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« Gouvernance partagée en Intelligence collective » : 20 ans de cheminement citoyen !

Ecologie au Quotidien semble aujourd’hui très clairement associée à cette appellation « la gouvernance partagée ». En effet, elle a largement œuvré à faire « descendre sur terre », ce  mot qui dit tout sans rien en dire !

Il y a 20 ans, quand l’aventure Ecologie au Quotidien a commencé, le simple terme de gouvernance était tellement connoté que nous devions systématiquement nous en expliquer. En effet, dans les esprits conditionnés par quelques centaines d’années de systèmes pyramidaux, la gouvernance est donc tenue par une personne, au mieux, quelques individus. Beaucoup renvoyaient à un terme technophile plutôt qu’au terme africain de palabres sous les arbres sans Etat. Ce à quoi, nous précisions qu’une gouvernance est la forme plus ou moins complexe qui structure et régit le fonctionnement organisationnel, social et relationnel des individus d’un système social, politique ou mouvementiste. Autrement dit, ce sont donc les règles qui régissent un groupe ou une organisation.


 

Gouvernance partagée entre croyance d’une unanimité évidente et d’un épanouissement personnel sans faille ?

Le fait de lui associer les termes « gouvernance » et  « partagée » crée dans notre imaginaire une forme d’ambiguïté qui, soyons clairs, a fait une partie de notre succès. Oui, cette ambiguïté est venue redonner de l’espoir à toutes celles et ceux qui ont vu derrière ces deux mots accolés la solution à leurs problèmes. Sortir du pouvoir unilatéral, voire même sortir du pouvoir tout court pour aller vers une forme d’égalitarisme décisionnel où chaque point de vue serait pris en compte et où le joyeux consensus règnerait en roi. Plus de conflit puisque nous serions toujours toutes et tous d’accord ! Notre belle histoire démocratique s’est d’abord inspirée des bourses du travail de Fernand Pelloutier de l’autogestion ouvrière. Ses postulats sont : la suppression de toute distinction entre dirigeants et dirigés, la transparence et la légitimité des décisions, la non-appropriation par certains des richesses produites par la collectivité, l’affirmation de l’aptitude des humains à s’organiser sans dirigeant. (Ville PSU de  Louvier, 1964-1969,  puis Boimondau  1941-1973 puis et LIP en 1973).

Démarche Emancipatrice

Plus de « leader ou chef » également souvent perçus comme les détenteurs égotiques du pouvoir. Mais plus de suiveur non plus (relire : Le Discours de la servitude volontaire un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie), puisque le pouvoir partagé redonnerait à chacun·e sa pleine et légitime place dans le collectif. Comme un outil ou une méthode magique, la gouvernance partagée est venue répondre aux fantasmes pluriels des un·es et des autres, au secours des blessures accumulées dans les tréfonds des individus qui se débattent avec le fait d’être ou de se sentir manipulé, dominé, dépendant, ou qui ne trouvent pas leur place, leur puissance, leur émancipation pourtant tellement souhaitée !

Pratiques de fraternisation et sororisation !

Et puis il y a celles et ceux que le pouvoir partagé fait frémir, celles et ceux qui y voient la perte de leur pouvoir acquis par un privilège social ou chèrement gagné par une lutte individuelle ou collective avec le temps ou pire l’âge. Ce même pouvoir est porteur de façon réelle ou illusoire d’une toute puissance et d’une façon d’exister, de se sentir vivant et légitime… alors quel risque énorme cela serait pour elles-eux de le remettre en question ! Bref… Le combat continue !

Difficile de partager une même vision du monde face à nos histoires intimes si différentes

Bon nombre ont dû se confronter à une toute autre réalité et traverser une profonde déception. Le mur a été impitoyable ! Car jamais la gouvernance partagée n’a tenu pareille promesse. Aucun système ou modèle à ma connaissance ne permet un tel résultat. Et pour cause ! Nos différences de personnalité, l’endroit où nous en sommes sur notre chemin personnel, la connaissance de nous-mêmes, de nos forces, de nos fragilités, nos egos plus ou moins blessés, bref… Ce qui fait la richesse de l’être humain est bien notre diversité, nos singularités qui sculptent notre façon toute personnelle de voir le monde. Nous ne pouvons donc pas nous mettre d’accord sur tout et particulièrement quand il s’agit de notre vision du monde. Parce qu’elle cache et construit nos croyances, nos valeurs, nos zones de lumière comme nos zones d’ombres, notre vision du monde abrite nos secrets les plus intimes, elle s’est construite sur notre histoire. Elle ne parle qu’à nous.

