Les jeunes s’engagent pour leurs aînés
Les anciens sont nos alliés dans les transitions écologiques qui se dessinent. Les jeune hyperconscients des conditions écologiques. Nous cheminons ensemble…

De nombreux jeunes ont le désir de recréer un lien intergénérationnel
Les premiers ont tout à apprendre, les seconds ont tout vécu. Et pourtant en 2021, ils recherchent la compagnie les uns des autres.
« On en refait une, je ne serai pas Fanny ! » Le cri s’envole de l’arrière-cour d’un immeuble haussmannien, rue Lecourbe, dans le 15e arrondissement de Paris. Emmitouflés dans leurs manteaux, pelisses et bonnets de laine, Justin, 20 ans, André, 76 ans, et Michelle, 84 ans, s’affrontent dans une partie serrée de Qwirkle. Le trio insolite se réunit ici une à trois fois par semaine. Aucun ne se connaissait il y a quelques mois encore. Pendant le premier confinement, l’étudiant en médecine a proposé son aide pour faire les courses. « On échangeait quelques mots sur le palier et, un jour, je l’ai vu passer avec une boîte de jeu. Je l’ai mis au défi. Je ne savais pas où je mettais les pieds », plaisante André. Dans le studio de Justin, l’unique penderie croule sous les jeux de société. « J’ai l’impression de faire une bonne action mais j’y trouve également mon compte, souligne le jeune homme. A moi aussi ces parties permettent de me sentir moins seul. Et il y a un bonus : Michelle est très mamie gâteau ! »
Une année de service civique
Une société se juge à la façon dont elle traite ses anciens, dit l’adage. Que penser alors de la France de 2021, qui compte, selon l’association Les Petits Frères des pauvres, 300 000 personnes âgées ne rencontrant quasiment jamais ou presque âme qui vive ? Privée depuis presque un an de sorties, de loisirs, de cours magistraux, la génération Z, plutôt que de subir cette solitude, a décidé de recréer le lien intergénérationnel. Service civique, adhésion à des associations, création de start-up dédiées aux retraités, l’engagement est protéiforme avec toujours un même objectif : rompre l’isolement des aînés.
En Bretagne, Marina a appris à jouer à la belote avec Armelle, une très vive septuagénaire. « Ce n’est pas l’essentiel de mes tâches. Quand je vais chez elle, je peux faire le ménage, les courses ou l’accompagner prendre l’air. Je lui ai appris à se servir d’une tablette adaptée pour communiquer avec sa famille », détaille-t-elle. A 21 ans, la jeune femme a choisi de consacrer une année de sa vie aux « vieux », en s’engageant dans le service civique, via Unis-Cité. Depuis vingt-cinq ans, Marie Trellu-Kane, présidente de cette association à l’origine du concept en France, observe le phénomène : « Les jeunes ont toujours eu une force d’engagement. Mais il y a encore dix ans, ils étaient réticents à intervenir auprès des personnes âgées. Il y avait une appréhension, une peur de la mort, certainement. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout vrai : il existe un désir de lien intergénérationnel. » Et un renfort bienvenu, qui pourrait encore grandir. Le 3 mars, l’ensemble des acteurs du grand âge et de la mobilisation citoyenne ont lancé un tout nouveau service civique baptisé « Solidarité seniors ». Objectif : mobiliser 10 000 jeunes contre un petit millier en 2020 pour accompagner 300 000 personnes isolées d’ici à trois ans.
Partage de connaissances
Qu’est-ce qui anime cette génération Z ? « 85 % des moins de 35 ans aimeraient partager une journée avec un centenaire, qui a une expérience à transmettre. C’est indispensable si l’on veut mieux comprendre notre monde actuel », répondent Carla et Rebecca, reprenant les chiffres du baromètre Ipsos pour la journée des centenaires (juin 2018). A 25 ans, ces deux copines d’enfance ont eu l’idée d’une box destinée à maintenir le lien avec leurs grands-parents. Baptisée Na&Ja, en l’honneur de Nana, la grand-mère de Rebecca, et de Jaja, le grand-père de Carla. « Nos grands-mères ont très, très mal vécu le confinement. Elles sont autonomes, très actives mais n’ont pas forcément accès au numérique, constate Rebecca. Alors on s’est mis à leur envoyer des loisirs créatifs, des livrets de jeux, des gourmandises… Et cela a été un vrai succès. On échangeait beaucoup plus. J’ai ainsi appris que dans sa jeunesse ma grand-mère avait eu un copain qui lui avait enseigné la peinture. On en vient à se connaître plus profondément. » Depuis, les deux amies ont commercialisé leurs kits. Leur microentreprise a tapé dans l’oeil de business angels et devrait rapidement grandir. Avec toujours une seule idée en tête : rapprocher les générations.
Caroline Lumet