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Hugues Sibille : « Les associations sont le premier laboratoire d’innovation sociale de France »

Q. Les financements publics, qui représentent la moitié des ressources des associations sont appelés à se contracter (crise, déficits publics, …) Quel autre choix les associations ont-elles
pour maintenir ou développer leurs actions ?

Hugues Sibille : La contraction des financements publics doit être considérée avec précaution, un trop grand désengagement public pourrait mettre certains pans associatifs à terre. Dans les secteurs d’intérêt
général essentiels ces financements doivent rester à bon niveau et le principe de la subvention reconnu comme le demande la Cpca. Au-delà, il faut oeuvrer à une diversification des ressources, variable selon les secteurs. Ici en augmentant le volume des prestations vendues, là en retravaillant les cotisations, ailleurs en étant plus professionnels dans l’appel à la générosité publique et le fund raising.
Sur ces points, les associations peuvent se faire accompagner par des Dla (Dispositifs locaux d’accompagnement). Des outils nouveaux comme les fonds de dotation sont intéressants mais ne surestimons pas leur capacité réelle d’apports de fonds. Parmi les pistes de diversification il y a les produits d’épargne solidaire -dont le Crédit Coopératif est le leader – et en particulier l’épargne salariale solidaire. Enfin l’organisation de nouveaux partenariats concrets entre les associations et les entreprises, auquel oeuvre également le Crédit Coopératif, peut être une piste comme le montre le partenariat de Système U avec Action contre la faim.

Q. 64 % des Français souhaitent que le grand emprunt national, destiné à développer les investissements stratégiques de la France, finance les associations. En quoi investir dans les associations est-il stratégique ?

Hugues Sibille : Les Associations sont le premier laboratoire d’innovation sociale de France. Ce sont elles qui inventent des solutions à des problèmes, récents comme le Sida, la maladie d’Alzheimer ou plus anciens comme
l’accueil des handicapés, l’éducation populaire, le tourisme pour tous, le sport… Il faut donc considérer l’innovation sociale comme un investissement, comme on le fait pour l’innovation technologique.
Barak Obama a créé aux Usa un fonds pour l’innovation sociale. Le grand emprunt pourrait servir à financer un tel fonds en France. Il pourrait également servir à moderniser l’immobilier associatif avec des critères de qualité environnementale dans des secteurs comme le tourisme associatif, les foyers de jeunes travailleurs, les équipements associatifs d’accueil de handicapés, de personnes âgées…

Q. Les Français accordent une grande confiance aux associations et les considèrent comme les acteurs sociaux les plus efficaces. Mais, plus surprenant, ils estiment que les associations jouent un rôle important dans le développement économique et social des territoires, et qu’elles sont même, dans ce domaine, les plus efficaces avec les collectivités locales. Qu’en pensez-vous ?

Hugues Sibille : Les associations sont, avec les entreprises, les acteurs clefs du territoire. Ce sont elles qui constituent le capital social d’un territoire, c’est à dire le tissu de relations et de services sans lesquels on ne peut
vivre : pratiquer un sport ou une activité culturelle, s’éduquer, faire garder ses enfants, prendre soin des personnes âgées… Non seulement les associations créent des emplois directs mais elles sont indispensables aux entreprises qui les entourent. C’est pourquoi la responsabilité sociale des entreprises est un vrai enjeu pour le monde associatif, en tant que partie prenante de cette démarche.
Le développement durable du territoire passe par un nouvel équilibre de partenariats Associations-entreprises-collectivités locale ; cela s’appelle la Coopération et c’est notre métier.

 Yan de Kerorguen, Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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