Régionales : en Auvergne-Rhône-Alpes, la difficile union des gauches

L’union avec la gauche ? Les sympathisants écologistes y sont favorables. Mais leurs leaders ne semblent guère enthousiastes. Et le Parti socialiste (PS) commence à trouver le temps long. La composition de listes uniques en vue des prochaines élections régionales, alliant les écologistes et les composantes de gauche, semble bien incertaine en Auvergne-Rhône-Alpes (ARA), en tout cas soumise à des signaux contradictoires. Les négociations sont officiellement relancées. Les sympathisants du pôle écologiste ont majoritairement voté en faveur d’une large union avec la gauche, avant le premier tour.
« Nous faisons le pari de l’intelligence collective, c’est notre méthode, notre force », s’est félicitée Fabienne Greber, la tête de liste écologiste, en annonçant le résultat du long processus interne de consultation, lors d’une conférence de presse soigneusement mise en scène, jeudi 25 février, devant le siège de la région ARA, à Lyon. « L’objectif se rapproche, nous allons porter l’écologie et la justice sociale à la tête de la région », a-t-elle déclaré, micro en main, sous les fenêtres de Laurent Wauquiez.
Après son appel à contribution citoyenne, lancé l’été dernier, le pôle écologiste revendique 4 500 signatures de militants et sympathisants, encartés ou non, qui ont travaillé à l’élaboration d’un programme et à la désignation de potentiels candidats. La quatrième convention écolo-citoyenne, organisée samedi 20 février, a porté sur la question de l’alliance avec la gauche, pour trancher entre deux logiques.
Les élus de Lyon Grégory Doucet et Bruno Bernard n’ont pas caché leur préférence pour celle qui consiste à partir seuls au premier tour, à compter ses forces, et à envisager un accord pour le second tour. Une stratégie qui a permis leur succès aux élections municipales et métropolitaine. Mais les élus n’ont pas été suivis. Les 1 500 suffrages exprimés, sur 1 805 participants à la convention, ont préféré une autre alternative pour les élections régionales : présenter une tête de liste écologiste, mais en constituant un front commun pour prétendre battre un président sortant omniprésent et favori des sondages.
Retour de Najat Vallaud-Belkacem
Ainsi investie d’un mandat de négociation, Fabienne Greber s’est montrée pour le moins prudente, se donnant « un mois » pour aboutir à un accord. « Nous ne ferons pas une alliance à tout prix. Ce sera une alliance qui élève, plutôt qu’elle n’enlève, et pas une manœuvre d’appareils », a prévenu la conseillère régionale de l’Isère. Une manière à peine codée de repousser la dernière proposition du PS, qui consiste à laisser la présidence de la région aux écologistes, en échange des vice-présidences de l’exécutif régional, en cas de victoire commune.
Schématiquement, les négociateurs socialistes estiment que PS et Verts représentent « deux blocs équivalents », d’où une répartition arithmétique des postes. « C’est compliqué à expliquer aux électeurs, c’est un peu alambiqué comme truc », a sèchement commenté Fabienne Greber, préférant des « discussions programmatiques ». La leader écologiste veut « en finir avec le pouvoir vertical d’un Emmanuel Macron ou d’un Laurent Wauquiez » et, sur ce point, ne semble pas si éloignée de Najat Vallaud-Belkacem, qui a décrit le président sortant d’ARA de « mini-Trump ».
Candidate officieusement lancée pour son retour en politique, l’ancienne ministre de l’éducation nationale a accepté de céder la tête de liste à la candidate écologiste, dans la perspective souhaitée d’une campagne commune. Pour l’entourage de Mme Vallaud-Belkacem, l’effort pour rapprocher les partenaires est franchement significatif, compte tenu des notoriétés incomparables des deux candidates. « Il n’est pas question de ralliement de qui que ce soit, elle ira jusqu’au bout pour défendre un rassemblement », insiste l’entourage proche de Najat Vallaud-Belkacem.
Dès l’annonce du choix des sympathisants écologistes pour des listes communes, la cacique socialiste a tweeté pour saluer « un choix courageux qui témoigne d’un esprit de responsabilité ». En coulisse, le ton est nettement moins conciliant. « Les cadres d’EELV ont perdu leur consultation interne. Maintenant ils ont rendez-vous avec l’histoire. On en peut plus attendre. La seule façon de battre Wauquiez, c’est conjuguer nos forces. On discute depuis le mois de juillet de l’année dernière, on s’est tout dit », réagit un cadre socialiste régional, qui prévient : « On a trop perdu de temps. On se donne dix jours pour aboutir, sinon on part en campagne. »