Régionales : la gauche et les écologistes en rang dispersé en Auvergne-Rhône-Alpes
La réunion a duré moins d’une heure, dans la soirée du vendredi 12 mars, pour aboutir à une impasse. Aucun accord, pas d’avancée. L’union entre les écologistes et les forces de gauche ne se fera sans doute pas avant le premier tour des élections régionales, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. A la différence des Hauts-de-France, la deuxième région de France connaît un paysage politique fractionné à gauche. A moins d’un rebondissement de dernière minute, le pôle écologiste (Europe Ecologie-Les Verts, Génération Ecologie, Génération. s), le Parti socialiste (PS) et le binôme Parti communiste français-La France insoumise (PCF-LFI) présenteront des listes séparées pour défier le président sortant, Laurent Wauquiez (Les Républicains). Le député Bruno Bonnell a déclaré sa candidature pour représenter les listes de La République en marche et le Rassemblement national a désigné comme chef de file l’ancien « insoumis » Andréa Kotarac.
« Depuis deux mois, nous étions engagés dans une démarche sincère de l’union de toutes les forces progressistes, conscients qu’il fallait un élan nouveau pour renverser la gestion autocratique de Laurent Wauquiez. A l’inverse, nos partenaires n’ont cessé de poser des conditions. On a l’impression d’avoir été baladés », réagit Olivier Bianchi. En sortant de l’ultime round de négociations, le maire (PS) de Clermont-Ferrand fait le constat d’un échec, après trois mois de discussions permanentes.
« On voulait un rassemblement, on nous a intimé l’ordre d’un ralliement », poursuit l’élu socialiste, membre de la direction nationale du parti. La formule est assez cinglante pour signifier que la rupture est consommée. Le PS s’apprête à partir en campagne. Jusqu’à présent très discrète, pour ne pas donner l’impression de s’imposer, Najat Vallaud-Belkacem devrait rapidement annoncer officiellement sa candidature comme tête de liste du PS.
Projet « Coquelicot »
Les socialistes sont d’autant plus amers qu’ils avaient proposé que l’ancienne ministre de l’éducation puisse s’effacer derrière une tête de liste écologiste, en échange d’une présence plus forte dans le reste de l’exécutif régional. « Une répartition égalitaire, conforme aux forces en présence », assure un négociateur du PS. « Nous étions prêts à discuter d’une tête de liste écologiste, pour construire ensemble une gouvernance équilibrée, sans faire de préalable », rappelle Jean-François Debat, maire (PS) de Bourg-en-Bresse.
Convaincus d’un niveau électoral supérieur depuis les européennes et leurs succès municipaux, les écologistes ont proposé une autre forme de gouvernance, composée du pôle écologiste, d’EELV, du PS, du PCF avec LFI, en ajoutant un pôle de citoyens issus de la société civile, sans étiquette. Un projet baptisé « Coquelicot », pour ses cinq pétales. Les socialistes n’ont pas eu l’impression qu’on leur faisait une fleur.
Au lendemain d’une énième réunion de négociations, les écologistes ont annoncé leurs têtes de listes dans chaque département, devant le siège du conseil régional à Lyon, jeudi 25 février. De quoi faire douter de leurs réelles intentions de bâtir des listes communes. A cette occasion, Fabienne Greber a annoncé qu’elle se donnait jusqu’à la fin du mois de mars pour parvenir à un accord, donnant l’impression de gagner du temps. Quelques heures avant la réunion de la dernière chance, vendredi 12 mars, la tête de liste du pôle écologiste a posté une vidéo sur les réseaux sociaux, bien décidée à sonner « la fin du clientélisme et de l’affairisme ». « Pour battre Laurent Wauquiez, nous devons nous unir », a assuré l’élue de l’Isère. Tout en précisant : « L’écologie n’est plus une force d’appoint pour gonfler son score au premier tour. »
Plutôt catégorique, le message dit tout du malentendu entre écologistes et socialistes, qui n’ont pas réussi à sortir d’une logique arithmétique. Les écologistes appliquent la stratégie éprouvée lors des dernières élections municipales, notamment à Lyon. Partir sous l’étiquette verte au premier tour, pour virer en tête et diriger la suite des opérations. Ce qui explique l’irruption du président de la métropole de Lyon dans le débat régional. Fervent défenseur de cette doctrine du cavalier seul, Bruno Bernard a suggéré de confier à Najat Vallaud-Belkacem la tête d’une potentielle liste d’union sur le seul secteur de la métropole. Un lot de consolation provocateur pour les socialistes, sachant que l’ancienne ministre de François Hollande avait subi une humiliante défaite aux législatives de 2017, à Villeurbanne.
