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Comment en est-on arrivé là ? Retour sur l’histoire du Covid-19. ­
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­ Crédit : Chesnot / Getty Images ­
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­ ­ 30 décembre 2019 

Le lundi 30 décembre, en regardant ses mails, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, trouve un avis indiquant qu’une dizaine de patients ont été hospitalisés pour des pneumonies « dites atypiques, peut-être virales » dans la ville de Wuhan, en Chine.

 11 janvier 2020 
 
En Chine, officiellement, 41 personnes souffrent d’une forme provisoirement déterminée de coronavirus. Deux personnes ont déjà quitté l’hôpital, sept sont en état critique, l’une est décédée.
 
 23 janvier 2020 
 
La ville de Wuhan est confinée, ses habitants sont isolés.
  
 24 janvier 2020 
 
La France connaît ses trois premiers cas de contagion confirmés. Il s’agit d’un Français d’origine chinoise et de deux touristes chinois ayant séjourné à Wuhan.
 
 11 février 2020 
 
Le nouveau coronavirus est renommé « Covid-19 ». L’OMS indique que
« Co » renvoie à « corona », « vi » à « virus » et « d » à « disease »,
« maladie » en anglais. Le « 19 » renvoie à 2019, année d’apparition du virus.
 
 15 février 2020 
 
C’est le premier décès en Europe : un touriste chinois de 80 ans décède des suites du Covid-19.
 
 26 février 2020 
 
Cinq nouveaux cas sont confirmés en France. Un homme de 60 ans meurt dans l’Oise. C’est le premier décès d’un patient de nationalité française.

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­ « En France, nous avons une épidémie à extension nationale et à aggravation rapide » ­
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­  16 mars 2020 
 
Emmanuel Macron annonce le confinement du pays à compter du lendemain. « Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue ne sera plus possible. Il s’agit de limiter au maximum ses contacts au-delà du foyer », annonce-t-il lors d’une allocution officielle.
  
 24 mars 2020 
 
« En France, nous avons une épidémie à extension nationale et à aggravation rapide », déclare Jérôme Salomon, directeur général de la Santé. Ce jour-là, le pays compte 10 176 personnes hospitalisées à cause du Covid-19 et 1100 décès observés en milieu hospitalier. 85 % de ces décès surviennent chez des personnes de plus de 70 ans.

Dans une étude française publiée dans le International Journal of Antimicrobial Agents, Yves Cohen, chef du service de réanimation de l’hôpital Avicenne de Bobigny, partage son analyse de 24 patients atteints de pneumonies dans deux hôpitaux. Une analyse rétrospective à l’aide de tests sérologiques.
 
D’après Yves Cohen, le Covid-19 circulait déjà en France le 27 décembre 2019, date à laquelle un homme de 42 ans est infecté. Mais le virus n’est pas encore connu des autorités de santé. L’homme n’avait jamais voyagé en Chine.
 
 8 avril 2020 
 
La barre des 10 000 morts est franchie en France. On compte plus de 3 200 victimes dans les maisons de retraite.
 
 11 mai 2020 
 
Date de sortie du confinement en France.
 
 27 août 2020 
 
Après un été où les consignes se sont relâchées (ouverture des bars et des restaurants, des salles de sport, des cinémas, des théâtres…) Santé publique France évoque une « progression exponentielle de la transmission du virus, plus rapide chez les sujets jeunes adultes ».
  
 24 septembre 2020 
 
Santé publique France constate des « augmentations des passages aux urgences, des nouvelles hospitalisations, des admissions en réanimation et des décès liés au Covid-19 survenus en milieu hospitalier », ainsi qu’une « augmentation exponentielle des admissions en réanimation ».
 
L’organisme alerte sur la situation : selon Santé publique France, il pourrait y avoir une sous-estimation du nombre de cas confirmés en raison d’une « probable saturation des capacités diagnostiques ». Santé publique France émet également l’hypothèse d’une « probable sous-estimation du nombre de clusters ».
  
