Humeur du jour ?
Je suis dans la matrice, c’est ainsi qu’on l’appelle à présent. Cette grande bulle de pensées et d’idées entremêlées qui me donnent parfois l’impression d’être prise dans de la glu qui m’empêche, me restreint, brouille mon regard qui aimerait regarder au loin. Mais il n’y a pas de « loin ». C’est comme s’il n’y avait plus d’avenir. L’horizon est bas. Je n’aime pas le peu que je perçois, je souffre de ce que je vois.
Heureusement, il y a celles est ceux qui dans ce brouillard se lèvent, celles et ceux dont j’aime l’énergie et les vibrations, et qui disent leurs cœurs et leurs vérités. Mais je continue de voir le ciel bas.

Alors je me recentre, je rentre à l’intérieur de moi. Autour de moi, l’espace est plus clair. S’il ne l’est pas, je l’éclaircis, par la pensée, par l’imagination, par mes intentions.
C’est ma sphère personnelle, je l’apaise. Elle grandit. Elle va bien au-delà de l’horizon bas, bien au-delà. Elle est plus grande que tout ce que mes pensées ont imaginé. Il y a comme de la clarté et de la luminosité en moi, autour, au-dessus.
De là, je vois beaucoup mieux ce que je ne voyais pas. La beauté de la nature si généreuse et qui commence à nous dévoiler ses promesses d’abondance en ce printemps naissant. La richesse de l’humanité à travers le temps et sur tous les continents, ses créations, son art, ses chants, ses danses, ses couleurs si éclatantes, sa vie si vibrante. L’énergie de nos rêves, de nos joies, de nos amours.
Je reste un moment là, puis je reviens dans la matrice, la vie est ainsi. Je n’aime toujours pas ce que je vois.
Mais je vois aussi autre chose. Le ciel n’est plus aussi bas. Ou alors je suis devenue une géante. Et là, immense joie, je rencontre d’autres géants, d’autres géantes. Nos corps sont en bas. Mais nos rayonnements sont sans limite. Nous pourrions être invisibles chacun dans nos sphères personnelles, mais pourtant nous nous voyons, nous nous reconnaissons. C’est le premier pas.
Le deuxième, c’est lorsque, dans un grand sourire, ou un regard, les cœurs de nos corps d’en bas se mettent eux aussi à se reconnaitre, à s’ouvrir, et qu’ils se relient, de cœur à cœur. Quelque chose vient de se passer. Une vibration qui s’ajoute à la reconnaissance.
Et ensemble nous nous mettons, sans rien faire, juste en gardant nos cœurs ouverts, à dénouer les pensées et les idées entremêlées. Nous les laissons. Comme elles n’ont plus rien à quoi se raccrocher, elles tombent au sol où elles fondent comme neige au soleil.
L’horizon peu à peu se dégage. Les rayons du soleil peuvent à nouveau se frayer un passage. Ils font aussi leur travail, ils dénouent à leur niveau ce qui est encore à dénouer.
On voit à présent de plus en plus loin. La nature a beaucoup plus d’espace pour se déployer, et les enfants pour rire et jouer. Les sons autour de nous changent. On entend le vent, on entend les oiseaux, les animaux. On rit. C’est déjà demain. J’aime ce futur-là. Il est déjà là.
Que faire quand l’étau se resserre ? Quand une situation devient trop douloureuse, et surtout quand nous nous sentons pris au piège ?
Le neurobiologiste iconoclaste Henri Laborit préconisait de prendre la fuite. Il en faisait même l’éloge dans un de ses livres publié en 1976.
En fait, lorsqu’un être vivant (ce que sont aussi les géants et les géantes) se trouve dans une situation nouvelle et surtout perturbante, son premier réflexe va être de puiser dans son expérience et son imagination pour trouver une solution originale et adaptée qui lui permettra de se libérer de son inconfort, et de retrouver son équilibre.
Lorsqu’il y parvient, cette réaction sera à ranger dans la catégorie « Action efficace ». L’action efficace dope notre organisme au sens physiologique du terme. Elle nous maintient en bonne santé biologique. Elle nous booste même, car nous sommes généralement très contents de nous, très contents d’avoir trouvé une solution, d’avoir été agiles et réactifs. Nous voilà à nouveau plein d’énergie. Bravo à nous !
Si nous ne trouvons pas le moyen d’agir efficacement, notre réflexe sera « la fuite » : nous partons en courant ! C’est automatique, et lié à une réaction de survie et de recherche d’équilibre interne.
Mais bien sûr, pour de multiples raisons (physiques, financières, affectives, morales…), nous ne pouvons pas toujours nous échapper. Nous nous retrouvons alors face à (dans )cette situation inconfortable, voire inquiétante, devant laquelle nous ne savons que faire.
Vient alors l’étape 3 : « la lutte ». Rien n’est gagné, mais rien n’est perdu. Nous allons tout faire pour trouver des solutions, négocier avec l’environnement ou avec les autres. A ce stade nous nous faisons encore confiance, il y aura forcément une issue.
Cette phase de prise de conscience de la lutte nécessaire et incontournable est une bonne chose. C’est ce qu’on associe dans le langage courant au bon stress. Il passe par une déconstruction et une reconstruction de notre perception du réel. Il favorise des apprentissages que l’on ne pensait pas nécessaires avant, mais qui s’avèrent à présent indispensables. Donc, ici, nous luttons.
Là, deux cas de figure vont se présenter.