Exemple : Les choix de rémunération à l’épreuve (cité à Boulc-en-Diois à notre séminaire)

Prenons l’exemple des rémunérations. En gouvernance partagée, certain·es pensent que nous devons œuvrer en toute égalité, donc obtenir de l’organisation des rémunérations identiques, sans considération des écarts de compétences, de l’ancienneté ou autre aspect qui peut différencier un salaire. D’autres ne souhaitent pas tomber dans cette forme de « lissage », « d’extrême égalitarisme » comme certain·es peuvent le nommer. Ils et elles souhaitent valoriser leurs études spécifiques, leurs expériences singulières ou leur ancienneté. D’autres encore souhaitent définir des critères où chacun·e est libre de travailler le temps qui est juste pour lui ou elle, qui correspond à son rythme, à son envie, à sa capacité. Ainsi, Wo. souhaite être payé·e 1500 euros/mois pour 10h de travail/semaine au regard de conditions personnelles difficiles, quand Ba. aura le même salaire pour 35h/mois, parce que par ailleurs, une rente lui permet de vivre aisément. Enfin, une autre voix/voie pense que nous devons tenir un engagement sans faille à très basse rémunération, presque de façon sacrificielle pour atteindre les objectifs souhaités (cela peut se discuter en relation avec les revenus du tiers-monde, si un jour l’égalité… )… Bref… Il n’est pas simple de se mettre d’accord sur un sujet qui vient toucher en profondeur la valeur des choses et de nous-mêmes, notre engagement et notre besoin de réussite, de reconnaissance ou d’épanouissement. A travers notre rapport à l’argent, nous venons tenter de soulager nos blessures, confirmer nos croyances, respecter / revisiter des valeurs qui nous sont intrinsèques et qui répondent à un devoir de fidélité à nos familles ou nos ancêtres !

Gouvernance délibérative, partagée ou distribuée ou agile, différents noms pour un même objectif : changer de paradigme personnel et collectif…

Aujourd’hui, certain·es parlent de gouvernance distribuée, ou agile, toutes sortes d’appellations qui tentent de nous rapprocher de ce que chacun·e souhaite y voir advenir. Ce bouillonnement est pourtant le signe réel que quelque chose bouge. La conscience se fait plus large et la nécessité de faire face à un système qui touche à sa fin et qui ne trouve pas sa solution pour survivre nous appelle à un changement qui va bien au-delà d’une méthode, d’outils ou de techniques. Nous réaffirmons encore et toujours qu’il est temps que les paradigmes qui fondent aujourd’hui la quintessence de nos sociétés mutent. Mais si nous continuons à croire prétentieusement que notre esprit est suffisamment fort pour inventer une solution miracle qui transformerait ce que nous avons inscrit au fer rouge par une méthodologie bien huilée de ces processus coercitifs, alors nous oublions que le premier pas est d’abord d’accepter qu’une partie du problème et de la solution est en nous. Descendre à l’intérieur de soi pour y rencontrer ce qui me fait haïr ou adorer un modèle plutôt qu’un autre, ce qui me fait peur, ce qui soulève ma colère, ce qui me remplit de tristesse… alors je peux trouver l’opportunité de toucher mes blessures et y découvrir une forme d’humilité sincère qui m’indique que je ne peux rien changer si je ne change pas moi-même, et avec l’appui de l’autre. Pour le bien commun et/ou l’intérêt général ?

Jouer collectif dans les pratiques !

