Réforme de la politique migratoire : Bruxelles prône les retours vers les pays d’origine
Durcissement sur les renvois des migrants irréguliers, contrôles accrus aux frontières extérieures… La Commission européenne a dévoilé, mercredi 23 septembre 2020, son « nouveau Pacte sur la migration et l’asile ».

Comme l’a résumé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mercredi 23 septembre 2020, le nouveau Pacte sur l’asile et la migration promeut un équilibre juste et raisonnable
entre responsabilité et solidarité
au sein des Vingt-Sept, qui ont enregistré 1,28 million de demandes d’asile en 2015 contre 676 000 l’an dernier.
Solidarité entre les pays de l’Union
Ainsi, ce pacte serait raisonnable parce qu’il propose de mettre à l’abri des poursuites judiciaires les ONG qui sauvent des migrants en mer et qu’il révise le principe consistant à confier uniquement au premier pays d’entrée d’un migrant dans l’Union européenne la responsabilité de traiter sa demande d’asile.
Désormais, le pays responsable de la demande pourra aussi être celui dans lequel un migrant a un proche, dans lequel il a fait ses études ou celui qui lui a délivré un visa.
Raisonnable aussi, selon Ursula von der Leyden, parce qu’il rend obligatoire la solidarité de tous les pays de l’UE avec les pays de première arrivée de migrants, comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou Malte, lorsque ces derniers sont sous pression. Mais cette aide aux migrants peut surtout se traduire par une « aide au retour » vers leur pays d’origine.
« Lâcheté et xénophobie »
Qu’on ne s’y trompe pas : à défaut d’accueil, ce sont effectivement les retours qui sont privilégiés, comme l’a bien dit la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. Nous devons nous concentrer davantage sur les retours. […] Il y a dans notre paquet aujourd’hui nombre d’initiatives pour atteindre une efficacité accrue dans les retours. […] Un point crucial est bien entendu d’avoir de bons accords de réadmission dans les pays tiers, et c’est ce qui sera une priorité
, a insisté la commissaire. Actuellement, seul un tiers des migrants déboutés quitte effectivement l’UE.
Quant aux pays de l’UE qui ne veulent pas prendre des demandeurs d’asile en cas d’afflux (on pense bien sûr au groupe de Visegrad : la Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), ils devront contribuer au renvoi des déboutés du droit d’asile depuis le pays européen où ils sont arrivés vers leur État d’origine.
Les critiques n’ont pas tardé : la Commission rapièce un ensemble sans véritable patron, sans structure
, estime le spécialiste des questions migratoires Yves Pascouau.
C’est un compromis entre la lâcheté et la xénophobie
, fustige le chercheur belge François Gemenne, dénonçant la même logique d’Europe forteresse
, tandis que l’ONG Oxfam accuse la Commission de s’incliner devant les gouvernements anti-immigration
.
LDH-Diois