Un pessimiste transforme les occasions en difficultés, et un optimiste transforme les difficultés en occasions. Harry Truman
« Des arbres, des arbres et des arbres » dans le « territoire des Voconces »… citer Jean Giono. En détourer ses propos, Jean Giono doit s’en retourner dans sa tombe, lui qui défendait les plantations d’arbres dans son livre « l’homme qui plantait des arbres ». Le Diois « refermé sous un manteau SOMBRE qui rappelle la forêt NOIRE », minimisant l’action dévastatrice de l’érosion et des crues torrentielles. C’est faire insulte aux générations de forestiers qui se sont acharnés à sauver le Diois et ses habitants, mais aussi les gens de la basse vallée de la Drôme, d’une désertification inéluctable. Il suffit de voir les photos d’avant les reboisements (ci-joint). Le « c’était mieux avant » de quelques nostalgiques d’un passé idyllique et … mythique, me désole. Avant Le Diois surpeuplé survivait, voire se mourait en subissant les ravages de crues catastrophiques qui emportaient les terres arables ne laissant que la roche mère stérile. Rendons ici hommage aux femmes et hommes (et enfants) qui pendant 100 ans reboisèrent le diois et d’autres massif montagneux…
RTM
La Restauration des Terrains en Montagnes (RTM) et les reboisements ont limité l’érosion en cassant la vitesse de l’écoulement des eaux, grâce aux milliers de barrages en bois, en pierres sèches, puis, plus tard en béton. Concomitamment, le verdissement des pentes avec des plantes aux racines adaptées, tel l’argousier et la bugrane …, fixatrices dans tous les sens du terme (fixatrices des sols et de l’azote, élément essentiel de fertilisation de ces mêmes sols). Bien sûr, le pin noir est la partie visible de l’iceberg, il a été choisi parce qu’il est frugal, se contentant de peu pour vivre, résistant à la sècheresse de l’été et au gel de l’hiver. C’était l’essence forestière « miracle » dans les conditions extrêmes où l’on se trouvait à cette époque. Conditions extrêmes, soit dit en passant, créées par l’homme et ses déboisements ahurissants. D’autres espèces ont été essayées sans grand succès. ( photo de droite illustration d’un pays avant le reboisement MCD )
Une biodiversité retrouvée
Tous ces travaux gigantesques (barrages, fascines, pépinières sur place, banquettes, plantations) non seulement ont sauvé les terres mais ont aussi donné du travail à des milliers de personnes partout dans les Alpes du sud. Ce fut une aubaine, une bouffée d’oxygène salutaire. Ce n’est pas un « empereur au pouvoir fort et une république étatique triomphante » qui a imposé des pins NOIRS autrichiens, ce serait bien peu connaître la biologie végétale et encore moins le rôle des écosystèmes forestiers. La mariée était-elle trop belle et les pins « se multipliaient » faisant reculer la biodiversité ? Quelle erreur. La biodiversité n’a jamais été aussi riche depuis deux siècles. Avec le retour des boisements (remarquez que je ne parle pas de forêt [i] ) avec le retour des boisements, donc, un sol « forestier » se forme peu à peu, une micro-faune se développe, un réseau mycélien de plus en plus dense s’installe… modifiant, la structure et la texture du substrat, préparant la venue d’espèces plus exigeantes. Plus tard des feuillus se mélangent (alisiers, érables, chênes …) Ils sont protégés par les forestiers appelant ce mélange : essences de « bourrage » ou « culturale ». Evidemment pas partout, mais peu à peu, pour ceux qui savent observer, on voit les sous-bois se diversifier. La faune forestière revient également, j’ai vu apparaître les pics noirs dès mon arrivée dans le Diois, mi années soixante-dix. Je jure que ce n’est pas moi qui l’ai réintroduit…. J’ai vu les sittelles, les pinsons des arbres, les grimpereaux, roitelets … coloniser les boisements. Les circaètes, les éperviers, autours … sont de retour. La ripisylve (forêt des bords de rivières) se développe, profitant de l’espacement des crues destructrices, et elle stabilise les berges des cours d’eaux, régulant également les débits. Les castors, enfin protégés, les hérons cendrés, les petits gravelots, … regagnent leurs territoires perdus, les libellules se multiplient, investissant les mares temporaires comme les eaux courantes (selon leurs espèces). Dernièrement, même la loutre est là, belle conquête !
Je ne vois, dans le Diois, qu’une biodiversité bien plus importante qu’en 1975. Il faut faire juste un petit effort pour l’observer et la laisser tranquille.
Une biodiversité menacée, mes craintes.
Non, ce que je crains ce sont les coupes à blanc qui se multiplient sous prétexte de « régénération » en perturbant la vie souterraine. Ce que je crains ce sont les avides de bois énergie qui ne voient les pins qu’en copeaux, oubliant le cycle forestier nécessairement long. Ce que je crains c’est que l’on sape les efforts de nos prédécesseurs en ne permettant pas l’évolution naturelle qui devrait aller vers un climax forestier résilient. Les pins noirs n’étant que des pionniers créant les conditions favorables aux autres espèces.