La mise en place de commissions de travail ( commission programmation, commission financière, commission d’embauche, commission technique, commission communication et information, commission gouvernance, etc… ont permis un travail fin, non chronophage, et invitant nombre de personnes extérieures à l’association invitées pour leu compétences ou expérience. Les commissions sont « élaboratrices de propositions », (voir décision des C.A antérieurs), mais jamais décisionnaires évidemment. Imaginons que la Commission Communication décide un nouveau site à 6000€. Clairement le C.A a à décidé de cette somme ou pas. Imaginons  que la Commission Programmation décide de faire venir à Die,  Eric Zemour, évidemment que le CA est seul décisionnaire et éthiquement responsable. C’est même son rôle. Moins de C.A est une stratégie ancienne de certaines associations de laisser une fine équipe (souvent les salariés) de faire la politique à la place de l’association. Et 4 fois par an de submerger les administrateur.trices d’informations qui laissent peu de place aux questions. Adieu la démocratie…  Sur ce sujet sur lequel nous reviendrons, les affirmations sont parfois invalidées par les pratiques; et parfois l’inverse existe : les pratiques sont fort démocratiques alors que une structure administrative est conventionnelle. Comme le dit Claude Veyret :  » la démocratie participative et la gouvernance partagée c’est idéal en théorie… c’est trop bon de vivre en théorie ! mais l’autogestion ce n’est pas de la tarte !  »

Plus forte raison en une période complexe et incertaine où s’inventent les alternatives !

Nous sommes dans une période  complexe et difficile pour certaines et  certains… difficultés des se projeter dans le travail, dans la santé (plusieurs de nos ami.es dont Bernard Zerbib, de la Fabrique des Transitions de Romans depuis 70 jours en réanimation) dans le quotidien (confinement solitaire), dans la vie politique (mairie et Communauté de Communes sont un peu au ralenti), matérielles ( les salles communales seront-elles disponibles  fin Janvier 2021 ? ) et plus encore dans le projet/programme des rencontres 2021.  On le sent dans les échanges zoom ou en présence… Ces 9 mois de pandémie auront des conséquences que l’on ne mesure pas encore.

Nous sommes d’autant plus  dans des incertitudes que le programme initial de Janvier février 2021 élaboré pour 12 jours (cette année 10 à Die et 2 à Livron-sur-Drôme et Aoûst-sur-Sye ) est totalement remis en cause. Tant sur la longueur que sur la densité en présence. Mais cet effritement s’est fait progressivement, en continuant de travailler le programme et l’amenuisant mois après mois. Cette déconvenue n’est pas franchement la dynamique et l’énergie qui sont indispensables et présentes habituellement aux  préparations  des Rencontres de Die et de la Biovallée. Certain.es verront dans Zoom  ce manque de vigueur et  puissance nécessaire à l’élaboration du projet, d’autres  trop d’handicaps à surmonter : incertitudes des salles, éventualité d’absence des intervenant.es, contingences impossibles à tenir comme nos ami.es bénévoles allergiques aux masques et distanciations, précarisation de l’association sans repas, ni bar, etc… Tout cela désagrège nos capacités, nos volontés, nos aptitudes à se projeter, nos ordres de marche. Et in fine la visibilité  totale de 2021.

L’insatisfaction ne peut qu’être latente ou générale voir dissimulée. C’est très humain. Certain.es  penseront que cela fait partie de « l’effondrement annoncé »  depuis 4 ou 5 ans par nos intervenant.es, mais pas réellement intégré  par notre psychisme et dans notre quotidien.

N’est-ce pas dans ces moments difficiles que se mettent  en place les résiliences et résistances (ou pas pour certain.es),  l’engagement  personnel pour un monde meilleur, les combats pour la paix, la solidarité, la générosité dont nous allons avoir besoin ici et maintenant mais aussi demain. La pandémie est un peu un test de nos capacités de régénérescence.  C’est le moment de construire la promesse d’une société plus juste, plus fraternelle… d’avoir la foi dans nos semblables pour une nouvelle alliance avec la vie, le vivable,  le vivant, le vital. En somme, l’écologie. C’est aussi le moment de tester  nos capacités à s’autodéterminer par rapport aux autres avec  empathie, altruisme et humour… Garder la joie comme boussole. A titre d’exemple, regardons nos élu.es ( nationaux) ; comment ils peinent  à se positionner sur cette pandémie, incertitudes, erreurs, contradictions, ambiguïtés ont jalonné ces 9 mois. Comme tout le monde ici et ailleurs. Nous ne sommes pas à l’abri de cela. Oui cela s’appelle l’humilité. L’écoute attentive et une réponse bienveillante, décharnée des égos !

