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Discours complotistes sur le Covid-19: entre paranoïa  et confusion Vidéos] Milan : manifestations violentes de l'extrême gauche à l ...

Les discours, surtout sur Internet, conspirationnistes, confusionnistes, complotistes et négationnistes touchent jusqu’à 14 % des habitantes et habitants ( En France). Ces théories fantaisistes inspirées par l’Extrême Droite et repris maintenant par l’Extrême Gauche et Antifa jouent sur les peurs et les pertes de sens. L’Extrême Droite est elle en train de gagner la bataille des idées ? (1/20). MCD

Des théories fantaisistes ont fleuri depuis le début de la pandémie. Le phénomène n’est pas nouveau et ressurgit très souvent en période de crise.

Ces fabulations ne consistent pas toutes à diaboliser telle ou telle cible. | Nicolas Nova via Flickr
Ces fabulations ne consistent pas toutes à diaboliser telle ou telle cible.

Depuis le début de la pandémie, les discours complotistes concernant le Covid-19 se sont répandus sur les réseaux sociaux presque aussi vite que le virus. Je juge cette expression préférable à celle de «théories du complot», car ce dont il est ici question se rapporte moins à des théories vérifiables (au sens scientifique du terme) qu’à des fictions, produits de l’imagination ne correspondant que partiellement à une réalité socio-historique.

On a vu émerger deux constantes parmi un vaste ensemble de discours complotistes. La première a trait à l’émergence du nouveau coronavirus, qui aurait été créé par la Chine, les États-Unis, les industries pharmaceutiques ou encore la France, pour ne citer que quelques exemples parmi ceux diffusés dès le début de la crise sanitaire.

La seconde catégorie de discours concerne le traitement de la maladie, que certain·es dirigeant·es politiques et/ou détenteurs d’un pouvoir économique auraient intérêt à empêcher, à freiner et/ou à contrôler. En France, les fabulations complotistes se sont ainsi multipliées autour du débat sur l’efficacité de la chloroquine dans le traitement des personnes atteintes du coronavirus.

À chaque fois, il s’agit de révéler un dessein secret concerté entre plusieurs individus, ciblant toute une société ou une population, et s’inscrivant dans une volonté de domination. En l’occurrence, les complots dont il est question ont une portée nationale (dominer la population de tel ou tel État) ou, le plus souvent, transnationale (étendre et/ou assurer une domination à l’échelle internationale).

Ce phénomène n’est pas nouveau: depuis plus de deux siècles, il ressurgit massivement à chaque période de crise sociopolitique. L’envisager dans sa profondeur historique invite à ne pas rejeter d’emblée ces discours dans leur totalité, mais plutôt à tracer une ligne de partage entre ce qui relève de la diabolisation d’une part et d’une pensée critique fantaisiste d’autre part. Les études littéraires offrent ici d’utiles ressources.

Le tournant de la Révolution française

D’un point de vue historique, les phases de prolifération des discours complotistes correspondent à des périodes de crises sociopolitiques. Les discours complotistes contemporains ont ainsi émergé dans l’Europe post-révolutionnaire. La Révolution française apparaît alors comme un événement tellement énorme que des fabulations elles-mêmes énormes vont tenter de l’expliquer en l’attribuant à un complot international.Illuminati 666 - Mes origines - Wattpad

Les écrits du jésuite français Augustin Barruel ou de l’essayiste écossais John Robison sont à ce titre emblématiques: ces deux penseurs contre-révolutionnaires accusent tous deux les Illuminés de Bavière, société secrète allemande de libres penseurs dissoute en 1785, d’avoir noyauté et influencé les loges maçonniques françaises en les incitant à comploter contre la monarchie.

Les phases de prolifération des discours complotistes correspondent à des périodes de crises sociopolitiques.

Cet imaginaire du méga-complot ressurgit ensuite massivement au tournant du XXe siècle, où il va s’articuler à une dimension antisémite, en lien avec la fixation d’un imaginaire raciologique dans l’ensemble de l’Europe. Au cours du XIXe siècle, la «race» est en effet devenue un instrument de classification, qui mènera, comme on le sait, au développement d’une pluralité d’idéologies racistes.

Dans ce contexte, deux éléments caractéristiques du discours antisémite facilitent sa superposition avec l’imaginaire post-révolutionnaire complotiste mêlant Illuminés et francs-maçons: l’association des personnes de confession juive à l’appât du gain (et donc du pouvoir) ainsi qu’au cosmopolitisme, en pleine période d’affirmation des États-nations.

Réactivation des grands discours complotistes

Nul hasard que les figures d’individus comploteurs, qui se multiplient dans les discours et la fiction, fassent alors se rencontrer les imaginaires du «complot maçonnique» et du «complot juif» international. On retrouve cette association dans le faux plan de conquête du monde Les Protocoles des Sages de Sion rédigé en russe à Paris au tout début du XXᵉ siècle.

