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Crise climatique : l’appel de 11 000 scientifiques pour éviter des « souffrances indescriptibles »

Ils proposent des leviers d’action, comme réduire la consommation de viande et stabiliser la population.

Les scientifiques n’ont jamais été aussi inquiets de l’état de la planète en général, et de la crise climatique en particulier. Dans un vaste appel publié lundi 5 novembre dans la revue BioScience, plus de 11 000 climatologues mais aussi biologistes, physiciens, chimistes ou agronomes, issus de 153 pays (dont 1 500 Français), préviennent que les humains risquent des « souffrances indescriptibles » liées à l’urgence climatique. Ils appellent à des transformations mondiales de nos modes de vie afin de préserver la vie sur Terre, « notre unique maison ».

Il y a exactement quarante ans, en 1979, rappellent les auteurs, menés par le biologiste William Ripple (université de l’Oregon, Etats-Unis), des chercheurs de cinquante pays s’étaient réunis lors de la première conférence mondiale sur le climat, à Genève, et avaient alerté sur la nécessité d’agir contre le changement climatique. Depuis, les mises en garde se sont multipliées, à l’occasion du Sommet de la Terre de Rio de 1992, de l’adoption de l’accord de Paris en 2015 ou dans les nombreux rapports du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En 2017, la revue BioScience avait également publié un manifeste de 15 000 scientifiques, toujours à l’initiative de William Ripple, qui avertissait de la dégradation catastrophique de l’environnement et du monde vivant.

Malgré tout, les émissions de gaz à effet de serre ont poursuivi leur inexorable progression et ont entraîné avec elles toute une série de conséquences délétères pour le climat, l’environnement et la société, qu’il s’agisse de la hausse de la température, de l’élévation du niveau de la mer, de l’acidification des océans ou de la fonte des glaciers.

« Nous avons consacré un nouvel appel au changement climatique uniquement, car les dernières études scientifiques montrent que la crise climatique s’accélère davantage que nous ne l’anticipions », explique William Moomaw, professeur de politique internationale de l’environnement à l’université Tufts (Massachusetts). « Les décès, les maladies augmentent rapidement ; des industries et des économies entières sont menacées, en particulier dans les régions les plus pauvres du monde », poursuit-il.

Six leviers d’action

Pour montrer l’ampleur de cette crise, les scientifiques ont analysé quarante ans de données sur une série d’indicateurs témoignant de l’impact des activités humaines. Ils en tirent quelques courbes simples sur la croissance démographique galopante (+ 200 000 personnes par jour), l’explosion de la consommation de viande (+ 11 % en dix ans) et d’énergie (+ 23 % en dix ans pour le charbon), la déforestation qui s’aggrave (+ 50 % sur la dernière décennie) ou la progression du transport aérien (+ 64 % sur la même période).

Pour éviter de « rendre de grandes parties de la Terre inhabitables », les scientifiques proposent six leviers d’action. Ils appellent à sortir des énergies fossiles au profit des renouvelables, à rapidement éliminer les subventions dont font l’objet le charbon, le pétrole et le gaz, et à fixer un prix du carbone plus élevé.

Ils incitent également à une baisse de la consommation de viande, à la protection des écosystèmes qui contribuent à stocker du CO2 (comme les mangroves ou les zones humides) ou encore à stabiliser, et « idéalement », réduire la population en promouvant l’accès de tous, et en particulier des filles, à l’éducation et à la contraception. Cette proposition relative à la maîtrise de la démographie a alimenté des critiques, certains estimant que la mesure visait les pays en développement, particulièrement l’Afrique.

« Le texte propose des choix qui relèvent parfois de la culture, de l’éthique, et qui peuvent être très difficiles. Il n’est fait aucune analyse des priorités, des risques associés (comme pour les agrocarburants ou les éoliennes), remarque le climatologue Robert Vautard, directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace, qui n’a pas signé l’appel. Ce texte d’opinion est symptomatique de ce que j’appellerais le “syndrome du bord de la falaise” qui secoue nos laboratoires de recherche : doit-on quitter la neutralité scientifique si l’on pense qu’un danger est imminent ? »

« Je suis frappé par la trop faible contribution des sciences économiques et sociales au diagnostic, de même que par le grand déséquilibre des genres et des origines, presque tous les coauteurs et relecteurs semblant originaires de pays anglo-saxons développés, relève le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele et ancien vice-président du GIEC. Malgré ces critiques, chaque impulsion est susceptible de réveiller ceux et celles qui doivent l’être. »

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