Les OISEAUX du DIOIS
Des comptages sur le temps long.
Suite à une journée entière sur France-Inter consacrée à la biodiversité, j’ai été contacté par bon nombre de personnes désireuses d’en savoir plus pour le Diois.
Il m’est donc apparu intéressant de communiquer plus largement à ce sujet.
Ainsi depuis plus de 20 ans, je fais des suivis réguliers des oiseaux communs sur des points d’écoutes fixes, aux mêmes endroits, aux mêmes dates du printemps chaque année sur différents sites du Diois. Un passage en avril pour les chanteurs précoces (souvent des sédentaires) et un autre en mai pour les chanteurs tardifs. Comme vous l’aurez compris cela se collecte surtout au chant mais aussi à la vue. C’est le STOC (Suivis Temporels des Oiseaux Communs)
Pour compléter le recensement des oiseaux présents sur notre territoire je fais également un suivi des oiseaux hivernants (devinez quand ?)… Bravo ! En hiver : un passage en décembre et un autre en janvier. Là, la prise de notes est un peu différente, ce sont 10 tronçons de 300m qui vont couvrir tous les milieux de la commune. Nous appelons cela le SHOC (Suivi Hivernal des Oiseaux Communs).
En plus il y a aussi les relevés des oiseaux des jardins où tous les naturalistes de France comptent pendant une heure tous les oiseaux présents dans un jardin en hiver et en été.
Et comme si cela ne suffisait pas de nombreux ornithos font des comptages ponctuels des oiseaux communs. Tout cela, vous vous en doutez, est bien cadré dans des protocoles rigoureux élaborés par le Museum d’Histoire Naturelle de Paris qui est la référence scientifique des études de la faune sauvage. Comme, évidemment, le personnel est bien trop peu nombreux pour effectuer ces études, le Muséum fait appel aux ornithologues de terrain et c’est la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux et de la biodiversité) qui fournit le plus grand nombre d’observateurs.
Enfin pour finir avec les collectes de données de faune sauvage, la LPO a développé un site où tout un chacun peut déposer ses observations. Bien sûr il y a des « validateurs » confirmés pour contrôler les informations. On peut le faire soit directement sur le terrain avec un Smartphone soit sur un ordinateur à la maison. Sur ce site nous pouvons saisir, outre les oiseaux, les mammifères, reptiles amphibiens, libellules, papillons et d’autres insectes. Cette base de données est la plus importante en France.
OUF ! Vous voyez que le Big Brother des oiseaux et autres bestioles est bien en place. Bon rassurez vous les oiseaux, eux, ils s’en fichent pas mal de notre « voyeurisme » du moment qu’on les laisse tranquille, qu ‘on ne leur pique pas leur nourriture et qu’ils puissent se reproduire en paix dans un biotope qui leur convient, le reste ne les intéresse pas.
Mais c’est là que le bât blesse, On ne les laisse pas tranquilles, On leur pique souvent leur nourriture (insectes, vers, graines…), en aspergeant de pesticides, insecticides… On les empêche de se reproduire en supprimant les vieux arbres troués, nichoirs naturels pour les oiseaux cavicoles, en broyant les haies qui sont de superbes cachettes pour beaucoup de passereaux, … C’est fou ce que l’On peut faire contre la biodiversité, même dans le Diois, car le bio est loin d’y être majoritaire…
Là, je diverge un peu mais peut être pas tant que ça, toutes ces prises de notes, inventaires, comptages servent à mieux connaître les effectifs de la faune sauvage et, en ce qui concerne les oiseaux, nous avons une évolution de plus en plus précise pour chaque espèce commune.
Commune ai-je dis ? Je crains qu’elles soient de moins en moins communes. Nous en arrivons à un paradoxe extraordinaire où les espèces communes deviennent rares et où les espèces rares ou disparues deviennent presque communes. Grâce aux réintroductions, grâce au retour des milieux forestiers abritant une végétation de plus en plus diversifiée, grâce à une protection et une attention plus grande du public,… nous pouvons voir les grands rapaces (vautours, aigles) ponctuer le ciel de leurs grandes ailes. Loutres, guêpiers, grandes aigrettes et garzettes regagnent des territoires abandonnés. Les hérons cendrés, les castors, revenus depuis une quarantaine d’années font partie du paysage diois. Même dernièrement un couple de harles bièvres fréquente la rivière Drôme jusqu’en amont de Die. Les bouquetins réintroduits début des années 80 ont trouvé leur place dans les falaises. Les marmottes sont si communes dans la réserve des Hauts Plateaux que beaucoup pensent qu’elles ont toujours été là alors qu’elles ont été relâchées dans les années 1970.
Donc, me diriez-vous, tout va bien, la biodiversité n’a jamais aussi importante. Au risque de doucher votre enthousiasme, je dois dire que la faune commune diminue encore dans les zones agricoles et les villes et les villages. Par exemple moins 50% pour le bruant jaune, moins 14% pour l’alouette des champs… dans les milieux cultivés. Dans les zones urbaines c’est moins 28% pour les hirondelles rustiques et moins 45% pour les serins cinis…
Parmi les espèces généralistes (qui s’accommodent un peu partout) les évolutions sont mitigées : plus 10% pour les merles noirs mais moins 11% pour les mésanges charbonnières (diminution importante de leur nourriture : des insectes)
Heureusement tout n’est pas sombre ; en forêt la présence du rouge gorge augmente de 11% et celle du pic épeiche de 14%. Plus encore pour le pic noir.
Pour vous donner une tendance plus complète par différents types de milieux voilà les résultats ornitho pour notre région :
Espèces forestières : + 5,7%
Espèces des milieux agricoles : – 19,5%
Espèces urbaines : – 14,6%
Espèces « généralistes : + 3,5%
Ces chiffres sont le résultat d’une mobilisation importante de plus de 300 observateurs en AuRA qui ont noté près de 750 000 données sur 228 espèces en 66 500 points d’écoute pour un total de 32 600 heures soit 1 360 jours de terrain et de coordination. J’arrête l’avalanche de chiffres.
Voilà j’espère avoir répondu (au moins partiellement) à l’attente de nombreuses personnes curieuses de nature. Vous voyez qu’il reste encore pas mal de chemin à parcourir pour que la biodiversité se porte mieux chez nous. La LPO œuvre avec les collectivités locales, les agriculteurs sensibles au sujet, les jardiniers désireux d’informations, les particuliers intéressés par la faune sauvage. Pour le Diois celles et ceux qui le désirent peuvent me contacter par mél : gilbert.david@lpo.fr pour plus d’infos (j’essaierai de répondre, je n’ai pas la prétention de tout connaître, loin de là.)
Gilbert DAVID
vice-président LPO Drôme-Ardèche