 14 octobre 2020  

Emmanuel Macron annonce un couvre-feu à partir de 21h et jusqu’à 6h du matin pour l’Île-de-France et les métropoles de Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Étienne, Grenoble et Toulouse. Il est prévu pour une durée minimale de quatre semaines et pourra éventuellement être prolongé.
 
 17 octobre 2020 
 
Jean Castex décrète l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire.
 
 22 octobre 2020 
 
Le couvre-feu est étendu à 38 départements supplémentaires. Au total, 54 départements sont concernés, soit 46 millions de Français.
 
 26 octobre 2020 
 
Le professeur Éric Caumes, chef du service infectiologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, annonce au micro de franceinfo : « Le virus est tellement présent parmi nous que je pense qu’aujourd’hui, on n’a plus le choix, il faudrait reconfiner. »

Le 26 octobre, les derniers chiffres publiés par Santé publique France (qui datent du 25) font état de 1 138 507 cas confirmés, 34 761 décès et 12 176 nouvelles hospitalisations, dont 1 816 en réanimation. 

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Covid-19 : faut-il s’affoler devant les chiffres ?

Des chiffres de contamination en croissance exponentielle, des avalanches de statistiques inquiétantes… Face à l’épidémie de Covid-19, 69 % des Français se disent inquiets pour eux-mêmes ou pour leur famille selon un sondage Ifop réalisé début octobre. Mais avons-nous réellement une bonne capacité à évaluer le risque ? Comment prendre du recul et jongler avec l’incertitude ?

[EN VIDÉO] « Les super-propagateurs », qui sont-ils et comment influencent-ils la diffusion du coronavirus ?  Le coronavirus continue de se propager et l’apparition successive de clusters localisés fait craindre un retour du virus à une plus grande échelle… Les « super-contaminateurs » sont-ils à l’origine de cette pandémie ?

La « météo » de la Covid, qui nous assène tous les soirs une batterie d’indicateurs et de cartes peintes en rouge, a de quoi nous plonger dans l’angoisse. Le nombre de cas de Covid-19 a dépassé le million en France, et le cumul de décès dépasse les 35.000. Dans tous les pays, les gouvernements se trouvent face à un dilemme entre deux risques : reconfiner pour éviter un engorgement des hôpitaux, ou laisser la vie continuer afin d’éviter un désastre économique. Les Français, eux, doivent faire face à une incertitude de plus en plus profonde. « Nous sommes habitués à gérer les risques quotidiens mais pas les nouveaux risques comme cette épidémie », explique Allison Schrager, économiste au Manhattan Institute de New York. Ce qui peut amener le cerveau à brouiller les pensées rationnelles. Le chercheur Gerd Gigerenzer, de l’université de Potsdam en Allemagne, appelle ces menaces à fort impact émotionnel des risques terrifiants « même s’ils causent moins de morts que les risques avec lesquels nous vivons quotidiennement, les risques terrifiants attirent l’attention des médias, alimentent notre anxiété et nous font craindre certaines choses de manière excessive », explique le spécialiste dans le New Scientist.

La courbe des hospitalisations et réanimations en France de mars à octobre. © Statista

La courbe des hospitalisations et réanimations en France de mars à octobre.

La perception du risque : une notion très subjective

Après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreuses personnes ont été tellement effrayées à l’idée de prendre l’avion qu’elles ont préféré se tourner vers la voiture, une option pourtant beaucoup plus risquée statistiquement : il est 72 fois plus probable de mourir d’un accident de la route que dans un crash d’avion par kilomètre parcouru et passager. De même, par crainte d’être infecté par le coronavirus, de nombreuses personnes ont évité de se rendre à l’hôpital… et sont décédées d’une crise cardiaque. Selon l’Inserm, le nombre d’arrêts cardiaques a ainsi doublé en région parisienne durant le confinement. Dans la même idée, certaines études ont montré que la pilule contraceptive pouvait légèrement augmenter le taux d’incidence du cancer du sein, ce qui a amené certaines femmes à arrêter leur contraception, qui ont par la suite dû subir un avortement… bien plus dangereux. Selon une étude de The Lancet menée dans 172 pays, l’utilisation de la contraception, tous types confondus, a pourtant permis d’éviter 272.040 décès maternels en 2008, dans ces pays.

