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Festival de Die et de la Biovallée.

Entre croissance « locale, éthique » et désastre écologique ?

A Die: 18ème Rencontres de Die et de la Biovallée de la Drôme, du 24 janvier au 2 février 2020. Et à Eurre le samedi 8 février 2020

Croissance verte… ou catastrophes écologiques planétaires en série ? Entre ces deux extrêmes : voici des solutions au quotidien, « l’économie circulaire », les Energies Renouvelables, le bâti bio-climatique, la « chimie durable végétale», le tri-recyclage citoyen (y compris pour les touristes), la mobilité douce (sentiers dans la ville), le compostage, les alternatives éducatives, un mini festival des plantes et de la santé, la démocratie participative et active,  etc… . Et aussi la réforme institutionnelle française , le mouvement « Communication Non-Violente », la décroissance et la gratuité  avec Paul Ariès…

On ne sait pas tout
Les Rencontres de Die, entre douce Drôme provençale et abruptes falaises du Vercors est une victoire de l’intelligence collective. Et certaines idées lancées ici circulent, en partage, maintenant partout sur la terre. Les « sacs plastiques (plastic-planète) » bannis ici dès 2003 sont désormais supprimés par la loi et dit-on, jusqu’en Chine.  Après le sommet de la Terre de Rio et ses révélations fracassantes sur l’état écologique de la planète en 1992 : Anne Tesson et ses Ami-e-s de la Carline (épicerie associative et éthique), de l’Espace Social de Die, d’une entreprise de pose de capteurs solaires (Héliopsys de Olivier Girard), du Centre d’Education à l’environnement du Parc Régional du Vercors ( qui a alors une antenne à Châtillon en Diois), du restaurant bio-végétarien le Tchaï-Walla ( inauguré avec Pierre Rabhi en janvier 2003) et bien d’autres avaient immédiatement embrayé sur les actions citoyennes et écologiques en Drôme. Ainsi sont nées le Rencontres de l’écologie au Quotidien, devenue avec le temps de la Biovallée et finalement de Die. Toujours à la pointe des combats pour les droits humains, le sauvetage de l’environnement d’une planète en grave danger, le recyclage, la sobriété énergétique, l’éco-construction, la coopération, la préservation de la Biodiversité, la parité femme-homme, et de fraternité et d’ entraide conjuguée au quotidien, etc…

Vive » La croissance du bien vivre »…avec moins

Soit à Die, entre lavandes et sapins et toujours en hiver, des centaines de conférences, de films, de spectacles, d’ateliers, de tables rondes, d’expositions, de balades, et de fêtes. Et chaque année des invités reconnus tels que Corinne Lepage, Serge Tisseron, Michèle Rivasi, Boris Cyrulnik, Delphine Batho, Pascal Pic, Pierre Rabhi, Isabelle Filliozat, Patrick Viveret ,Marie de Hennezel, Paul Ariès, Yves Cochet, Audrey Pulvar, ou Jean Marie Pelt, François Terrasson ou Danièle Mitterrand quand ils étaient encore ici bas…. « Les hommes sont-ils en train d’effacer le disque dur de la nature ? » questionnait François Terrasson en 2008 ? La grande conversion économique vers la croissance verte aura-t-elle lieu posait, l’ancien ministre Yves Cochet? Plus que les incantations, les Rencontres de Die propose des approches pratiques, des pistes, des idées simples pour s’engager au quotidien que l’on soit un écolier, un citoyen, un urbaniste, un paysan, une entreprise ou un décideur politique. Innovant. Sans détenir l’absolue vérité. C’est à Die qu’est née en 2003 la croisade « sauvegardons nos semences (Jean Pierre Berlan, Jean-Baptiste Libouban,  Jean-Émile Sanchez, et Guy Kaisler)». Il y a 40 ans ce territoire se singularisait par son fort pourcentage d’agriculteurs bio (le plus haut de France,  et ce jour à 44% en Biovallée) et il y a 30 ans  la distribution éthique et associative misait sur une idée vraiment impertinente et pour laquelle personne ne semblait prêt à batailler…. Une coopérative bio aujourd’hui SCIC de 11 salariées, La Carline (Bernard Collignon et Jean Pierre Gall )…

L’exemple a essaimé relate Anne Tesson co-fondatrice des rencontres de l’Ecologie au Quotidien (nom initial en 2002) coordinatrice et porteuse du projet de rencontres citoyennes (Où comme dit Philippe Merieu des Rencontres de l’émancipation) : « On est passé de rencontres locales à un rayonnement hexagonal, voire européens, avec les Rencontres des Biodistricts Européens en 2015-2019 (qui regroupent 7 territoires engagés dans 6 pays). C’est parti d’un événement qui s’appelle les Rencontres de Die ».