L’entre-deux-guerres, et les périodes suivantes, prolongeront et accentueront cette dynamique de superposition en associant le franc-maçon, les juifs et les juives au communiste, puis à partir de la guerre froide à l’extra-terrestre, à l’islam ou encore aux élites mondiales.

Si l’essor d’internet a ouvert une nouvelle «ère du complotisme», celle-ci est également une phase de réactivation de la plupart des grands discours de ce genre qui l’ont précédée.

C’est ce que montrent de manière exemplaire les discours complotistes autour du Covid-19, dont la portée antisémite a fait l’objet d’une plainte du bureau national de vigilance contre l’antisémitisme le 24 mars 2020. Des messages de haine contre des personnalités identifiées comme juives par des internautes ont en effet été diffusés.

Or, on relève au sein de cet ensemble complotiste des superpositions et associations caractéristiques des périodes de crises précédentes: outre les personnes juives, on note que les francs-maçons, les élites économiques et politiques, les organisations internationales –l’Organisation mondiale de la santé par exemple– sont régulièrement convoqués et reliés les uns aux autres pour produire le récit d’une domination tentaculaire et masquée.

Il s’agit là d’une manifestation exacerbée de ce qui constitue l’essence même de la fiction: le déploiement d’une cohérence imaginaire, rassemblant des références éparpillées à une réalité sociopolitique. Ce processus concerne l’ensemble des réthoriques complotistes, qui ne s’inscrivent cependant pas tous dans une même accusation insensée.

Fiction diabolisante vs fiction critique

S’il est essentiel de combattre les attaques construisant des figures de boucs émissaires, il ne faut pas pour autant tomber dans le piège du rejet méprisant de tout discours complotiste. Il n’est pas seulement «l’opium des imbéciles»: dans certaines conditions, il peut rendre compte d’une pensée critique visant notamment les pouvoirs et institutions en place.

Encore faut-il avoir les bons outils pour distinguer ce qui relève de la controverse et ce qui se réduit à la stigmatisation nauséabonde et infondée de certaines catégories de population. Pour ce faire, les études littéraires renferment des ressources intéressantes.

Les discours complotistes ne sont pas seulement «l’opium des imbéciles».

Un premier appui nous est fourni par la sociocritique, qui consiste à analyser l’articulation des formes d’écriture et des représentations sociales. Dans ses travaux consacrés à la représentation des la population juive au tournant du XXᵉ siècle, Marc Angenot a montré comment se constituait l’imaginaire antisémite du méga-complot: outre la présence effrayante et méprisante de certains traits physiques et psychologiques attribués aux juifs et aux juives, il note la récurrence d’une vision délétère de l’évolution de la société.

C’est l’expression conjuguée d’une frayeur, d’un mépris, d’un pessimisme et d’une tendance aux explications et jugements univoques qui définit une fiction complotiste diabolisante, dont les exemples antisémites actuels offrent une illustration.

Une deuxième piste serait d’appliquer la distinction entre roman à thèse et engagement littéraire aux discours complotistes auxquels nous sommes confrontés. On peut en effet considérer que le roman à thèse, dont la visée principale est la défense d’une doctrine, constitue un sous-ensemble de l’engagement littéraire.

L’engagement littéraire consiste lui, plus largement, en la dénonciation d’un inacceptable, dans une perspective plus ou moins constructive. Tout comme l’engagement littéraire ne se limite pas à la défense d’une doctrine, les discours complotistes ne consistent pas tous à diaboliser telle ou telle cible.

Teneur critique des fabulationsAmazon.fr - Hitler, les "protocoles des sages de Sion" et "Mein ...

Certains intègrent par ailleurs des procédés rhétoriques et stylistiques rappelant ceux d’une écriture fictionnelle engagée –comme l’est la célèbre œuvre dystopique de Margaret Atwood, La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale, 1985). Ce roman, exemple typique de fiction engagée, développe une critique féministe et écologiste, à travers la description d’une théocratie totalitaire asservissant les femmes.

Il y a quelques mois, le site Opinion internationale résumait avec ironie la teneur de quelques prétendus complots liés à la pandémie, avant de procéder à un utile rappel des faits: la visée principale de l’article, railler les dérives du complotisme, est sans ambiguïté.

Certains intègrent des procédés littéraires rappelant ceux d’une écriture fictionnelle engagée.

Il n’empêche que les fabulations exposées possèdent aussi une teneur critique. De fait, la lecture complotiste de l’absence de confinement systématique aux États-Unis, ou de dépistage massif en France au début de l’épidémie, révèle que ces choix gouvernementaux interrogent certains citoyen·es car ils s’avèrent extrêmement problématiques.

L’énormité de la fabulation complotiste signale en l’occurrence la gravité des problèmes énumérés, sans pour autant se conjuguer à un processus de diabolisation.

