverse de ce que le gouvernement compte faire. Au lieu d’accentuer la politique sécuritaire actuelle, nous devons au contraire renouer les liens de confiance entre la société et sa police. Et, pour cela, retrouver les fondements d’une politique de sécurité dont la police est un des vecteurs, parmi d’autres. La loi « Sécurité globale » est une loi de police, limitée au contrôle des citoyens. Or la France a besoin de retrouver confiance en elle. Elle a besoin de se réconcilier pour relever le défi climatique, sans attendre.
Le malaise français autour de la police semble avoir atteint son paroxysme ces derniers mois. Comment qualifiez-vous l’action de Macron sur cette question des rapports entre police et population ?
Dans cette période, le pouvoir macroniste apparaît, loin d’être jupitérien, très fragile et très fébrile. Nous vivons des temps très troublés et le gouvernement fracture et divise les Français, ce qui me semble extrêmement dangereux. On le voit à travers la loi sur le « séparatisme ». Mais aussi avec son discours de célébration des 150 ans de la IIIe République, où Macron explique, travestissant les propos de Clemenceau selon lequel « la révolution est un bloc », que c’est « la République [qui est] est un bloc ». Comme si la République était un socle inattaquable sur lequel viendrait se briser tout ce qui n’y est pas conforme.
La réaction du gouvernement après l’assassinat de Samuel Paty puis l’attentat de Nice n’a rien à voir avec la concorde qui a eu lieu en 2015. Aujourd’hui, ce choc symbolique et émotionnel créé par les attentats est instrumentalisé par certains pour diviser les Français. Les fers de lance de cette logique mortifère sont Jean-Michel Blanquer [ministre de l’éducation nationale – ndlr] et Gérald Darmanin [ministre de l’intérieur – ndlr], qui tiennent des propos d’une grande confusion. Je pense à Blanquer avec son histoire de « tenue républicaine » à l’école, par exemple. Tout cela signe le retour à un ordre du passé. C’est inquiétant. D’où ma proposition de « Beauvau de la confiance », qui permettrait de faire du ministère de l’intérieur non pas le ministère de la matraque, de l’ordre et de la violence légitime de l’État, mais d’en faire un ministère de la concorde, de notre capacité à vivre ensemble, de l’unité nationale.
Quelles sont vos pistes pour avancer dans ce sens ?
D’abord, rendre indépendante l’IGPN [l’Inspection générale de la police nationale, chargée du traitement des violences policières notamment – ndlr] en la rattachant aussi au ministère de la justice. Ensuite, renforcer le rôle du Défenseur des droits, qui doit avoir les moyens de mener ses propres enquêtes et de demander des sanctions. Sur la police, il faut mettre le paquet sur la formation des agents et sur la création d’un cadre de valeurs qui se transmet à travers la chaîne hiérarchique. On doit aussi mettre en place une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre, car la France a maintenant la doctrine la plus violente d’Europe, sans résultats. Or, dans une démocratie, l’usage de la force est là pour apaiser, pas pour exacerber les conflits.
Une conséquence de ce dévoiement et de cette « politique de contact », c’est que les policiers sont surexposés aux violences. Ils sont d’ailleurs également surexposés dans la lutte contre le trafic de drogue, car, sans légalisation, cela revient à vider la mer à la petite cuillère… L’autre conséquence, c’est la perte de confiance de la population vis-à-vis de sa police : les deux tiers des moins de 35 ans ont un sentiment de défiance, et les femmes redoutent d’aller déposer plainte au commissariat parce qu’elles sont mal reçues, et parce que 80 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Le résultat de tout cela, c’est que la police est fragilisée et, avec elle, la concorde publique.
Comment en est-on arrivé là ?
