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Roumanie
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A youn man casts his ballot at a polling station in Bucharest on December 1, 2024. Still reeling from this week's shock developments, Romanians returned to the polls on December 1 to elect their parliament, with the far right tipped to win, potentially heralding a shift in the NATO country's foreign policy. (Photo by Daniel MIHAILESCU / AFP)

Les sociaux-démocrates pro-européens sont arrivés en tête des législatives dimanche en Roumanie mais l’extrême droite a réalisé une forte percée, plongeant dans l’incertitude cet État voisin de l’Ukraine, membre de l’UE et de l’Otan.

Le PSD — qui gouvernait jusqu’à présent avec les libéraux — a recueilli 22,4% des voix, devançant les autres formations, selon des résultats quasi complets (plus de 99% des circonscriptions dépouillées).

Toutefois l’ensemble des forces d’extrême droite combinées se situent à plus de 31%, soit le triple du précédent scrutin de 2020.

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«Un Parlement extraordinairement fragmenté»

Dans une séquence inédite, ces élections interviennent une semaine après le succès surprise du candidat d’extrême droite Calin Georgescu au premier tour de la présidentielle, un résultat qui a suscité des craintes dans l’ouest du continent sur le positionnement stratégique de la Roumanie.

Les législatives n’ont pas permis de «clarifier» la situation, estime le politologue Cristian Pirvulescu. «Nous sommes face à un Parlement extraordinairement fragmenté qui pose de nombreux risques» et laisse augurer de difficiles négociations pour former un gouvernement, a-t-il dit à l’AFP.

Si le premier ministre social-démocrate Marcel Ciolacu, éliminé dimanche dernier de la course à la présidence, s’est félicité de la première place de son parti, il a pris acte de la poussée des nationalistes.

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Défendre des «valeurs chrétiennes»

«Les Roumains ont lancé un important signal à la classe politique», a-t-il réagi: poursuivre sur la voie européenne «mais aussi protéger notre identité et nos valeurs nationales».

L’extrême droite, disséminée entre plusieurs formations qui ont en commun de s’opposer au soutien à Kiev au nom de la «paix» et de défendre des «valeurs chrétiennes», s’est félicitée de ces résultats.

«Aujourd’hui le peuple roumain a voté pour les forces souverainistes», a déclaré le chef du parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains), George Simion, qui a obtenu 17,8% des voix.

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«Des frustrations accumulées dans la société»

«C’est le début d’une nouvelle ère où les Roumains se réapproprient le droit de décider de leur propre destin», a-t-il ajouté, alors que le taux de participation a atteint son plus haut niveau en deux décennies (52%) pour des législatives.

Dans le même camp, SOS Romania, dirigé par la tempétueuse candidate favorable au Kremlin Diana Sosoaca, et le tout nouveau Parti de la jeunesse (POT) font leur entrée au Parlement avec respectivement 7,2% et 6,3% des voix.

Depuis la chute du communisme en 1989, le pays n’a jamais connu pareille percée, mais la colère d’une grande partie des 19 millions d’habitants couve devant les difficultés économiques et la guerre de l’autre côté de la frontière.

«Cette forte montée de l’extrême droite, autour d’un tiers de l’électorat, témoigne des frustrations accumulées dans la société et de la grogne économique», a commenté l’analyste Radu Magdin. Pour autant, faute d’alliés, leur accession au pouvoir est loin d’être garantie.

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L’indépendance de la Roumanie face à la Russie

Déjà plusieurs responsables politiques ont lancé des appels à «un gouvernement d’unité nationale» résolument pro-européen.

«Unis, nous pouvons faire des merveilles», a lancé la cheffe de file des centristes d’USR (12,1%), Elena Lasconi, qui s’est qualifiée la semaine dernière au second tour de la présidentielle. «Après ces journées cauchemardesques», elle a appelé à laisser de côté les querelles de partis pour défendre «la démocratie» et l’indépendance de la Roumanie face à la Russie.

Plus tôt dans la journée, plusieurs électeurs avaient confié leurs craintes que la Roumanie se détourne de l’UE, comme Dorina Burcea, 41 ans.

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Le rôle de la plateforme TikTok

«En tant que personne qui a vécu un peu sous le communisme et qui s’en souvient encore, et qui a pu ensuite profiter de toute l’ouverture de l’UE, je ne peux pas imaginer une autre option que l’Union européenne et l’Otan», a-t-elle confié.

Les élections se sont déroulées dans un climat fébrile après la décision de la justice de recompter les bulletins du premier tour de la présidentielle sur fond de suspicions quant à l’intégrité des élections.

Les autorités ont mis en cause l’influence russe dans le contexte régional actuel et le rôle de la plateforme TikTok. Au point que la Cour constitutionnelle a ordonné un nouveau comptage et doit se prononcer lundi. Si le scrutin n’est pas annulé, le second tour aura lieu le 8 décembre.

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