Coronavirus : les Européens s’entendent sur un plan de soutien à plus de 500 milliards d’euros
L’accord prévoit notamment un fonds de relance pour investir massivement dès l’épidémie passée et des lignes de crédits dites « préventives » pour les pays les plus affectés. ( mai pour quel projet? )
Finalement, la réunion des ministres des finances de l’Union européenne (UE) – qui se tenait par vidéoconférence jeudi 9 avril – n’a duré que quarante-cinq minutes et s’est soldée par un accord sur la réponse économique à apporter à la crise due au coronavirus. « La réunion s’est achevée sous les applaudissements des ministres », a annoncé, sur Twitter, le porte-parole de Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe (qui rassemble les ministres des finances de la zone euro).
Le rendez-vous de jeudi a été précédé de tractations à tous les niveaux. Il a commencé avec plus de quatre heures de retard pour laisser le temps aux argentiers de cinq pays – France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas – et à M. Centeno de trouver un compromis. Dans la matinée, les chefs d’Etat avaient déblayé le terrain : le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, avaient tous deux parlé à leur homologue néerlandais, Mark Rutte, dont les positions empêchaient jusque-là toute avancée.
Les Européens se sont finalement entendus pour consacrer jusqu’à 540 milliards d’euros aux ravages économiques causés par le coronavirus. « C’est un grand jour pour la solidarité européenne », a commenté le ministre allemand des finances, Olaf Scholz, quand son homologue français, Bruno Le Maire, a jugé qu’il s’agissait d’« un plan massif ». Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient se retrouver bientôt pour l’entériner.
Ce plan comporte trois volets. Le premier, le plus consensuel, passe par la Banque européenne d’investissement (BEI) et s’adresse aux entreprises. Grâce à des garanties de 25 milliards d’euros que lui apporteront les pays européens, la BEI pourra accorder jusqu’à 200 milliards de nouveaux prêts aux entreprises.
Une récession sans précédent s’annonce
Le deuxième volet de ce plan – qui n’a pas d’emblée fait l’unanimité – répond aux besoins d’aide des Etats membres pour financer un chômage partiel qui explose. Avant la crise, dix-huit pays, dont la France et l’Allemagne, avaient un mécanisme de ce type. Depuis, tous s’y sont mis, espérant ainsi limiter les licenciements, protéger le pouvoir d’achat et faire en sorte que les entreprises soient en mesure, une fois le confinement terminé, de se remettre au travail.
Dans ce contexte, jeudi soir, les Vingt-Sept se sont engagés à apporter, là aussi, 25 milliards d’euros de garanties à la Commission européenne, qui pourra dès lors lever 100 milliards sur les marchés pour financer cette initiative. Une initiative dont les Pays-Bas ont tenu à ce qu’elle soit temporaire.
C’est sur le troisième volet de la réponse économique de l’UE à la récession sans précédent qui s’annonce que les Vingt-Sept ont eu le plus de mal à s’entendre. Il concerne l’utilisation du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce fonds de sauvetage de la zone euro créé en 2012, quand l’union monétaire menaçait d’exploser. Doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros, il a en théorie pour mission de voler au secours des Etats membres qui n’arrivent plus à se financer sur les marchés.
Désormais, ont décidé les ministres, il pourra accorder aux pays les plus affectés par le virus des lignes de crédit dites « préventives », dont la seule existence doit rassurer les marchés et leur ôter toute envie d’imposer des taux discriminatoires à ces Etats dans le besoin. Et ce, dans la limite de 240 milliards d’euros.
Blessures mal cicatrisées entre le Nord et le Sud
Mais – et c’est à ce sujet que la bataille a fait rage – les Pays-Bas souhaitaient que les pays qui y auront recours s’engagent ensuite dans des réformes afin d’assainir leurs finances publiques. Une forme de mise sous tutelle qui rappelait les pires heures de la crise grecque, entre 2010 et 2012, et dont Rome ne voulait pas entendre parler, évoquant la montée du sentiment antieuropéen et des populismes sur ses terres.
Isolée, alors que Paris et Berlin redoutaient que cet épisode ne ravive les blessures mal cicatrisées entre le nord et le sud du continent, La Haye a fini par lever son veto.
Mais un pays ne pourra pas emprunter plus de 2 % de son produit intérieur brut (PIB) au MES. Pour l’Italie, cela représente 36 milliards d’euros. « Peanuts », confiait un diplomate avant la réunion. Une somme en tout cas modeste au regard des besoins auxquels Rome pourrait devoir faire face si jamais la situation se dégradait dans les prochains mois, d’autant que la Péninsule est déjà surendettée.
Et seules « les dépenses, directes et indirectes, de santé et de prévention liées au Covid-19 », précise le rapport de l’Eurogroupe, pourront être couvertes par le MES. « Un soutien économique » hors dépenses de santé sera assorti de « certaines conditions », a expliqué le ministre néerlandais des finances, Wopke Hoekstra : « En clair, c’est hors de question qu’un magasin qui aura fermé ses portes pour éviter la contagion en bénéficie. »
Un excellent compromis
Quelques minutes plus tôt, Bruno Le Maire prenait le même exemple, pour en tirer la conclusion inverse… Avant de reconnaître : « Il n’y a pas de bon compromis sans bonnes ambiguïtés. » De ce point de vue, la partie de l’accord conclu entre les ministres des finances sur un futur « fonds de relance » – destiné à intervenir quand la pandémie sera terminée et quand il s’agira d’investir massivement pour aider les économies européennes à se reconstruire – est un excellent compromis.
Pour Paris, la formulation à laquelle sont arrivés les Vingt-Sept permet tous les espoirs. La France a largement plaidé, avec huit autres pays, dont l’Italie et l’Espagne, pour la création d’un instrument commun de dette afin de financer ce futur fonds, que Bruno Le Maire imagine à 500 milliards d’euros. Pour Berlin et La Haye, viscéralement opposés à toute mutualisation de l’endettement, c’est tout l’inverse. Toujours est-il que le sujet est officiellement sur la table, ce qui est, en soi, une avancée. Aux chefs d’Etat et de gouvernement, désormais, de trancher le débat.
En attendant, ce sont donc déjà 540 milliards d’euros qui vont compléter la panoplie déjà déployée par l’Europe dans cette crise. La Commission européenne a fait tomber ses tabous, les uns après les autres, en suspendant le pacte de stabilité et ses règles en matière d’aide d’Etat. Les Etats membres ont déjà consacré plus de 3 % de leur PIB à lutter contre le virus, et il ne se passe pas un jour sans nouvelle annonce. ( mai pour quel projet? )
Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle a décidé d’injecter plus de 1 000 milliards d’euros dans l’économie continentale et promet de faire plus si nécessaire. ( mai pour quel projet? )
Chaque ( mai pour quel projet? ) est de MCD