Il faut remonter aux années Sarkozy pour le comprendre. Son double discours, fait de coups de menton et de politique du chiffre alors que, dans le même temps, il cassait la formation de la police et faisait des coupes sans précédent dans les effectifs de fonctionnaires, a déstabilisé toute une profession. Se voir confier une mission qu’on n’a pas les moyens de remplir, c’est non seulement de la violence symbolique pour les agents, mais c’est aussi une politique de sécurité inefficace : faire de l’affichage pour montrer qu’on est durs est, en fait, un aveu de laxisme. Cette politique sarkozyste du coup de menton est reprise à fond par le gouvernement actuel, qui n’a que des lois de cette sorte à présenter : la loi « Sécurité globale », qui n’est autre qu’un « Patriot Act » à la française, et la loi « Séparatisme » remettent toutes deux en cause les textes fondateurs (la loi de 1905, la loi de 1881, la loi Ferry sur l’école…) de la République française.
Pensez-vous qu’il faille jeter aux orties le projet de loi « Séparatisme », ou juste l’amender, comme le propose le PS, qui a soumis un contre-projet ?
Proposer un contre-projet, c’est déjà accepter le cadre malsain selon lequel il y aurait un « séparatisme ». Or, le séparatisme, normalement, c’est géographique, c’est un territoire qui veut faire sécession. Alors, quels sont les objectifs de cette loi ? Ses intentions ? Il faut lutter contre le djihadisme, cela va de soi. Il faut aussi combattre l’islamisme politique, sachant que le djihadisme et l’islamisme politique sont deux problèmes différents, donc à traiter différemment.
Tout est d’ailleurs déjà dans la loi pour ce faire. Après, interdire l’instruction à la maison relève, pour moi, là encore, de logiques de préjugés et de fracture. La preuve, Jean Castex lui-même ignore combien d’enfants ont une instruction religieuse à domicile. Il estime qu’il y en aurait 5 000, et que c’est 5 000 de trop. Sans doute… Mais est-il besoin de faire une loi pour cela ?
En réalité, les symboles agités servent à faire monter, de façon artificielle, des problèmes afin de créer des fractures. C’est aussi une manière de ne pas traiter les vrais problèmes : l’éducation populaire qui recule et laisse un espace aux dérives sectaires ou communautaires, la suppression par l’Éducation nationale de 16 000 postes d’assistant, les profs non remplacés pendant des mois…
« Depuis dix ans, la majorité culturelle a progressé autour de notre projet »
Une partie du PS, dont Anne Hidalgo, la maire de Paris, que vous rencontrez régulièrement, vous accuse, vous, les Verts, de n’être pas « au clair » avec la question républicaine. Que répondez-vous ?
Sur le fond, j’estime que nous, Français, pouvons avoir un discours universaliste à partir du moment où nous sommes conscients que nous sommes le produit d’une « créolisation » de fait (c’est un terme que j’utilise depuis six ans). Nous appartenons tous, de manière directe, sans intermédiaire communautaire, à la nation.
Pour ce qui concerne nos contempteurs, en revanche, je les laisse à leurs préjugés et à leurs anathèmes. Le trouble est chez eux ! Si j’écoute ce qu’on dit sur moi, je serais décroissanciste, anti-économie, gauchiste, idéologue… Ce n’est pas mon affaire. Je dis ce en quoi je crois et ce que je veux construire. Et si je dois faire des remarques sur untel ou untel, je les caractérise. Je ne dis pas : « Tiens, le PS doit clarifier son rapport à la déchéance de nationalité ou au communautarisme instrumentalisé par les élus locaux ! »
Par ailleurs, notre but est de nous réconcilier. Ce sont les objectifs qui comptent, et c’est ce qui m’étonne dans la séquence : ou bien nous sommes dans la course de petits chevaux avec les régionales comme étape et on se tape les uns les autres, ou bien nous faisons ce que veulent des gens comme Olivier Faure [premier secrétaire du PS – ndlr], Clémentine Autain [députée La France insoumise – ndlr], Manon Aubry [eurodéputée La France insoumise – ndlr], ou Matthieu Orphelin [député proche de Nicolas Hulot – ndlr] et nous créons un espace commun. Si certains ne sont pas dans la même dynamique, je les laisse à leurs sorties de route. Moi, j’avance. Si ce poison de la fracture porté de façon ostentatoire par le président de la République atteint cet « arc humaniste » que nous voulons construire entre la gauche et les écologistes, on connaît le résultat : ce sera le duel Macron-Le Pen en 2022, avec une inquiétude sur qui gagne à la fin.