Le premier est appelé « la lutte avec succès ». Nous cherchons des solutions, nous nous débattons avec le réel et, soudain, eurêka, une solution arrive. Une porte de sortie apparaît. Nous l’empruntons, trop heureux de sortir de l’impasse après avoir beaucoup puisé dans nos réserves d’énergie physique et/ou psychologique. Ouf ! Nous en sommes sortis. Nous allons à nouveau nous sentir dopés, sous l’effet de la dopamine que notre organisme produit. Nous serons certainement fatigués, mais soulagés et heureux. Peut-être même plus heureux que si nous avions trouvé la réponse tout de suite, car nous serons fiers d’avoir traversé l’épreuve que nous venons de dépasser, et nous nous sentirons grandis.
Le deuxième cas de figure est beaucoup moins réjouissant. On l’appelle « la lutte avec échec ». C’est le cas le plus difficile à vivre. Nous avons beau y mettre toute notre volonté et notre intelligence, aucune solution n’apparaît à l’horizon.La situation s’enlise et nous avec. Nos ressources internes s’amenuisent.
Nous avons beau lutter, nous ne parvenons pas à remonter la pente, nous le sentons bien. Nous nous sentons au contraire de plus en plus incapables, fatigués, et fragiles. D’abord la déprime, puis un état plus profond d’impuissance peut s’installer. Nos expériences passées ne nous sont plus d’aucune utilité et, de toute façon, nous avons tellement perdu confiance en nous que nous déposons peu à peu toutes nos armes.
Henri Laborit, c’était l’une de ses grandes découvertes, précisait que l’on activait alors à ce moment-là un de nos systèmes nerveux appelé le « système d’inhibition de l’action ». Lorsque la lutte s’en va vers l’échec, nous sommes inhibés, et même de plus en plus inhibés.
Psychologiquement, nous entrons dans une spirale de la dévalorisation, de la peur, du pessimisme. Nous perdons le goût, celui de la vie, des rêves et des espoirs.
Biologiquement, notre système immunitaire va décliner. Nous devenons de plus en plus fragiles et soumis à des déséquilibres physiologiques qui vont laisser la porte ouverte à différents agresseurs environnants, en temps normal inoffensifs mais qui pourront à présent être très invasifs (notamment du fait, en inhibition de l’action, de l’accroissement de notre taux de cortisol dont le trop plein va accélérer la baisse de notre système immunitaire).
Ce n’est pas moi qui dis tout cela, c’était Henri Laborit. C’est pour éviter d’entrer dans cet état d’inhibition, pour une question toute simple de bonne santé physique et mentale, qu’il préconisait de prendre la fuite. Arrêter de lutter et partir.
Mais comment faire lorsque l’inhibition nous gagne et que rien ne change autour de nous. Comment fuir, vers où, vers quoi ?…
Je proposerai dans la deuxième partie de cette chronique mes réponses à cette question. N’hésitez surtout pas à me donner vos idées, en tant que géants et géantes, soit pour sortir de l’inhibition de l’action, soit, mieux, pour remonter au niveau de la lutte avec succès !
Je voudrais seulement noter à ce stade qu’il y a quelques jours j’ai aperçu une vidéo d’un scientifique qui nous parlait de biologie du comportement, de l’inhibition de l’action et de notre système immunitaire. Cela m’a réjouie, tellement c’est devenu rare.
Merci à Henri Laborit, tellement éclairant quand il nous ramenait à notre dimension biologique, à nos trois cerveaux (reptilien, limbique et néocortex), à leurs mécanismes et à nos comportements.
Il disait souvent que tout ce que nous ressentons, pensons et croyons n’est que le résultat des influences psycho-bio-environnementales dans lesquels nous évoluons. Nous sommes les produits de nos niches environnementales.
C’est pour cela qu’il ne croyait pas à ce qu’on appelle les bons sentiments. Et c’est pour cela aussi qu’il proposait de remplacer aux frontons des Mairies la maxime « Liberté, égalité, fraternité » par « Conscience, Connaissance et Imagination ». Conscience et Connaissance de nos mécanismes biologiques et des déterminismes qui en découlent, et Imagination comme ultime privilège de notre espèce.
« Conscience, Connaissance et Imagination » comme mantra de ralliement de toute une communauté humaine : j’adore cette idée !
AJOUT DE DERNIERE MINUTE : bien sûr, à nous d’apprendre à surfer d’actions efficaces en actions efficaces, en passant éventuellement par des luttes avec succès (histoire de grandir au passage). Nous pouvons faire cela, nous le savons. Tout est une histoire de mental. Croyons en nous. Amour, amour amour, à commencer pour nous !
A bientôt pour la suite.
Merci par avance pour toutes vos idées…
PS pour mémoire : Les géants savent qu’ils sont plus grands que leur seul corps physique, plus grands que la matrice intellectuelle et émotionnelle dans laquelle évoluent leurs corps, et que certains ont même la possibilité d’expanser leur conscience jusqu’aux dimensions les plus élevées d’eux-mêmes.
De là, ils voient les choses autrement, d’une manière plus apaisée et sensible, dans l’amour et non la peur, et ils peuvent même se rééquilibrer et rééquilibrer ce qui pourrait vaciller. De là, ils se savent reliés à la Vie, au-delà du temps et de la matière. Ils se savent aussi reliés à leur âme, que certains préfèreront nommer autrement.
Laurence Baranski
Laurence Baranski est intervenue aux Rencontres de l’Ecologie de de Die et de la Biovallée il y a quelques années…
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