Sortir de la volonté orgueilleuse de construire un système de gouvernance parfait

C’est en cela qu’Ecologie au Quotidien s’est toujours définie sans modèle, convaincue que la perfection n’existe pas. D’où parfois des tâtonnements comme avec les cartes de couleurs utilisées en de 2006 à 2010 sur proposition de notre administrateur Hubert Fèvre. Pourtant, nous avons bien une gouvernance, des règles, des statuts, une structure inspirée de modèles et d’outils divers et pluriels. Certain·es d’entre nous pensent qu’il est nécessaire de faire référence à un modèle particulier, de définir un cadre clair, rassurant pour ne pas avoir à le réinventer sans cesse, un cadre rigoureux qui nous empêche de tricher et de retomber dans les travers de la manipulation. Oui, nous accompagnons sur la base d’une transmission qui utilise parfois les processus et l’esprit de l’Holacracy et de la Sociocratie. Oui, nous avons construit une vision singulière de la gouvernance partagée sur laquelle nous nous appuyons pour fonctionner et accompagner nos administratrices-eurs,  bénévoles, volontaires et militants-es. Mais il s’agit toujours de notre façon de voir le monde exprimant nos points de vue spécifiques et nos aspirations philosophiques et politiques. Pour nous, l’important n’est pas de trouver des compromis entre toutes et tous sur ces sujets de fond. Mais de tenir l’esprit de départ qui accepte le paradoxe du vivant, créatif et imparfait rendant l’organisation fragile, vulnérable et dans l’acceptation de sa finitude possible, à l’image des hommes et des femmes, des humains qui l’ont fait advenir. Continuons à nous confronter à notre petitesse, car « c’est quand nous sommes capables de la reconnaître et de l’accepter », que notre grandeur peut émerger. « Et parfois  d’identifier nos désaccords et de s’entendre sur ces désaccords » comme dit notre ami Patrick Viveret.

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.

C’est notre propre lumière, et non notre obscurité, qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? »  En fait qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de la vie.

Vous restreindre, vivre petit ne rend pas service au monde.

L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous.

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : Elle est en chacun de nous et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

Texte de Marianne Williamson  en 1992 et repris dans ce discours prononcé par Nelson Mandela lors de son investiture à la Présidence de la République de l’Afrique du Sud le 10 mai 1994 .

Ecologie au Quotidien Rhône-Alpes

Texte de  Juin 2006, travaillé et discuté, puis réactualisé en juin 2020 en séminaire sur la gouvernance partagée à Boulc (Diois).

Ecologie au Quotidien Rhône-Alpes (2000)

Le Chastel 26150 DIE, France

Tel : +33.(0)4.75.21.00.56

Courriel : ecologieauquotidien.die@gmail.com

Sites : www.ecologieauquotidien.fr

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http://www.progettocentre.it/

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Membre de « Biovallée »

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Ecosite – Hôtel d’entreprises- Place Michel PAULUS – 26400 EURRE
Tél : 04.26.52.11.22 Port : 06.78.86.23.28

communication@biovallee.fr

https://biovallee.net/

Membre de IN.N.E.R. International Network of Eco Regions. (2014)

Registered Office: Largo Dino Frisullo snc – CAE – Città dell’Altra Economia – 00153 Rome – Italy.

Head Office – Presidency: 169 Tasso street – 80127 Naples – Italy Phone: +39 0817613830 – Fax: +39 0817612734

E-mail: info@ecoregions.eu

web IT: www.biodistretto.net

web EN: www.ecoregion.info

Président: Salvatore BASILE, presidente@ecoregions.eu

Membre de la Fabrique des Transitions (2020)

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la-fabrique-dromoise-des-transitions@mailo.com

 

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