Nicola Sturgeon : « Le changement climatique est une menace mondiale qui exige une action mondiale »
La première ministre écossaise, qui doit accueillir la COP26 à Glasgow en novembre 2021, réaffirme dans une tribune au « Monde » ses engagements en matière de neutralité carbone et en faveur d’une transition juste et inclusive que la crise sanitaire ne doit pas obérer.
Il y a près de cinq ans, en décembre 2015, le monde s’est réuni au Bourget et a conclu l’Accord de Paris sur le climat, qui fait date, en s’engageant à prendre des mesures plus ambitieuses pour enrayer la hausse mondiale des températures.
En tant que fervente partisane de la coopération internationale, l’Ecosse a clairement exprimé son engagement envers cet accord par le biais d’une loi ambitieuse sur le climat adoptée en 2019. Elle s’est notamment fixé comme objectif principal de parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2045, ainsi qu’un objectif intermédiaire de réduction des émissions de 75 % d’ici à 2030.
Cette loi consacre également notre engagement en faveur d’une « transition juste » dans laquelle le bien-être, le travail équitable et la justice sociale sont prioritaires, et où personne n’est laissé pour compte. Tout cela nécessitera un changement économique et social profond, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement et l’efficacité énergétique, ainsi que nos modes de vie, de déplacement et de transport des marchandises.
Réponse universelle
Nos objectifs sont ambitieux et leur réalisation a toujours été un défi ; mais alors que le monde se bat contre le Covid-19, ce défi est plus difficile encore à relever. Nous sommes mis à l’épreuve à un niveau que je n’ai jamais connu. Mais si la protection des vies et des moyens de subsistance contre la pandémie continue à être, à juste titre, notre priorité, nous ne pouvons pas perdre de vue une autre crise à laquelle notre monde est confronté : l’urgence climatique.
Le changement climatique est une menace mondiale qui exige une action mondiale. Alors que nous célébrons le 75e anniversaire des Nations unies, il est crucial que nous nous engagions de nouveau à travailler ensemble pour y faire face. La réponse au Covid-19 a été universelle, il faut que celle ayant pour objectif la neutralité carbone le soit aussi.
Le gouvernement écossais agit en faveur d’une relance verte. Nous saisissons les opportunités potentielles de notre transition vers la neutralité carbone, y compris dans les emplois verts et la croissance d’une économie du bien-être ; c’est une approche fondamentale pour la prospérité future de notre peuple et de notre planète. Et nous prenons déjà des mesures pour soutenir la relance verte de l’Ecosse : nous avons récemment annoncé des plans novateurs visant à transformer le chauffage et l’efficacité énergétique des bâtiments, ce qui permettra de créer des emplois, de réduire les émissions et de supprimer la mauvaise efficience énergétique, qui est un facteur de précarité.
Sauvegarder le monde naturel
Parallèlement, nous augmentons nos investissements dans l’hydrogène, un domaine dans lequel la France partage notre ambition, comme le prouve le récent lancement de sa stratégie en la matière [dans le cadre du plan de relance, une enveloppe de 2 milliards d’euros est prévue pour des investissements liés à cette énergie]. L’Ecosse, qui abrite un quart des ressources éoliennes offshore européennes, a le potentiel nécessaire pour produire de l’hydrogène vert à grande échelle dans le futur.
A cet égard et à bien d’autres, l’environnement naturel est l’un de nos plus grands atouts et nous devons faire tout notre possible pour le protéger. Grâce à la déclaration d’Edimbourg [sur le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020] publiée le 31 août, le gouvernement écossais, ainsi que les gouvernements infranationaux, les villes et les autorités locales du monde entier, prennent des mesures pour sauvegarder le monde naturel et sa riche biodiversité.
« Comme celle de Paris en 2015, je veux que la COP de Glasgow en 2021 marque une étape importante dans la transition du monde vers un avenir décarbonisé »
Tout comme l’Ecosse s’est engagée dans la coopération internationale, nous nous engageons en faveur de l’équité et de l’inclusion, car il faut que les avantages de la décarbonisation soient partagés et la voix de chacun entendue. Pour cela, à l’instar de la convention citoyenne sur le climat en France, l’Ecosse a mis en place une assemblée citoyenne indépendante sur le changement climatique. Partager des idées et s’écouter les uns les autres signifie que, si le chemin vers la neutralité carbone est difficile, il s’agira d’une route que nous parcourrons ensemble.
L’Ecosse sera par ailleurs officiellement, jeudi 24 septembre, coprésidente européenne de l’initiative « Under 2 » pour les deux prochaines années. Ce sera l’occasion de poursuivre et de développer le programme de relance verte avec nos partenaires au sein de la coalition, un groupe de plus de 220 gouvernements, représentant plus de 1,3 milliard de personnes et 43 % de l’économie mondiale.
Face à la pandémie, nous avons plus que jamais besoin d’un leadership national et régional. Et en tant que représentant européen, l’Ecosse s’efforcera de faire entendre toutes les voix. C’est un honneur d’être invité à occuper le poste de coprésident européen et nous sommes déterminés à placer l’inclusion au cœur du travail de la coalition.
Réimaginer le monde qui nous entoure
Les vingt-quatre prochains mois seront cruciaux pour l’action en faveur du climat : cinq ans après l’accord de Paris, nous nous tournons vers novembre 2021, date à laquelle la COP26 aura lieu dans ma ville natale. Comme celle de Paris en 2015, je veux que la COP de Glasgow marque une étape importante dans la transition du monde vers un avenir décarbonisé. Mais pour cela, nous devons tous travailler ensemble.
Si le Covid-19 implique que notre point de départ pour répondre à l’urgence climatique peut avoir changé, nos ambitions doivent demeurer immuables. En effet, nous ne pouvons pas attendre que la tempête passe, mais devons plutôt profiter de cette période pour réimaginer le monde qui nous entoure, et commencer à construire une société et une économie plus vertes et plus équitables.
Comme beaucoup l’ont dit, lorsque le kaléidoscope de nos vies est ébranlé, comme cela a été le cas avec le Covid-19, nous avons la possibilité de recoller les morceaux autrement. Grâce au rôle de l’Ecosse dans la coalition « Under 2 », à la coopération bilatérale en cours et à la préparation de la COP26 à Glasgow, je me réjouis de travailler avec la France pour saisir cette occasion et construire un avenir meilleur.
Nicola Sturgeon, première ministre de l’Écosse. (Photo )