Ce que je crains le plus se sont ces donneurs de leçon, ces interventionnistes à tout crin qui pensent faire mieux que la Nature « un équilibre à rechercher et à REAJUSTER sans cesse ». Si la broussaille s’installe c’est que l’Homme tout puissant le veut bien. La friche n’est que l’écotone transitoire entre le milieu ouvert et le milieu forestier, c’est le domaine des fauvettes, mésanges, troglodytes… Nettoyer « faire propre » c’est stériliser un biotope, l’appauvrir. La Nature ne fait que reprendre ses droits que l’homme veut bien lui laisser. Les « sites oubliés, noyés dans la noire forêt », cela n’a été possible que par la volonté de l’homme. Décidément certains craignent le NOIR ( on est loin des plantations serrées et stérilisantes de sapins sur certains massifs) qui, en l’occurrence est VERT. Vert comme l’espoir d’une nature chaleureuse et vivante. Vert comme l’espoir d’un retour vers une Nature plus protectrice, plus diversifiée. Et pourtant si fragile, qu’un girobroyeur, qu’une machine infernale appelée « abatteuse » peuvent réduire en miettes (littéralement) par le simple bon vouloir de nostalgiques d’un passé sublimé qui n’a jamais existé.
Plantation de fruitiers offerts par des pépiniéristes.
Venons-en au fond, la critique évidente de l’opération « plantation de 10 000 fruitiers » offerts par des pépiniéristes. Utiles, inutiles, coup de comm ? Critiquer le noir résineux qui couvre 18 500 ha (en réalité 11 000 ha de pins noirs pour 20 000 ha de pins sylvestres locaux [ii] ) mais se moquer d’un feuillu qui, n’occuperait qu’UN ha. Franchement je ne vois pas le rapport. La RTM d’un côté, un verger de l’autre (rien à voir). Un arbre fruitier (en général) n’est pas planté tous les mètres. Même les pins NOIRS sont plantés tous les 2,5 à 3m les uns des autres. Les fruitiers « sauvages » sont, ce qu’appelle le forestier, des essences disséminées, qui ne vivent donc pas en peuplement. Le projet n’est pas de faire une « forêt de fruitiers » cela n’aurait pas de sens … naturel.
Par contre c’est un bon moyen de mettre en lumière le rôle des arbres, de mobiliser les différents acteurs politiques, associatifs, éducatifs sur l’importance de respecter les terres, les sols, les arbres.
Pendant les plantations, en février ( si COVID le veut bien), il y aura une conférence, le 20 février, sur les rôles des FORETS en libre évolution, sur la gestion douce, sur la RTM avec la présence de l’ONF, du PNRV, de FORETS SAUVAGES, de PRO SYLVA, de la LPO où chacun pourra exposer sa façon de voir la forêt et montrer tous les bienfaits d’une FORET et ses services écosystémiques.
Erreurs et Amalgames.
Un festival d’amalgames, « trop de pins .. . D’épineux, de genêts», « immenses maquis »… de qui ne connait guère la forêt… déjà ça, c’est incohérent : les genêts ont besoin de lumière donc ne poussent pas sous le couvert des « sombres forêts ». Le maquis pousse sur sols siliceux donc pas sur nos terres calcaires qui peuvent accueillir, à la rigueur, des garrigues, nom plus approprié mais qui fait moins peur. Les maquis et garrigues sont une dégradation des forêts méditerranéennes. Incohérence encore : forêts « germaniques » ou garrigues ensoleillées ? Erreur aussi sur la nature de la forêt noire allemande : elle est constituée en majorité d’épicéas pas de pins noirs…
Arrive comme un cheveu dans la soupe, l’hypothétique disparition du papillon Apollon qui vivra mieux à côté des pins noirs qu’arrosé de pesticides. Amalgames vous dis-je…
Restons modeste, observons, écoutons, ressentons la Nature pour essayer de la comprendre avant toute intervention et toujours se demander quelles sont les conséquences de chaque action. Méditons ce leitmotive : l’humain a besoin de la forêt, la forêt n’a pas besoin de l’humain.
Je sais que, dans notre société, la réflexion est une perte de temps et … d’argent. Et pourtant…
Gilbert DAVID
Ancien forestier de terrain (40 ans dans le Diois) pas un citadin.
et Naturaliste (45 ans à observer la faune dioise et sud Vercors)

Archives ONF est-ce cela que l’on doit regretter ?

Archives ONF

Archives ONF

[i] Une plantation n’est pas une forêt, elle peut le devenir en lui laissant le temps de se régénérer
[ii] En Drôme le pin sylvestre ou pin de « pays » couvre 35 000 ha contre 15 000 ha pour le pin noir, soit plus du double en surface.
Nota : ce texte de Gilbert David, publié initialement dans le journal du Diois et de la Drôme (JDD) était une réponse à un article polémique et confus de P.H.
Nous avons volontairement évacuer les phrases en réponse à Mr P.H.
MCD