Quand le risque est inédit, nous avons tendance à surestimer les faibles probabilités

Ainsi, bien que, chaque année en France, la grippe saisonnière fasse près de 8.000 morts, les populations les plus à risque refusent en majorité de se faire vacciner, déplore le sociologue Bertrand Vidal dans une tribune du Monde. « En revanche, nous ne supportons pas l’angoisse de l’inédit, de ce que nous ne connaissons pas […] Quand le risque est inédit, nous avons tendance à surestimer les faibles probabilités. Autrement dit, nous nous représentons nos chances de contracter la maladie de façon excessive et déraisonnable ».

Les personnes âgées vont-elles mourir de la Covid ?

Ainsi, l’une des statistiques effrayantes sur la Covid-19 est le taux de mortalité par âge. Selon l’Imperial College de Londres, vous avez 0,03 % de chance de mourir du coronavirus en cas d’infection si vous êtes âgé de 20 à 30 ans, 2,2 % de chance si vous avez entre 60 et 70 ans et 9,3 % de chance au-delà de 80 ans. Autrement dit, la probabilité de décéder du coronavirus est 300 fois supérieure chez les personnes âgées que chez les jeunes. Dit comme ça, on pourrait penser en effet qu’il faut absolument isoler les personnes âgées qui ont un très grand risque de décéder de la Covid-19. Mais encore une fois, remettons ce chiffre dans le contexte. Au cours de sa vie, une personne a aussi une chance sur six de mourir d’un accident cardio-vasculaire, risque qui augmente bien sûr avec l’âge. De plus, il s’agit là de la probabilité de mourir lorsqu’on est infecté. Or, il faut aussi prendre en considération le risque de décéder tout court, qui double tous les 8 à 9 ans à partir de 20 ans.

L’inquiétude des Français face à l’épidémie de Covid-19 suit les courbes du nombre de cas. © Ifop

L’inquiétude des Français face à l’épidémie de Covid-19 suit les courbes du nombre de cas. © Ifop 

Dans une pandémie, le risque individuel est faible mais le risque collectif et élevé

La mauvaise perception du risque provient en grande partie du fait que la maladie est infectieuse, alors qu’un accident de la route ne l’est pas. « Dans une pandémie, le risque individuel est faible mais le risque collectif et élevé », résume Nassim Nicholas Taleb, spécialiste du management du risque à l’université de New York. Le caractère imprévisible est aussi particulièrement anxiogène. Les nombreux modèles épidémiologiques ont tous montré leurs limites dans leurs prévisions. En mars, l’épidémiologiste de Harvard Marc Lipsitch avait affirmé que l’épidémie n’était pas endiguable et que « dans l’année, 40 à 70 % de l’humanité sera infectée ». Fin 2020, l’OMS estime qu’au maximum 10 % de la population a été touchée. Une étude de l’Imperial College de Londres publiée dans Nature explique que les mesures de confinement ou de restriction en Europe auraient permis d’éviter 3,1 millions de morts. Mais personne ne sait réellement évaluer ce qui se serait passé en l’absence de ces mesures.

Le facteur chance

Lorsqu’on demande à Günter Fröschl, docteur en médecine tropicale à l’université de Munich, pourquoi l’Allemagne s’en est mieux sortie que l’Italie durant la crise de Covid-19, il explique que cela tient essentiellement à une chose sur laquelle les deux pays n’ont aucun contrôle : la chance. « Le fait que le premier patient de Covid se soit manifesté très tôt a permis aux responsables de la santé publique d’identifier, de retracer et d’isoler immédiatement d’autres cas », relate notamment l’expert. Si ce dernier était resté indétecté, il est probable que l’épidémie se serait propagée en Allemagne silencieusement pendant plusieurs semaines, comme ce fut le cas en Italie ou en France.

Face à tant d’incertitudes, on se rassure alors comme on peut : porter un masque, respecter la distanciation sociale, éviter les rassemblements, et tout ira bien. Peut-être.

Céline Deluzarche, Journaliste

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