La biodiversité et l’Agenda 2030, quelle trajectoire pour zéro perte nette de biodiversité en France métropolitaine ?
En organisant une journée d’étude le 9 mai 2019 puis un atelier à Tour en octobre 2019, réunissant l’une et l’autre des scientifiques de haut niveau de diverses disciplines, l’association internationale « Futur Earth » est à l’initiative d’une information riche et utile pour les acteurs de terrain. Le scientifique Wolfgang Cramer qui réside en Biovallée en est l’un des dirigeants, ce qui laisse augurer des opportunités d’inspiration pour les actions de terrain.
La journée d’études du 9 mai 2019 qui est synthétisée dans un document téléchargeable ici constitue une mine d’information et d’inspiration.
L’atelier d’octobre 2019 « la biodiversité et l’agenda 2030 » a débouché sur un rapport de 48 pages à Télécharger lici et sa synthèse de cinq pages téléchargeable: ici
Cet ensemble en partie redondant mérite d’être à portée de main des citoyens, invités à plus d’implication, et plus encore des responsables au premier rang desquels les élus locaux.
Impossible de rendre compte en quelques lignes du contenu dense et riche auquel il est souhaitable de se référer avant toute orientation des politiques publiques. Il en va ainsi, par exemple, pour la préparation des PLUI si l’on veut faire des choix en fonction du futur « émergent » et non à partir d’un passé de plus en plus révolu.
Ces travaux se réfèrent à sept des dix-sept Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies. Ils procèdent d’une analyse des « synergies et des tensions » entre l’objectif « zéro perte nette de biodiversité » et les scénarios existants en ce qui concerne les systèmes énergétiques, agricoles, alimentaires, urbains. Cette approche a été affinée par la prise en compte des ODD relatifs aux océans, au climat, à l’eau douce et aux inégalités. Et, faut-il le souligner, « l’objectif « zéro perte nette de biodiversité » ne peut pas être atteint si la rénovation énergétique des bâtiments, les modes de transport durables ou une alimentation saine ne sont pas accessibles au plus grand nombre »,. Ainsi, « la hausse du coût du logement relativement à celui du transport… renforce l’artificialisation… en particulier le périurbain ». Tous concernés, par conséquent.
Il faut souligner que l’essentiel de ces travaux s’appuient sur les apports de différents scénarios qui font référence : NégaWatt, Afterre 2050, TYFA, Ville contenue de l’ADEME…
A titre d’illustrations, voici quelques exemples parmi d’autres comme « entrée en matière » ou « mise en bouche »:
Les incontournables
Le « devenir des aires protégées qui constituent des dimensions clés… renversement des tendances d’étalement urbain et d’artificialisation des sols » ;
L’alimentation animale représentait 44 % de la déforestation importée en France ;
La consommation de viande doit être réduite et remplacée par des légumineuses qui offrent de nombreux avantages dont la réduction des émission de méthane et de la consommation d’eau ;
La « Transformations rapides de nos comportements alimentaires, modèle agricole, système énergétique, modes de transport et d’habitat, de protection de la biodiversité » ;
L’efficacité énergétique, combinée à la sobriété et aux énergies renouvelables ;
Les ressources « limitées » de certains matériaux (dits rares ou critiques) et leur production polluante rendent le recyclage impératif ;
Les comportements de chacun appelés à changer rapidement (alimentation, transport, habitat, numérique…), constituant des « transformations sociétales majeures » ;
La maison individuelle, facteur d’artificialisation des sols, devient un problème en soi ;
Les synergies
La suppression des pesticides profite à la fois à la santé, à l’eau, au climat, aux océans…
L’agroécologie et l’agroforesterie sont économes en eau et plus résilientes au changement climatique ;
Elles diminuent les émissions de GES et autres pollutions ;
« La promotion de la mobilité active et des transports collectifs réduit la pollution de l’air et les émissions de CO2 » ;
Entre « ville diffuse » et « ville compacte », développement de formes complexes « permettant de lutter contre l’ensemble des facteurs de perte de biodiversité et de tenir compte d’autres ODD, comme la santé, le bien-être ou encore la réduction des inégalités » ;
L’évolution des campagnes « dans une France presqu’entièrement relocalisée dans des pôles urbains » conduit à imaginer des « espaces de loisirs et de tourisme pour la majorité urbaine, aménagés et accessibles en transports collectifs », mais aussi « des zones résidentielles rurales mêlant retraités et jeunes actifs dans une économie de proximité et/ou de télétravail ».
