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Coronavirus : l’OCDE prévoit une chute de la croissance mondiale à son niveau le plus bas depuis la crise de 2008

La pandémie de Coronavirus est un excellant test pour nos sociétés , pour les résistances et résiliences nécessaires  pour affronter les difficultés qui vont ne pas tarder à nous impliquer ! Et ce n’est qu’un début ! MCD

« Les interdépendances dans l’économie mondiale sont désormais bien plus grandes qu’elles ne l’étaient » lors d’épidémies similaires par le passé, souligne l’organisation.

Un employé d’une usine de Shanghaï équipé d’un masque, le 24 février.
Un employé d’une usine de Shanghaï équipé d’un masque, le 24 février.

Le décrochage risque d’être brutal. L’épidémie de Covid-19 pourrait faire chuter la croissance mondiale à 2,4 % en 2020, son niveau le plus bas depuis les crises financières de 2008-2009, contre 2,9 % en 2019, a averti, lundi 2 mars, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle appelle les pays à coordonner leurs actions et à soutenir l’activité. Si le coronavirus se propageait en Asie-Pacifique, en Europe et aux Etats-Unis, la hausse du produit intérieur brut (PIB) mondial pourrait même tomber jusqu’à 1,5 % en 2020.

Infographie Le Monde

L’OCDE note que, « par rapport à la situation qui prévalait lors d’épisodes comparables, comme celui du SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] en 2003, les interdépendances dans l’économie mondiale sont désormais bien plus grandes qu’elles ne l’étaient, et la Chine joue aujourd’hui un rôle bien plus important ».

Les mesures de quarantaine ont provoqué dans la deuxième puissance économique mondiale des ruptures de chaînes d’approvisionnement et elles ont freiné la consommation intérieure de biens et de services. L’OCDE table sur une croissance chinoise à 4,9 % en 2020, contre 6,1 % en 2019, et elle envisage une récession au premier trimestre. En dépit d’un ralentissement de la progression de l’épidémie dans le pays, la reprise est bien plus lente que prévu.

La publication, samedi 29 février, de l’indice PMI officiel mesurant la production manufacturière en Chine donne une idée de l’ampleur du choc économique. Il a chuté à 35,7 au mois de février, contre 50 en janvier, bien en deçà des attentes. « En dévoilant des chiffres plus mauvais que prévu, le gouvernement prépare aussi les esprits au plan de relance qui risque d’alourdir la dette », estime Alicia Garcia Herrero, chef économiste de Natixis pour la région Asie-Pacifique.

Risques de ruptures d’approvisionnement

Le risque d’un ralentissement de l’économie mondiale s’est accru avec la propagation de l’épidémie en Asie et en Europe, notamment en Corée du Sud et en Italie, où le seuil des 50 morts a été franchi. « L’hypothèse d’un rebond rapide en forme de V s’éloigne. La reprise mondiale sera progressive et ne se consolidera pas avant le second semestre 2020 », prédit Hervé Goulletquer, directeur adjoint de la recherche à La Banque postale Asset Management.

L’Europe, qui était jusque-là affectée par une baisse de la demande en Chine et fragilisée par des risques de ruptures d’approvisionnement, pourrait à son tour voir sa demande chuter si les mesures de confinement et les fermetures d’usine devaient se multiplier. L’OCDE prévoit que la croissance dans la zone euro « demeure en deçà de la normale et avoisine 1 % par en moyenne sur 2020-2021 ».

« L’Union européenne [UE] est prête à utiliser tous les outils à sa disposition pour protéger la croissance » des effets du Covid-19, a affirmé, lundi à Bruxelles, le commissaire à l’économie, l’Italien Paolo Gentiloni. Difficile de ne pas penser à la déclaration du 26 juillet 2012 de son concitoyen Mario Draghi, quand il était président de la Banque centrale européenne. Ce jour-là, il avait su rassurer les marchés, en promettant que l’institution monétaire ferait « tout ce qui est nécessaire » pour sauver la zone euro, alors menacée par la crise de la dette souveraine.

Faut-il en déduire que, pour Paolo Gentiloni, l’heure est aussi grave qu’il y a huit ans, lorsque la Grèce avait failli emporter dans sa chute l’union monétaire ? « J’espère que nous n’en sommes pas là », a précisé l’ex-président du conseil italien. Tout en jugeant raisonnables les dernières prévisions de l’OCDE, il a expliqué qu’« il [était] encore trop tôt pour évaluer les conséquences économiques » du Covid-19. Avant de poursuivre : « Cela ne veut pas dire qu’il faille les minimiser. Il est temps d’agir. »

En Europe, « c’est le moment de la solidarité »

Mercredi 4 mars, les ministres des finances de la zone euro tiendront une conférence téléphonique pour analyser la situation, évoquer ce qui est fait au niveau des Etats membres et discuter des mesures d’urgence à prendre. Ils commenceront aussi à préparer l’Eurogroupe du 16 mars, a précisé Paolo Gentiloni, qui appelle à une « réponse budgétaire coordonnée » face au ralentissement économique qui s’annonce.

« C’est le moment de la solidarité, de l’action », a-t-il insisté. Les pays qui engageraient des dépenses liées à la lutte contre l’épidémie pourraient ainsi bénéficier des flexibilités offertes par le pacte de stabilité, a indiqué la Commission lundi, qui n’a pas encore reçu de demandes en ce sens. L’Italie, qui a annoncé un plan de soutien à l’économie de 3,6 milliards d’euros pour faire face aux conséquences du virus, et dont la dette représente 135 % de son PIB, n’a pas caché qu’elle comptait sur cette bienveillance.

L’OCDE suggère plusieurs mesures ciblées pour venir en aide à ceux qui subissent une perte de revenus causée par l’épidémie, comme les travailleurs placés en congé sans solde, qui pourraient bénéficier de l’assurance-chômage. Elle propose aussi d’aider les entreprises à surmonter leurs problèmes de trésorerie en reportant le paiement des impôts ou le remboursement de leurs dettes, et en injectant des liquidités dans le système financier pour éviter les faillites. « On a la chance d’avoir testé ces mesures il y a dix ans pendant la crise financière, donc on peut aller plus vite aujourd’hui », insiste Laurence Boone, la chef économiste de l’OCDE. La crise de 2008 demeure dans tous les esprits.

Julien Bouissou et Virginie Malingre

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