Vous avez demandé le remboursement de trois années de subventions (de 2016 à 2018, pour un total de 3 000 euros) accordées par la ville de Grenoble au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), que le gouvernement veut dissoudre pour ses liens supposés à l’islamisme radical. Ne cherchez-vous pas ainsi à montrer patte blanche sur la laïcité ?
Nous verrons au préalable le résultat des recours intentés au Conseil d’État. De son côté, le CCIF s’est autodissous et on n’a pas eu de réponse de sa part. On restera évidemment dans le cadre de l’État de droit, car c’est pour lui, et pour son respect, que nous sommes mobilisés. Après, il faudrait savoir : un coup, on me traite d’« islamo-gauchiste », un coup d’être dans la roue de Darmanin. Il faut garder une position solide sur cette question-là. J’estime qu’il ne faut pas confier des droits de dissolutions discrétionnaires au ministère de l’intérieur, car cela peut avoir des instrumentalisations politiques.
Anne Hidalgo laisse planer le doute sur sa potentielle candidature en 2022, de même que Fabien Roussel, le leader des communistes, et Jean-Luc Mélenchon s’est déjà lancé en campagne… Comment unir des gens qui ne veulent pas travailler ensemble ?
Avec Anne Hidalgo comme avec Jean-Luc Mélenchon, aucun pont n’est coupé. On doit discuter tous ensemble au lieu de regarder, qui la paille, qui la poutre, dans l’œil du voisin. Au lieu de se lancer dans une course de nains de jardin, donnons un débouché politique à ce que je considère être une majorité culturelle en France. La plupart des citoyens sont heurtés par le système néolibéral, sont inquiets du réchauffement climatique, craignent le déclassement ou ne voient pas d’avenir pour leurs enfants. Depuis dix ans, la majorité culturelle a progressé autour de notre projet, ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas sujets à des écartèlements : en matière de consommation, de numérique, de relations sociales, d’identité… L’écologie politique est clivante, y compris à l’intérieur de nous-mêmes, comme le souligne le philosophe Pierre Charbonnier. Pour autant, elle est une aspiration majoritaire, car elle pousse à la clarification et redonne du sens à ce que nous faisons.
La primaire des Verts, à laquelle vous participerez, doit avoir lieu avant septembre 2021. Votre concurrent interne, Yannick Jadot, a dit qu’il n’attendrait peut-être pas les primaires pour commencer sa campagne présidentielle… N’est-ce pas tard pour constituer une coalition en vue de mai 2022 ?
On a tout le temps ! La primaire des socialistes avait eu lieu fin janvier 2017, la primaire des Républicains s’est tenue en décembre, et Macron s’est lancé en novembre 2016. On est à cinq cents jours de la présidentielle. Il faut être dans une volonté d’avancer en commun. Le calendrier de la présidentielle nécessite du sang-froid et de la clarté sur la vision pour le pays. Il faut que la gauche et les écologistes se mettent au service d’un projet qui les dépasse et trouvent ensuite la personne qui incarnera le barycentre politique, à la fois sur le fondement politique, mais aussi autour d’un pouvoir qui ne sera pas virilisé mais coopératif. Les Verts et le PS peuvent tenter leur aventure tout seuls, mais, à la fin, on connaît le résultat : l’échec. Tout le monde lance des ballons d’essai, mais, moi, je continue sur ma stratégie de rassemblement, car je n’ai rien vu d’autre qui puisse fonctionner.
