Bonjour à toutes et tous
Alors que le « déconfinement » bat son plein, mercredi 3 juin, un groupe composé de gardes du PNRV, d’élus du parc, de la LPO et de « graines d’éleveurs » se sont réunis pour « confiner » pendant un mois environ deux gypaètes barbus (Gypaetus barbatus) dans un taquet.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » me diront certains. Difficile de diffuser une chronique à des personnes bien différentes allant des néophytes aux experts, je vais simplement faire un petit rappel. 
C’est une histoire qui a commencé il y a une dizaine d’années suite à diverses réintroductions réussies, voire très réussies. Après les marmottes (dans les années 1970 -80), les bouquetins et vautours fauves un peu plus tard, au début de ce siècle, la réintroduction du gypaète (ou casseur d’os) a vu le jour et se poursuit actuellement, conjointement avec l’association « Vautours en Baronnies » dans le sud de la Drôme.
Le gypaète est donc classé dans les « rapaces charognards » il est l’éboueur final arrivant après les vautours fauves, vautours moines et percnoptères à la table où charognes et animaux morts sont au menu. Souvent ils sont précédés par les grands corbeaux. C’est un ballet bien rodé : un animal meurt, il est vite repéré par les corvidés qui se dépêchent de grignoter tout ce qu’ils peuvent avant l’arrivée des vautours fauves. Ceux-ci, en rentrant par les voies naturelles, se délectent des parties molles (chairs, muscles, entrailles…) du cadavre. Puis arrivent les vautours moines plus puissants encore qui peuvent s’attaquer aux cuirs et peaux. Ensuite c’est le tour des percnoptères d’Egypte, plus petits, ils nettoient les os des tendons, chairs et autres miettes délaissées par leurs prédécesseurs. Enfin le gypaète termine le repas en consommant les os, les lâchant, si besoin est, d’assez haut sur un pierrier pour les casser. Ainsi la carcasse a disparu évitant une éventuelle propagation de maladies.
Ceci c’est ce qui se passe quand tout se passe bien, évidemment dans la nature ce n’est pas toujours comme cela que ça se passe. Certains ont très faim, sont plus pressés que les autres et la chronologie peut changer, mais bon, l’humain qui veut tout classer, ranger, cataloguer veut trouver un ordre et il le trouve en simplifiant un peu les choses…
En tous cas cette réintroduction intéresse beaucoup de monde, ainsi des enfants d’éleveurs du Vercors encadrés par des parents tout aussi motivés ont monté une association : « Graines d’éleveurs » ils se passionnent, entre autres, pour le gypaète barbu. Ils multiplient les actions en sa faveur : stands d’information (jusqu’au salon de l’agriculture à Paris) collecte de fonds pour l’acquisition des gypaètes… Bravo les enfants !! Palo-Pala et Kobalam les deux « gypaètons » de cette année vous remercient. Après un mois environ dans une aire artificielle nommée « taquet » ils seront déconfinés (mot à la mode) en leur souhaitant longue vie et une belle descendance.
L’association « Continuum », un groupement d’entreprises drômoises, initiée par la LPO Drôme et animé efficacement par Vivien Chartendrault, directeur de la LPO Drôme-Ardèche, a contribué au financement de l’opération de cette année.
Le Parc du Vercors et la réserve nationale des Hauts Plateaux du Vercors maîtrise la logistique qui a été assez compliquée particulièrement cette année, devinez pourquoi ! Bruno Cuerva et Benoit Betton en sont les chevilles ouvrières.
La LPO Drôme-Ardèche, grâce à tous ses adhérents, fait suivre les observations et participe à l’animation.
La LPO France, avec Pascal Orabi, apporte sa compétence technique dans la gestion du Life « gypconnect » européen et sa connaissance de l’espèce, des réintroductions, des marquages…
Pour les intéressés voici le lien et en plus vous pouvez suivre le confinement par web cam. Modernes ces gypa !
https://gypaetebarbu.fr/life-gypconnect/l-actualite-du-life-gypconnect/de-nouveaux-gypaetes-barbus-reintroduits-dans-la-drome
Tout ce beau monde est réuni dans un même objectif : la restauration d’une espèce disparue dans notre région et ainsi favoriser la biodiversité.