Ne laisser personne sur le bord du chemin…

Décoiffant et salutaire. Pas de catastrophisme planétaire aux rencontres de Die, mais des solutions abordées avec perspicacité et pédagogie. « Existe-t-il  une industrie pétrolière qui se préoccuperait des déplacements doux ? Ou des produits de nettoyage biologique ». Vous avez bien compris cette question qui ressemble à un oxymore : chimie-bio ou pétrole-doux. C’est là tout l’esprit des rencontres. Ce sujet tabou : on n’hésite pas à en discuter à Die avec les entreprises AREVA sur l’eau et les entreprises du pétrole (Jean Marie Combet, Patron des industries française du Pétrole) ou RES sur l’éolien. Autres préoccupations majeures et thèmes de conférences : « La forêt va-t-elle disparaître suite à la surconsommation de bois et au boom des chaudières géantes (à bois) anti-écologiques de Pierrelatte ou de Gardane ». Ou encore que penser du « Sortir du nucléaire Made in Germany au-delà des mythes et de l’intox ? ». Le magazine Alternatives Economiques et son rédacteur Philippe Frémeau faisant le point, avec les jeunes du Lycée de Crest, sur les emplois liés à la transition écologique, à l’Ecosite de Eurre-Le Campus.

Au quotidien

Côté vie quotidienne, les collectivités locales et  leurs investissements (donc financeur public) sont passés au débat des rencontres, entre propositions et critiques: les zones de partage dans la ville vont-ils muter en centre ville piéton, en sauvegardant les commerces de proximité ?  Et aussi « Peut-on être un touriste citoyen et éco-responsable, et s’installer un jour dans le Diois ? ». Ici on y croit. Les Résidences secondaires vont elles être le terrain d’ atterrissage des petits-enfants fuyant les ville pour un territoire en résilience ?

Les Rencontres de Die sont axées sur la « valorisation solidaire non prédatrice de la planète et de ses passagers. Elle pourrait produire la croissance de la conscience des décideurs, des élus, des entrepreneurs et des citoyens les plus éloignés de ces préoccupations ». Autre moment partagés à déguster : les Bals Folk qui chaque année attirent de plus en plus de jeunes et moins jeunes, un peu une marque de fabrique : ici l’écologie n’est pas triste, ni sacrificielle, ni culpabilisante… Être ensemble ici et maintenant est un acte rêve-olutionnaire comme faire son jardin… Et cela fait du bien. Au cerveau, au corps et au cœur…

Les Rencontres de Die sont un acte majeur de citoyenneté pour tous, les organisateurs comme les invités, les intervenants comme les visiteurs.  Ainsi est positionné un petit pays de montagne face à ce défi global et local de la protection de la santé, de la nature, de ses paysages, de la vie, de l’eau, de l’éducation, de ses services publics,  du bien être ensemble, de la fraternité ?

Belle-Île en terre

Comment se comporte le Diois « cette île en pleine terre » avec ses 3000  rendez-vous en 18 ans,  bouteilles à la terre lancées et cette  qualité mémorable et historique : l’hospitalité (Dans le Diois on est accueilli chez l’habitant) ?  Anne Tesson co-fondatrice  des Rencontres : « les habitants de Die ne sont pas plus consciencieux que les autres ! Ce n’est pas inné. Néanmoins le travail de ce pays, des ces femmes et ses hommes depuis 40 ans est considérable avec, ses résistances créatrices : Lycée Sport-Nature, Collège Option-Cirque, sa voie ferrée ( toujours sur la sellette), ses expérimentations sociales et culturelles, (avec feu André Pitte et la Transhumance où Jacques Coutureau et son Théâtre les Oiseaux de passage issu du Grand Magic Circus ou Gérard Henry fondateur du Cinéma Art et Essais du Pestel), la SCIC du Monastère de Sainte Croix ( Fred Sauvage) et celle de La Carline, où les Plantes Médicinales, Aromatiques et à Parfum ( 5 entreprise PPAM : 260 emplois créés)  avec une vision territoriale à 40 ans comme le projet Biovallée, réelle vision transformatrice du pays. De même nous lançons ici au Rencontres le mouvement pour que toutes les associations du territoire se serrent les coudes et oeuvrent ensemble (60 participent à l’évènement 2020). Dans une période politique difficile ! »…« C’est vital.  Imaginez aussi, suite aux combats des années 70 contre la désertification et l’abandon du monde rural, le travail d’innovation et créativité qu’il a fallu mener afin que ce jour le Diois soit attractif, voire un laboratoire du Développement Humain Durable (oui ici on insiste sur l’humain, car la terre s’en sortira sans nous !), voire un pays du « bien vivre ensemble ». Aujourd’hui d’autres fléaux, dont la pression foncière (les attaque contre les Parcs Naturels, ou contre la loi Montagne, l’artificialisation des terres arables, etc…), le manque de participation (avec cette confusion entretenue entre information, concertation et co-élaboration) de toutes et tous à la chose publique sont des défis, je crois à l’intelligence collective, quand le monde associatif travaille de concert avec les politiques, les entreprises, la recherche, les centre de formation, les écoles,  la société civile. Dans la bienveillance » conclut cette activiste mutante.

Claude Veyret, 21/11/19

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