Au fond, les écologistes n’ont-ils pas déjà fait une croix sur la présidentielle pour se concentrer sur les législatives de 2022, avec pour ambition de revenir à l’Assemblée nationale ?
On ne peut pas jouer la défaite. Ce que j’ai souhaité apporter à l’écologie politique, c’est l’ambition de la victoire, en gardant les fondamentaux à la fois sur le projet politique, mais aussi sur la compétence, le travail, le souci de l’intérêt général, et toutes les autres qualités que les Français reconnaissent à Europe Écologie-Les Verts, qui est le parti préféré dans l’opinion. J’ai montré à Grenoble, en 2014, que l’écologie avait vocation à prendre et à exercer le pouvoir. Six ans plus tard, ma liste a rassemblé 47 % des suffrages et j’ai été réélu. Depuis, la Commission européenne nous a sacrés Capitale verte européenne pour l’année 2022… Cette volonté de victoire a été portée partout aux dernières municipales : à Marseille, à Tours, à Bordeaux, à Poitiers, à Besançon, à Annecy… Partout, un changement de culture dans le rapport au pouvoir est en train de se produire.
Vous-même n’avez pas appliqué, à l’échelle locale, votre proposition de rassemblement avec le PS… Ni à Grenoble, où le socialiste Olivier Noblecourt était votre concurrent au premier tour, ni à la métropole…
En 2020, la moitié du PS était sur la liste que je conduisais, l’aile macronisante ne pouvait pas se retrouver dans notre projet. À l’échelle de la métropole, un front anti-écolo s’est mis en place. Ici comme ailleurs, le PS n’a pas fini sa mue écologiste : on l’a vu à Strasbourg ou Lille. Cette capacité de travail avec les écolos est parfois opérante. Mais, parfois, certains veulent juste détenir le pouvoir. Avoir le pouvoir pour le pouvoir, ça n’a jamais changé la vie…
N’est-il pas vain de vouloir une union à la présidentielle, alors que les régionales de juin prochain verront s’affronter partout des listes vertes et socialistes au premier tour ?
J’ai porté la volonté qu’il fallait s’unir dans quatre régions exemplaires. On n’est pas partis pour, dont acte. Dans la région Centre-Val-de-Loire, l’écologiste Charles Fournier fait une campagne très intéressante. Mais ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas le format pour les régionales qu’on n’y arrivera pas pour 2022. La clé sera une candidature commune à la présidentielle, un accord programmatique sur les législatives et un consensus sur les changements constitutionnels à opérer une fois au pouvoir.
Quel regard portez-vous sur la démission de Michèle Rubirola, la maire de Marseille, au profit de son adjoint socialiste, Benoît Payan ?Michèle incarnait un nouveau souffle citoyen, populaire et écologiste. Elle a réussi à faire voter des gens qui se disaient que ce n’était pas pour eux. J’ai de la tristesse à penser que le système est si violent qu’il finit par broyer ceux qui ne sont pas des professionnels du milieu… Or, on le sait, au vu des défis immenses à relever : on ne peut pas laisser le pouvoir à des gens qui ne rêvent que de cela.
Mais vous-même, avant d’être élu, à 41 ans, comme maire de Grenoble, étiez ingénieur, pas un professionnel de la politique… Qu’est-ce qui fait que vous avez résisté ?
Je ne me vis toujours pas comme un homme politique, mais avant même de me présenter, j’avais déjà beaucoup réfléchi à l’exercice du pouvoir. Je me suis entouré avant même de démarrer la campagne. En 2014 [année à laquelle Éric Piolle gagne la ville – ndlr], personne ne me voyait gagnant, mais moi, oui. Les sondages me donnaient 10 points derrière ; nous sommes arrivés 4 points devant. Je ne me suis pas engagé pour faire de la politique, mais pour exercer le pouvoir et changer les choses. Alors, au lieu de me faire ballotter dans le marigot politicien, j’ai pris de vitesse tout le monde. J’ai recruté un DGS [directeur général des services – ndlr] à la ville sur lequel je pouvais compter, en qui j’avais toute confiance. Il était dans l’équipe depuis fin 2013. J’ai dit que je ne cumulerais pas mes mandats. Nous avons baissé de 25 % nos indemnités, plus qu’un symbole c’était pour signifier aux citoyens que nous n’étions pas là pour nous goinfrer. J’ai construit ma liberté politique et je l’entretiens en permanence.