Le baguage des oiseaux à Combeau est en cours comme chaque printemps depuis des décennies. Instauré par Sébastien Blache dans l’autre siècle, il est perpétré par Nicolas Renous actuellement. Ce STOC (Suivi Temporel des oiseaux Communs) version Capture avec filets pose de bagues et relâché immédiat. Evidemment c’est une affaire de spécialistes habilités à ces manipulations qui donnent d’intéressantes statistiques sur les espèces d’oiseaux fréquentant le site, mais aussi sur leur poids, leurs mensurations … et, en contrôlant les oiseaux déjà bagués, leur migration.
Une autre affaire de « pro » : le baguage et pose de GPS sur aiglons à l’aire se poursuivent cette année malgré le confinement qui a bien handicapé le suivi par les bénévoles (LPO et autres).
Heureusement les gardes de la RNHPV et ceux de Saou ont pu partiellement s’en occuper. Cinq aiglons seront donc équipés cette année dans le département qui feront suite aux dix de l’an dernier.
Merci à Nicolas Renous (LPO) et Christian Itty (assoc. BECOT) pour la partie technique de l’opération.
Bien sûr les naturalistes diois-es continuent à observer et agir également pour la faune sauvage.
Ainsi Jade m’a envoyé un mél très sympa que je me permets de vous en envoyer une copie :
Des petites nouvelles des rouge queues du jardin. Finalement nous avions installé un vieux drap de plage en-dessous du nid convoité, en se disant que peut-être avec un peu plus d’intimité le couple s’en accommoderait, sachant que nous sommes souvent sous le préau… Et bien ça a marché!
Ils ont fait leur nichée, et quand les petits ont été prêts a sortir, le chat a subi lui aussi quelques jours de confinement. Les jeunes ont ainsi eu un peu de temps pour se muscler et appréhender leurs petites ailes à l’abri de notre terrible prédateur qui, depuis sa liberté retrouvée, ne nous a pas ramené de proies… Ouf!
Ceci dit, il y a des dizaines de chats errants à Poyols… Mais bon soyons positifs!
A voir s’ils nous feront une seconde nichée…
Françoise Pierriot de St Julien en Quint m’a envoyé une belle expérience de sauvetage d’un levraut, bravo pour sa patience et je crois que toute la famille a participé.
Le levraut à 1 mois,(trouvé blessé et âgé de moins d’une semaine je pense) est toujours au lait maternisé chaton (mais il mange un peu d’herbe diverses) et maintenant son épaule est bien guérie et il marche normalement. Nous le sortons tous les jours dehors (nous avons acheté un enclos grillagé) afin de l’habituer à une vie plus normale et évitons les contacts afin qu’il garde sa nature sauvage.
Evidemment, je préfère vous donner de bonnes nouvelles c’est plus attrayant et rassurant, mais hélas, tout n’est pas sympa et les actions contre nature ne cessent pas : un ours tué dans les Pyrénées, les marchands de morts par pesticides gagnent des points européens, la chasse, autre pression mortelle, a recommencé début juin pour les sangliers, chevreuils …
Les bruits des chiens de chasse hurlant à la mort en suivant les traces d’un animal traqué suivi du coup de fusil mortel me perturbent et m’attristent.
Je préfère m’attacher à l’observation silencieuse et respectueuse de la vie sauvage, être en harmonie avec elle, en la troubler le moins possible.
Admirons plutôt les photos de Bruno Lefèvre prises lors de balades ornithologiques. Il illustre parfaitement mes petites chroniques.
Bien naturalistement.
Gilbert DAVID
Gilbert DAVID
Vice-Président LPO Drôme-Ardèche, 26150 Die
tel : 06.52.63.91.55
Ps : relecture Hélène Bernard
PPS : si vous ne voulez plus recevoir mes méls merci de me le dire je vous enlèverais de ma liste.