ACTUALITES NATURALISTES EN DIOIS : LPO Groupe Diois Nature …
J’entends beaucoup parler d’élections, de vacances, voire de retraite … La Nature s’en moque et poursuit son bonhomme de chemin, s’adapte quand elle peut ou s’épuise et disparaît lorsque les changements sont trop radicaux. Réflexion personnelle !
Pour les naturalistes, la fin de ce printemps et ce début d’été ont été fertiles en actions pour mieux comprendre, mieux appréhender nos colocataires que sont les oiseaux sauvages. Certains me disent : « Vous les naturalistes passez votre temps à compter, noter, dénombrer la faune sauvage, vous n’en avez-vous pas assez ? » J’essaie de répondre que c’est exact, pour ma part j’organise ou participe à quelques comptages, quelques actions de protection mais c’est dans un but militant, je préfèrerais largement me balader librement, sans contrainte, en observant une faune sauvage libre également, bercé par le chant des oiseaux et tous les bruits de la nature. Hélas, cela serait ainsi si tout allait bien dans une biodiversité riche et abondante. Nul besoin d’inventorier juste à apprécier, savourer la beauté naturelle. En attendant, je fais les deux : compter, partager et contempler, admirer tant que je peux.
Bon ! En parlant de compter, les STOC-EPS (Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Échantillonnage Ponctuel Simple) sont terminés – drôle de sigle pour dire que l’on compte tous les oiseaux entendus et vus en 5 mn sur 10 points fixes par carré d’étude, en deux séries, nicheurs précoces et tardifs, pour faire simple. La LPO est le plus important contributeur de données.
Je me charge de trois « STOC –EPS » sur le Diois : Die, Châtillon et Solaure. Seuls les seconds passages ont pu être réalisés comme je l’avais annoncé dans ma dernière chronique. Le but principal est de connaître l’évolution du nombre de chaque espèce d’oiseaux dits communs en France, grâce à la répétition dans le temps de ce protocole et dans l’espace grâce au maillage réparti sur tout le territoire français. Je ne suis donc qu’un modeste maillon local de cette opération de longue haleine.
Les gypaètons du taquet de Tussac se sont envolés les 1er et 2 juillet sans trop se faire prier et ils volent actuellement dans les environs du site toujours surveillés par quatre stagiaires et Bruno Cuerva garde de la réserve des Hauts Plateaux. Jeudi 9 juillet ils nous ont même fait un petit festival en tournoyant au dessus de nos têtes. Ce fut un bon moment de plaisir naturaliste. Un troisième, Pierrot, est passé brièvement dans l’abri pour se renvoler vers le nord Vercors, drôle d’idée, on n’est pas bien dans le Diois ? … C’est la dixième année de lâcher de gypaètes en Diois-Vercors on espère une première reproduction prochainement (2021 ?). Je sais, je sais je vous l’ai déjà annoncé l’an dernier. Qui puis-je si les artistes se font désirer ? Pourtant c’était bien parti avec des velléités de parades au printemps. Affaire à suivre donc.
Pour continuer dans les grands rapaces et les suivis, l’aiglon d’Archiane a été bagué et « balisé » par Nicolas Renous qui devient, sous la direction de Christian Itty, le spécialiste local du marquage de jeunes aigles au nid. C’était le vingt et unième équipé de la sorte en trois ans et peut être le dernier de cette étude, dans la Drôme. Le marquage est la fin d’une longue préparation préalable : repérage des aires occupées, détermination de l’âge des aiglons (en effet, il faut impérativement que le poussin soit âgé entre 50 et 55 jours pour pouvoir avoir « l’honneur » d’être équipé de bagues de couleur et d’un GPS solaire, SVP) D’accord, je dis « honneur » mais sans doute l’aiglon ne voit peut être pas cela comme ça. Il est un tantinet perturbé ce royal animal. Mais il participe, involontairement, à la science et, grâce à ces cobayes, nous en savons plus sur les déplacements des jeunes aigles en errance durant les premiers mois, voire années, de leur existence. Nous avons également une idée des territoires occupés… Les données récoltées seront analysées plus finement dans les prochaines années. Pour en revenir à notre aiglon, après la prise des mesures, la pose du matériel, Nicolas, pour le remercier de sa collaboration, un chouia forcé, lui a fait une offrande d’un lapin mort sur la route.
Enfin, pour en finir avec les études scientifiques, vendredi 10 juillet, Nicolas Renous bagueur (encore lui) et Thibaut Lacombe, aide bagueur, avec l’aide de Laurie Garcin, garde du parc, Anne-Julie Parsy et Charline Felices agents d’accueil du PNRV ont réalisé la dernière cession de baguage du STOC –capture de Combeau. STOC : vous connaissez (voir plus haut) capture c’est plus violent : on attrape les oiseaux avec des filets (14), les bagueurs les démaillent (retirent du filet), mesurent, pèsent notent différentes indications, mettent une bague muséum national d’histoires naturelles (MNHN) et les relâchent aussitôt. Les oiseaux pris et déjà bagués sont contrôlés, notés et relâchés. Si, si, ils sont tous relâchés contrairement à certaine autre catégorie d’humains qui les transforment en fricassées et brochettes… C’est d’un goût douteux, pour le moins, autorisé en France,
condamné par l’Europe…
Prochainement, je vais me lancer dans le dénombrement des hirondelles de Die, opération que j’effectue depuis des années et qui recense les occupations des nids d’hirondelles de fenêtres. En plus de connaître l’évolution de la reproduction des hirondelles sur la commune c’est un bon moyen de discuter avec les passants et de leur parler de la biodiversité « ordinaire ».
Voilà en attendant le comptage des vautours aux dortoirs en août, on peut toujours balader, observer, admirer en toute discrétion (sans bruit ? Un challenge bien difficile pour une espèce braillarde… l’homme).
En tous cas soyez prudents j’ai récupéré une chouette hulotte avec l’aile cassée à cause d’un choc avec une voiture. Le nombre d’animaux écrasés, blessés par la circulation routière, est important. Il est vrai que la plupart du temps la collision est inévitable mais en étant un peu plus attentif et en roulant un peu moins vite il est possible de limiter ces accidents. La hulotte est maintenant dans le centre de soin de Lyon qui a pu ré ouvrir (pour l’instant) après une fermeture pour cause financière. Le relais crestois, lui, est définitivement fermé.
En dernière minute j’ai joins un martinet à la chouette ; il était tombé du nid, ce qui arrive très souvent en cette période. Celui-ci sera sauvé je pense car il avait beaucoup de plumes et peu de duvet.
Dans notre mare les sonneurs à ventre jaune se sont reproduits et notre dizaine de têtards grossissent vite, ils ont déjà mis leurs pattes arrières et dégustent tout ce qu’ils trouvent autour d’eux.
Longue vie à nos crapauds aux doux chants flutés.
J’ai le grand plaisir de vous faire part de la « naissance » de plusieurs mares à Die, augmentant ainsi un accueil intéressant de biodiversité aquatique. Merci aux initiateurs de ces belles réalisations.
Voilà ma chronique s’achève si vous voulez avoir plus de renseignements sur ces « opérations » nature je suis prêt à vous répondre dans la mesure de mes moyens.
Bien naturalistement votre.
Gilbert DAVID
Naturaliste contemplatif
Vice-président LPO Drôme-Ardèche
gilbert.david@lpo.fr