LE TEIL / MONTÉLIMAR : l’origine du séisme fait débat !
Préservés de toutes nuisances sonores, les capteurs du LSBB peuvent absorber des magnitudes de 4, ou plus, venant de l’ensemble de la surface du globe. Ci-dessus, le relevé du séisme du 11 novembre, dont l’épicentre a été enregistré près du Teil. Données du LSBB de Rustrel
Les sismologues sont d’accord sur un point : il est beaucoup trop tôt pour s’exprimer sur la probabilité des causes du séisme du Teil. Ainsi, l’hypothèse d’une origine humaine avancée par Jean-Robert Grasso, sismologue à l’ISTerre de Grenoble, a déclenché un vaste débat dans la profession. Au magazine Le Point , il a déclaré que la « faible profondeur [du foyer] est une particularité que l’on retrouve lors des séismes induits par l’activité humaine ».
D’après une note du BRGM (le service géologique français) et du CNRS (le Centre national de la recherche scientifique), le foyer serait situé « entre 1 et 3,5 kilomètres » sous le sol, ce qui est beaucoup moins profond que la « dizaine » de kilomètres évoquée au départ.
Toutefois, pour son confrère Florent Brenguier, également sismologue à l’ISTerre de Grenoble, « ce n’est clairement pas un séisme d’origine humaine ». Il s’appuie sur la littérature scientifique existante : « L’extraction de roche, dans une carrière ou dans une mine, a de façon générale un rôle superficiel [dans le déclenchement d’un séisme]. Si ce séisme a lieu, c’est que la faille est déjà au bord de la rupture. Il va forcément se produire » Ainsi, il distingue ce séisme de ceux qui sont véritablement déclenchés par l’activité humaine. Par exemple à Strasbourg, c’est la présence d’activité géothermique qui permet d’avancer l’hypothèque de l’origine humaine pour expliquer le tremblement de terre du 12 novembre.
Maintenant, une équipe de chercheurs va s’atteler à vérifier si l’exploitation de la carrière Lafarge au Teil a pu « accélérer l’occurrence de ce séisme qui, de toute façon, se serait produit ». Le cimentier, sollicité par Le Dauphiné Libéré, déclare qu’il « n’est pas en mesure, en l’état actuel de ses connaissances, de porter un avis sur l’existence d’un lien éventuel entre ses opérations et le séisme ».
Il faudra plusieurs semaines aux chercheurs pour rendre les conclusions de leur enquête dans la Drôme et l’Ardèche. Et départager les experts ?
Communiqué d’Europe Écologie Les Verts d’Ardèche
Séisme en Ardèche, les riverains face au risque nucléaire
À 11h52, ce lundi un séisme de magnitude 5.4 a été ressenti en Drôme-Ardèche. L’épicentre se situait à 26 km de la centrale de Tricastin et 23 km de la centrale de Cruas.
« Ce séisme nous fait prendre conscience de la fragilité des installations nucléaires et du risque qu’il fait courir à la population. Beaucoup de riverains des centrales étaient très inquiets aujourd’hui et nous ont contactés. Les deux centrales nucléaires de Tricastin et Cruas ont des problèmes de corrosion, avec risque de rupture de tuyauterie dans les circuits primaires en cas de séisme important, et d’autres problèmes génériques (câbles et tuyaux fragiles sur les diesels de secours). Ces problèmes ont été mis en évidence par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), mais EDF n’y a toujours pas remédié. Nous sommes peut être passé à côté d’un accident grave, heureusement que le séisme n’a pas été plus important », explique Guillaume Vermorel, ingénieur, spécialiste du nucléaire pour EELV Ardèche.
« À l’heure actuelle il n’est pas vraiment possible de savoir si ce séisme a fragilisé les installations déjà non conformes des centrales, malgré le discours habituel d’EDF pour tenter de rassurer une population de plus en plus critique. Impossible de le savoir pour nous, riverains, mais aussi pour EDF qui doit probablement à l’heure actuelle faire le tour de ses installations pour repérer d’éventuels dommages visibles. Nous demandons un rapport complet et précis de la situation pour permettre une vraie information des riverains et ceci dans des délais raisonnables et non trop tardivement comme EDF le fait habituellement avec la déclaration des incidents à l’Autorité de Sureté Nucléaire. » complète Florence Cerbaï, conseillère régionale EELV de l’Ardèche
Maintenir en zone sismique, à proximité de la faille géologique de la vallée du Rhône, des centrales nucléaires en activité, c’est faire prendre un risque de plus aux populations. Aujourd’hui la question qu’il faut se poser, c’est sommes nous prêts à tout perdre pour qu’EDF puisse continuer à faire fonctionner ces centrales trop fragiles au delà de 40 ans? L’État doit prendre ses responsabilités en privilégiant la sécurité des riverains !