Les tensions
Tension entre déploiement des sources d’énergie renouvelables et impact sur l’environnement et les populations avoisinantes (interactions négatives du déploiement des ENR) ;
Conflit entre la biomasse comme source d’énergie et la matière qui doit être restituée au sol ;
Maintien et valorisation des surfaces en prairies naturelles et réduction de l’élevage bovin ;
Développement de nouvelles voies de transport ferroviaires, fragmentation des écosystèmes et impératif « zéro artificialisation » ;
« Incohérences et incompatibilités entre différents accords internationaux… (climat versus commerce international) ;
Densification des villes, mais à la condition qu’elle améliore les conditions de vie ;
Concurrence entre surface agricoles, surfaces affectées aux énergies renouvelables et préservation de la biodiversité ;
Le développement de l’agriculture bio peut être un facteur de renchérissement de l’alimentation ;
Bref, le sujet est aux antipodes du simplisme « yakafokon ». Il implique de « savoir gérer la complexité, de s’adapter et entendre les parties prenantes »… exercice auquel, semble-t-il, une modeste minorité est vraiment prête. D’où l’importance de la « diffusion des connaissances et la contribution à des solutions… à l’interface science-société ». Pour répondre « à des enjeux de durabilité complexes et marqués par l’urgence », « l’implication d’acteurs de terrain aux côtés des chercheurs » s’impose « dans la construction d’un scénario pour la biodiversité ».
Les acteurs de la Biovallée en sont bien convaincus tant les impacts seraient bénéfiques pour tous : « augmentation du bien-être humain, amélioration des relations hommes-nature, protection de la pollinisation… résilience des espèces… création d’emplois », activité économique relocalisée… Nul doute que ces acteurs devraient trouver dans ces travaux une inspiration à mettre au service du grand public.
Des projets qui ont du sens
Dans cette ambiance où le pessimisme prévaut, il m’est venu à l’esprit qu’il y a enfin là matière à des engagements motivants qui ont du sens.
- Développement de multiples activités nouvelles créatrices d’emplois (soin, agriculture, habitat…) ;
- Transformation de nos modes de vie restaurant un mieux-être tant au travail qu’en famille ou dans nos loisirs individuels et collectifs ;
- Possibilité pour la France et l’Europe d’incarner une vision d’avenir, exemplaire et entrainante[1],
- Concrétisation de perspectives qui devraient « redonner le moral » à bien des individus.
Gageons que, en Biovallée, nous saurons nous inspirer de cette « science » et en retour lui apporter les enseignements de terrain pour progresser ensemble.
Jean-Louis Virat
Le Laboratoire de la Transition
[1] Voir pourquoi je fais ce pronostic dans « Nantis sceptiques, devenez écolos » page 88 www.amadeor.fr
http://www.futureearth.org/events/future-earth-days-2016
Les 12 membres fondateurs
Le BRGM – Le Bureau de recherches géologiques et minières
Le CEA – Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives
Le Cirad – La recherche agronomique pour le développement
Le Cnes – Centre national d’études spatiales
Le CNRS – Le Centre national de la recherche scientifique
La CPU – La Conférence des présidents d’université
L’Ifremer – L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer
INRAE – L’Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement
L’IRD – L’Institut de recherche pour le développement
Météo-France
Le MNHN – Muséum national d’histoire naturelle
L’Université Gustave Eiffel