Chloé Chaudet

Trump et ses proches diffusent des théories du complot sur le coronavirus
Selon le président et ses alliés, les démocrates et les médias font exprès d’exagérer la menace du Covid-19 pour nuire au président américain.
Trump montre un document sur les pays les mieux préparés au coronavirus, à Washington le 26 février 2020. Eric BARADAT / AFP
Trump montre un document sur les pays les mieux préparés au coronavirus, à Washington le 26 février 2020. 

Le 27 février, une lanceuse d’alerte du ministère de la santé américain a révélé que le personnel médical qui a pris en charge les Américains évacués du Wuhan n’avait pas reçu d’équipement de protection adéquat ni de formation sur le contrôle des infections.

Face aux critiques de la gestion de cette crise, le président Donald Trump se veut rassurant: «Je pense que la situation va bien se passer. Il y a beaucoup de talent, beaucoup d’intelligence sur cette question.»

Et il ne supporte pas que les médias diffusent des informations sur la progression de l’épidémie, qui a fait plus de 2800 morts en Chine et une soixantaine dans le reste du monde. Le mercredi 26 février, il a tweeté que les médias «faisaient tout leur possible pour donner une mauvaise image du Caronavirus (sic) et faire paniquer les marchés.»

Sur la chaîne Fox News, plusieurs journalistes et invités ont aussi choisi de politiser la situation. Très remonté, l’ancien gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee s’est lancé dans une tirade épique:

Trump «pourrait personnellement aspirer le virus de soixante mille personnes, le retirer de leurs poumons puis nager au fond de l’océan pour le recracher…il serait juste accusé de polluer la mer.»

De son côté, Pete Hegseth, un autre républicain régulièrement invité chez Fox, a expliqué que les démocrates et les médias voulaient que le virus se répande: «Ils veulent que ça s’empire, ils veulent des cas mystères, des villes en quarantaine, ils veulent une crise nationale pour une seule raison.» Le but est selon lui de tenter de faire perdre Trump en novembre 2020 et au moins deux autres journalistes vedettes de Fox ont dit la même chose.

Même le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mick Mulvaney, a tenu des propos similaires. Lors d’une conférence à Washington, il a dit: «La raison pour laquelle [le coronavirus] est tant médiatisé, c’est parce qu’ils pensent que c’est ce qui va faire tomber le président. Voilà de quoi il s’agit.»

Claire Levenson

Que répondre à quelqu’un qui vous envoie une vidéo complotiste sur le Covid-19?
Le génome du SRAS-CoV-2 ne contient aucune trace de manipulation humaine | illustration créée sur imgflip
Le génome du SRAS-CoV-2 ne contient aucune trace de manipulation humaine

Le magazine The Atlantic offre un petit guide des bonnes pratiques pour répondre aux personnes qui propagent des vidéos contenant de fausses informations sur la pandémie mondiale de Covid-19.

L’anxiété et le stress provoqués par la situation actuelle rendent le climat propice à la diffusion de fausses informations. Un documentaire en particulier, Plandemic, circule de manière croissante dans les pays anglo-saxons, alors même qu’il est truffé de fausses informations. La biologiste Judy Mikovits y affirme que le port du masque rendrait malade, que le coronavirus proviendrait d’un laboratoire, que les vaccins seraient dangereux, qu’elle serait la victime d’un complot, etc.Attaques à Paris: «Le conspirationnisme est devenu un phénomène de ...

Pour produire ce guide, le journaliste Joe Pinsker a interrogé des experts en pensées conspirationnistes, en psychologie et en communication.

À toutes fins utiles ( photo Dieudonné et Alain Soral,  type du confusionnisme ambiant au nom d’une pseudo liberté)
  • De manière générale: évitez d’être péremptoir, d’adopter un ton agressif ou insultant et ne vous attardez pas sur un détail en particulier de la vidéo ou de l’article partagé.
  • Il est aussi important de ne pas répondre d’une manière qui laisse entendre que la personne est ignorante. Selon le psychologue Joshua Coleman, mieux vaut privilégier des accroches du type: «J’ai vu beaucoup de personnes parler de cela. Je suis d’accord, qu’en ce moment, avec toutes les informations qui circulent, il est compliqué de savoir qui croire
  • Ensuite, il ne faut pas hésiter à proposer à cette personne de lui envoyer une alternative, un article, une vidéo qui montre les incohérences de la publication originelle. Ainsi vous montrez un esprit ouvert tout en encourageant la personne à faire de même.
  • Si vous choisissez d’envoyer des articles ou vidéos à cette personne, mieux vaut s’assurer qu’elles proviennent de sources fiables, mais aussi idéalement que la personne est familière de ces sources.
  • Il est judicieux de lui rappeler qu’en des temps incertains, «des gens vont toujours essayer d’exploiter les peurs des autres», estime John Baas, professeur en communication.
  • En cas de désaccord trop profond, il est nécessaire de savoir abandonner pour se préserver.
  • Il peut être utile d’agir de manière préventive en vous assurant lors de votre prochaine discussion avec vos proches qu’ils sont au courant de la non-fiabilité de certaines sources.

S.L.

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