«L’Extrême Droite Marine Le Pen sans retenue face au virus mondialisé »
Cherchant à conforter son statut de première opposante à Emmanuel Macron, la présidente du RN exploite toutes les failles apparues dans la lutte contre le Covid-19, virus mondialisé devenu le symbole de tout ce qu’elle dénonce, analyse dans sa chronique Françoise Fressoz.

Encourager toutes les théories complotistes
Il en est pourtant une, Marine Le Pen, que la retenue n’étouffe pas. « Qu’est-ce que l’unité nationale ? Participer aux mensonges du gouvernement ? Couvrir ses incompétences comme la mise en danger de gens luttant en première ligne contre le virus ? », s’indigne la présidente du Rassemblement national (RN) dans un entretien au Figaro, le 28 mars. Première à s’être déclarée candidate à la présidentielle de 2022, la fille de Jean-Marie Le Pen ne se sent liée par aucune trêve. Elle cherche, au contraire, à conforter son statut de première opposante à Emmanuel Macron, en exploitant toutes les failles apparues dans la lutte contre le Covid-19, ce virus mondialisé, devenu le symbole de tout ce qu’elle dénonce.
Elle cogne dur contre « l’effondrement de l’Etat régalien » et « celui de l’Etat gestionnaire », tout en poursuivant la charge contre l’ennemi héréditaire, l’Union européenne
Après avoir réclamé la fermeture des frontières, dénoncé la pénurie de masques et de médicaments, elle réclame à présent la réquisition des cliniques privées et l’octroi d’un versement forfaitaire de 1 500 euros à toutes les entreprises de moins de 1 000 salariés. « Avec, en plus, 1 000 euros par salarié » précise-t-elle. Dénoncer, mais aussi proposer pour tenter de corriger le déficit de compétences dont elle et son parti continuent de souffrir.
Rien ne l’arrête, ni les scrupules ni le passé, car contrairement aux dirigeants de droite et de gauche, elle n’est comptable de rien. La pénurie de masques ? Le RN n’était pas aux affaires lorsque décision fut prise, en 2011, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, puis en 2013, sous celui de François Hollande, de revoir la doctrine du stockage. Alors elle cogne dur contre « l’effondrement de l’Etat régalien » et « celui de l’Etat gestionnaire », tout en poursuivant la charge contre l’ennemi héréditaire, cette Union européenne qu’elle accuse « d’avoir donné pour première instruction de ne surtout pas limiter la circulation des personnes ».
Un terreau fertile pour le populisme
On ne mesurera qu’après coup l’effet de ces coups de boutoir sur une population aujourd’hui concentrée sur sa survie quotidienne et ses peines, mais la peur qui s’est emparée des Français, la demande d’autorité qui émane d’eux et la crainte d’une sévère récession constituent un terreau fertile pour le populisme. La pandémie a beau prendre de court tous les pays, ébranler les dirigeants les plus portés à la fanfaronnade, comme Donald Trump ou Boris Johnson, elle ne prête guère à la raison, encourage toutes les théories complotistes, alimente la défiance et oblige l’exécutif, s’il veut survivre, à concevoir une riposte en trois temps.
La première, immédiate, consiste à corriger la détestable impression « qu’on ne nous a pas tout dit ». La longue intervention télévisée, samedi 28 mars du premier ministre, encadré d’experts au verbe clair, tranchait avec la communication plus incantatoire du président de la République. Du moins avait-elle le mérite d’être sérieusement argumentée et de faire partager au citoyen responsable les contingences du moment, alors que partout monte l’accusation d’un gouvernement systématiquement en retard. En temps de guerre, le professionnalisme devient une arme primordiale.
Le deuxième moment de la riposte se situe dans l’après-confinement, lorsque le lent retour à la vie normale, sous la menace d’un virus toujours opérant, risque d’éveiller toutes sortes de tensions entre ceux qui pourront reprendre rapidement le travail et les autres. Les dispositifs sociaux d’ampleur pris durant l’état d’urgence sanitaire jouent pour le moment comme un puissant anesthésiant, mais les observateurs avertis comme Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP, notent déjà l’apparition de nouvelles inégalités dans le monde du travail.
Ebranlé dans sa dimension libérale, Emmanuel Macron se dit prêt à « des ruptures », mais doit d’abord colmater le front européen
A la plus ou moins grande précarité vécue selon que l’on est salarié du public ou du privé, employé dans une grande entreprise ou une petite, s’ajoute au sein d’une même entreprise celle que suscite la capacité ou non de produire en télétravail. Près des deux tiers des cadres et professions intellectuelles le peuvent, alors qu’ils ne sont que 10 % chez les employés et ouvriers. Seul un puissant plan de relance, assorti de mesures sociales fortes pourra atténuer l’effet du choc social sur lequel mise Marine Le Pen pour conforter l’opposition verticale entre les petits et les nantis.
Le troisième moment de la riposte se situe en sortie de crise, lorsqu’il faudra penser le nouveau modèle de développement au regard des manquements dévoilés par la gestion de l’épidémie. Là encore, la présidente du RN joue sur du velours, car le sujet principal est celui de la souveraineté, son cheval de bataille. Pour réarmer l’Etat, elle prône des nationalisations, et contre l’intrusion du virus, elle brandit les frontières et le « localisme » en tablant sur un effondrement de la construction européenne à partir du maillon faible qu’est devenue l’Italie.
Ebranlé dans sa dimension libérale, Emmanuel Macron se dit prêt à « des ruptures », mais doit d’abord colmater le front européen avant d’élaborer la riposte nationale. La bataille des « coronabonds », qui oppose quatorze membres de la zone euro à l’Allemagne et aux Pays-Bas, est devenue le grand enjeu politique du moment. Soit la zone euro se montre capable de mutualiser une partie de ses actions sanitaires et budgétaires, soit elle laissera le champ libre au retour des nations.
Françoise Fressoz