Néanmoins, je reconnais que ce n’est pas toujours simple, surtout quand le PS, qui a été hégémonique pendant des années, est dans les parages. Le pouvoir n’est pas une propriété privée. Il ne faudrait pas que ce parti, dont le bilan au niveau national est contesté, et dont l’image est très abîmée dans l’opinion publique, pense qu’il suffit d’avancer derrière les Verts pour conquérir le pouvoir et, ensuite, appliquer sa politique. L’écologie n’est pas un cache-nez, c’est une exigence et une éthique. Ce qui ne nous empêche pas de regarder l’avenir ensemble.
Pensez-vous que l’affaire Rubirola peut entacher la crédibilité des écologistes pour 2022 ?
C’est d’abord une affaire marseillaise et cette ville est un monde en soi. Ensuite, qu’on nous juge sur notre projet et sur notre bilan. En un mandat d’action, Grenoble est passé de la ville la plus endettée de France à Capitale verte de l’Europe pour l’année 2022. Il y a plein d’exemples d’élus écologistes qui ont été aux manettes et qui ont très bien rempli leur mission. Je pense à Dominique Voynet, Cécile Duflot ou Marie-Christine Blandin, hier. Et, aujourd’hui, aux nouveaux maires (pour ne citer que les grandes villes) que sont Léonore Moncond’huy à Poitiers, Emmanuel Denis à Tours, Grégory Doucet à Lyon ainsi que Bruno Bernard à la métropole, Jeanne Barseghian à Strasbourg, Pierre Hurmic à Bordeaux, Anne Vignot à Besançon et François Astorg à Annecy.
Ce sont des gens qui, comme Michèle Rubirola et moi, n’étaient pas des professionnels de la politique. Cela ne les empêche pas d’être fiables, sérieux, constructifs. N’en déplaise au bocal politicien, si les électeurs nous ont fait confiance, c’est parce qu’ils savent que l’écologie change la vie.
Vous avez écrit dans Libération une ode au « génie français ». Tenter de faire vibrer la corde du roman national n’est-il pas un peu dépassé, d’autant plus pour un écologiste ?
L’histoire de France, il faut l’embrasser totalement, dans ses côtés positifs comme dans ses côtés sombres. Que je parle de « génie français » – que la France peut avoir dans plein de domaines, par exemple en cinéma, littérature, rugby –, c’est parce que je sais que la France est elle-même quand elle est pionnière. Être pionnier aujourd’hui, c’est relever le défi du climat. Et, pour cela, il faut commencer par réconcilier les Français : aucune énergie ne devra manquer.
Pauline Graulle sur : https://www.mediapart.fr/journal/
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En ce qui me concerne je soutiens la candidature de J.-L. Mélenchon dont j’entends bien qu’il n’est pas parfait, que c’est une forte tête avec plein de défauts mais qui porte, avec d’autres, un programme élaboré, précis et chiffré. Cette présidentielle de 2022 sera autant l’occasion de faire un bilan du président sortant que d’ouvrir une nouvelle période pour la République. Je sais qu’un programme peut être modifié au gré des circonstances, des avanies et il y en aura car le »bloc bourgeois » ne restera pas inerte.
Toutefois, j’espère.
Pour moi, l’espérance n’est pas la forme accomplie de la résignation.
Un vieil écolo toujours de gauche (si tant est que ce mot soit réalisable…!)