Altruistes et activistes, ou, guerriers, rebelles, ou angoissés, complotistes, … L’effet révélateur du Covid sur nos personnalités…
Une chercheuse norvégienne a répertorié 16 comportements sociaux possibles face au Covid. Sources de conflits, ils pourraient aussi servir à mieux prévoir l’épidémie.
Un manifestant avec une pancarte affirmant que « l’obéissance est le problème, pas la désobéissance », à Beyrouth le 19 octobre 2019
Vous ne supportez pas les angoissés du Covid, ces personnes obnubilées par les pénuries, et prêtes à acheter une quantité invraisemblable de pâtes ou de papier toilette ? Normal : vous faites peut-être partie des invincibles, cette partie de la population – en général des jeunes – qui se croit immunisée contre le virus et ne pense qu’à faire la fête. A moins que vous ne soyez un vétéran, une personne d’expérience ayant déjà vécu une pandémie.
« Partout dans le monde, l’épidémie de Covid-19 fait émerger des comportements, des traits de personnalités, qui fractionnent les populations », constate Mimi Lam, chercheuse au centre d’études en sciences sociales à l’université de Bergen en Norvège. Dans un article publié par la revue Humanities & Social Sciences Communications, la scientifique a ainsi identifié seize groupes dont les actes ou les réactions façonnent notre actualité depuis plus d’un an. Chacun s’y reconnaîtra. Il y a par exemple les professionnels du déni. Ceux qui tentent de vivre normalement, ignorant volontairement les signes de la maladie. L’exemple le plus frappant est sans doute celui du président brésilien Jair Bolsonaro dont les discours semblent à l’opposé de ce qui se passe dans son pays. Tout aussi agaçants, les profiteurs utilisent l’épidémie afin de gagner de l’argent ou davantage de notoriété. On l’a vu avec le trafic de faux tests PCR, des certificats falsifiés permettant de franchir les frontières, ou avec les charlatans du Covid qui assurent qu’il suffirait de « booster » son système immunitaire avec des aliments naturels afin d’échapper au Covid. De leur côté, les rebelles réclament plus de liberté et refusent de se confiner, à l’image du mouvement appelant à la désobéissance civile sur les réseaux sociaux.
Une piste d’amélioration pour les modèles épidémiologiques
Vous ne vous reconnaissez toujours pas? Alors peut-être faites vous partie des altruistes, qui viennent en aide aux personnes âgées ou des guerriers, ces combattants de l’épidémie prodiguant des soins à l’hôpital. Il ne faudrait pas non plus oublier les contemplatifs dont le but consiste à rester à l’écart de l’agitation créée par les autres groupes, ou les innovateurs dont les trouvailles nous donnent de l’espoir en s’attaquant, par exemple, aux pénuries de respirateurs.
« La pandémie a révélé des fissures dans nos communautés, reconnaît Mimi Lam. Il y a tout de même un point positif : l’étude des comportements progresse et elle donne l’occasion aux scientifiques d’améliorer leurs outils de prévision ». L’une des grandes difficultés, lorsqu’on modélise une épidémie, est de savoir comment la population réagit à l’introduction des gestes barrières. Certains modèles estiment qu’elle se traduit par une diminution de 85 à 90% des interactions sociales. Mais en France, ce chiffre est probablement surestimé en raison de notre indiscipline. « Certaines catégories de population ont sans doute un respect plus fort des mesures (les guerriers, les altruistes) tandis que d’autres (les rebelles, les invincibles) expriment une défiance plus élevée », estime Mimi Lam. Intégrer ces différences de comportements dans les calculs pourrait ouvrir la voie à de nouveaux modèles épidémiologiques bien plus précis.
Sébastien Julian ( envoyé par l’auteure ). Dès que nous aurons l’étude en Français nous la passerons. MCD