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Idées et débats : Omar Youssef Souleimane : se plaindre, une activité très française…

Des extrêmes droites en passant par les extrêmes gauches, les gilets jaunes ou autres complotistes,  se plaindre est un sport national. Sans issue et qui revoit à ses seules propres défaillances. Et perpétuelles insatisfactions maladives et impossibles à combler. Comme disent les chinois ,  « Vous voulez être malheureux, ayez beaucoup d’attente ! »…

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Vaccins, « dictature sanitaire »… Dans une tribune, l’écrivain d’origine syrienne s’étonne du fait que les Français aiment tant se plaindre, quitte à se contredire du jour au lendemain.

L'écrivain Omar Youssef Souleimane s'étonne du fait que les Français aiment tant se plaindre, quitte à se contredire du jour au lendemain.

L’écrivain Omar Youssef Souleimane s’étonne du fait que les Français aiment tant se plaindre, quitte à se contredire du jour au lendemain.

Evoquer la France comme un pays positif, où l’on peut trouver sa place, progresser, s’épanouir, n’est pas toujours bien accueilli par de nombre de Français. Tout simplement parce que se plaindre est une de leur occupation favorite. Cette activité fait partie de la culture, du comportement social, et de la vie quotidienne.

Nous ne sommes pas contents, surtout sur le plan politique, quelles que soient nos orientations idéologiques. Le vaccin contre le Covid-19 est un bon exemple : une fois disponible, nombreux furent ceux à s’y opposer, parce qu’il était arrivé trop tôt. Dès qu’on a su que seulement quelques centaines de personnes avaient été vaccinées, les mêmes ont commencé à réclamer une campagne de vaccination plus rapide. Une répétition des polémiques sur les masques. En mars dernier, certains se sont révoltés pour en avoir le plus vite possible. Il était inacceptable de lutter contre l’épidémie sans se couvrir la bouche et le nez, dans les lieux publics. Les masques sont arrivés, puis ont été rendus obligatoires, et les mêmes ont assuré qu’ils ne servaient finalement à rien, et que nous étions dans une « dictature sanitaire ».

Face à un nouveau virus que mêmes les scientifiques ne connaissent pas bien, quand chaque jour de nouvelles informations arrivent sur le sujet, il est normal de tenir des propos contradictoires. Mais en France, surtout à Paris, se plaindre est un style de vie. Les premiers mots que j’ai appris dans la langue d’Eluard ont été des insultes. Elles sont proférées à n’importe quelle occasion, qu’il fasse froid au chaud, que le métro soit en retard ou en avance. On préfère dire « ce n’est pas mal » même si le repas était exquis. Sans y prêter attention, je me suis aussi mis à râler.

Arrêter de se plaindre n’est pas donner carte blanche aux politiciens

Pendant l’écriture de ce texte, j’apprends le décès de l’acteur Jean-Pierre Bacri, « l’éternel râleur » du cinéma français. Un cinéma dont la plupart des films montrent des gens qui vivent bien, mais qu’ils sont insatisfaits. Pourtant, issu d’une famille juive, Jean-Pierre Bacri est né dans le monde arabe, en Algérie. C’est un paradoxe car celui qui vient de ce monde, comme c’est mon cas, a peut-être un peu plus de lucidité. J’ai vécu dans un Etat sans droits de l’homme, sans liberté d’expression, sans sécurité sociale, ni de vie politique, où le régime policier contrôle tout. Celui qui a connu ça n’a aucune raison d’être triste ici en France. Il est même parfois même étonné de constater le niveau de mécontentement dans son pays d’adoption. Le couvre-feu est certes devenu plus strict. Mais en Syrie, nous étions plus habitués à « l’ouvre feu », qui interdisait de sortir de son domicile.

Quand se plaindre conduit à se rebeller, cela peut être un point positif. En France, nous sommes dans le pays de la révolution, du refus, de l’envie de changement. Mais quand le désaccord se résume à n’être qu’à contre-courant, cela confine à l’absurde. C’est ce qui arrive quand la peur de l’avenir entraîne le refus d’accepter le présent. Alors que, tout au long de l’histoire française, les grandes frondes voulaient améliorer la situation. En 1968, les grèves ont par exemple rassemblé étudiants, ouvriers et artistes. Ces manifestants n’étaient pas perdus, mais savaient ce qu’ils voulaient. En revanche, dans la plupart des manifestations aujourd’hui, les slogans ne semblent proposer aucun programme alternatif. La seule chose qui unit ces mouvements, c’est le désaccord, comme ce fut le cas pour les gilets jaunes.

Arrêter de se plaindre, ce n’est pas donner carte blanche aux politiciens. Il est clair que de nombreux problèmes attendent leur solution, surtout dans notre système bureaucratique. Mais ces problèmes sont-ils si graves au point de nous rendre malheureux ? Peut-être, pour trouver un chemin vers l’espoir, sans abandonner l’esprit de résistance, et ne pas se complaire dans le misérabilisme, convient-il d’appliquer cette phrase que l’on prête à Voltaire, « j’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ».

Omar Youssef Souleimane ( envoyé par l’auteur )

Ecrivain et poète né à Damas, Omar Youssef Souleimane a participé aux manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, mais, traqué par les services secrets, a dû fuir la Syrie en 2012. Réfugié en France, il a publié chez Flammarion « Le petit terroriste » sur sa jeunesse salafiste et sa prise de distance avec la religion, ainsi que « Le Dernier Syrien » , roman sur la jeunesse du Printemps arabe.  

1 Commentaire

  1. Il faut quand même reconnaître la part « jean-pierre-bacrienne » du génie français. Parvenir comme certains à demander de meilleures salaires et conditions de travail pour les infirmières, plus de lit dans les hôpitaux, tout en s’insurgeant des risques que les masques font peser sur les libertés publiques, relève d’une agilité grincheuse certaine. Comparez au Nord-coréens qui avalent tout sans rien dire…

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