La direction des maisons de naissance est confiée aux sages-femmes
Plusieurs amendements, adoptés par les députés en séance publique, permettent d’encadrer le dispositif des maisons de naissance qui seront portées par un collectif de sages-femmes. La direction leur sera confiée.
Un autre vient retirer la possibilité pour une seule sage-femme d’ouvrir une maison de naissance. L’amendement précise en effet la forme juridique des maisons de naissance. Il semble préférable, indique le rapporteur Thomas Mesnier (LREM, Charente), que « de maintenir le portage de ces maisons de naissance par un collectif de sages-femmes associées dans ce but« . Par ailleurs, un autre texte précise que la direction médicale de ces maisons de naissance est confiée aux sages-femmes.
Les députés ont aussi adopté une mesure pour assouplir le critère de contiguïté des maisons de naissance avec l’établissement partenaire en le remplaçant par le terme « proximité« . Un assouplissement qui a été proposé par le Conseil national de l’ordre des sages-femmes (Cnosf). Le Gouvernement a souhaité quant à lui ajouter le terme « immédiate » à « proximité« .
Pour rappel, le modèle des maisons de naissance a été récemment validé par le Gouvernement. Toutefois, des évaluations restaient à effectuer sur les risques mais aussi médico-économiques. Le PLFSS fait donc désormais entrer le dispositif dans la durée.
« Aux Pays-Bas, accoucher à domicile n’est pas un projet alternatif, c’est juste normal »
Franka Cadée, sage-femme néerlandaise, défend le système périnatal traditionnel, qui favorise les naissances hors de l’hôpital.
Contrairement à la France, où 99 % des naissances ont lieu à l’hôpital, les Pays-Bas ont préservé la tradition des accouchements à domicile, qui concerne aujourd’hui une femme sur six. Même à l’hôpital, le recours à l’anesthésie péridurale reste marginal (18 %, contre 76 % en France). Franka Cadée, responsable des échanges internationaux à l’Association royale des sages-femmes néerlandaises (KNOV), tente de préserver ce système traditionnel et de le faire reconnaître en Europe.
Vous organisez des stages d’été pour faire découvrir le modèle néerlandais aux sages-femmes étrangères. Que leur enseignez-vous ?
Ces stages ont été créés il y a trois ans, et sont réservés aux professionnels déjà expérimentés, qui passent deux semaines en immersion avec des sages-femmes néerlandaises volontaires. C’est bien qu’elles viennent voir en vrai, car parfois, les gens ont une vision irréaliste, très romantique, de naissance à la lueur des bougies… Mais ici, l’accouchement à domicile n’est pas un projet alternatif, c’est juste normal.
Pourquoi les accouchements à domicile sont-ils encore nombreux aux Pays-Bas ?
En tant que sage-femme, j’ai réalisé plus de 1 500 accouchements à domicile. L’atmosphère est différente, plus calme, tranquille… mais jamais nous ne prenons un risque. La naissance prend tellement de temps, on a toujours le temps de choisir l’hôpital. Il y a d’ailleurs une règle : il faut être sûr de pouvoir être en moins de quarante-cinq minutes dans la salle de naissance d’une maternité. Nous sommes un petit pays, très plat, sans montagne et très bien organisé. Il est très facile de circuler comme on le souhaite, on est toujours près d’un hôpital, sauf dans quelques régions insulaires. Là, à cause de l’éloignement, des maisons de naissance ont été créées, pour être plus proches des maternités.
Mais toutes les femmes ne peuvent pas accoucher à domicile pour des raisons médicales. Je suis inquiète quand je vois des femmes qui veulent une naissance chez elles à tout prix, quitte à se mettre en danger ou à tenter d’accoucher seules, ce qui est insensé. Aux Pays Bas, les hôpitaux sont de bonne qualité, il n’y a pas de raison d’en avoir peur. Mais même les gynécologues obstétriciens sont plus versés dans la physiologie qu’ailleurs et promeuvent un accouchement naturel
En France, la péridurale est devenue la norme pour limiter les douleurs de l’accouchement. N’est-ce pas aussi une demande des femmes néerlandaises ?
Dans notre culture calviniste, c’est accepté : donner la vie fait mal. Mais dans la langue néerlandaise, nous avons deux expressions différentes pour signifier « avoir mal », la douleur normale que l’on peut soulager, et « souffrir ». Lorsque l’on atteint un stade traumatique, alors nous donnons des antidouleurs. Si une femme me dit « je vais mourir », alors que le col commence tout juste à s’ouvrir, et que l’accouchement vient de débuter, je m’inquiète. Si le bébé est prêt à sortir, je me contente de sourire, car c’est le signe normal que le travail touche à sa fin.
(suite sur le monde : https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/22/aux-pays-bas-accoucher-a-domicile-n-est-pas-un-projet-alternatif-c-est-juste-normal_4986309_3224.html)
Franka Cadée, sage-femme néerlandaise, défend le système périnatal traditionnel, qui favorise les naissances hors de l’hôpital.
Accouchement « naturel » : vers plus de maisons de naissance en France ?
Avec le développement de ces maisons, les femmes pourraient choisir le type d’accouchement qui leur convient.
Toutes les futures mamans devraient pouvoir choisir la façon de vivre leur maternité. C’est pourquoi les députés ont voté en faveur du développement des maisons de naissance, des structures autonomes où des sages-femmes réalisent des accouchements physiologiques.
En France, il existe huit maisons de naissance à titre expérimental. Ces lieux, qui sont sous la responsabilité exclusive des sages-femmes, permettent aux femmes de bénéficier d’un accompagnement personnalisé. Lors d’un accouchement naturel, l’intervention médicale est réduite à son strict minimum : la rupture artificielle de la poche des eaux, la pose d’une péridurale ou encore la surveillance continue par monitoring sont donc des gestes évités.
Ainsi, ce type d’accouchement n’est possible que si la grossesse est considérée comme étant sans risque. Le jour J, divers choix s’offrent aux futures mamans : la possibilité de prendre un bain, de faire participer le papa au travail ou encore de se suspendre à des lianes afin de mieux appréhender les contractions.
Ce vendredi 23 octobre, le Parlement a donc donné son feu vert pour développer les maisons de naissance sur le sol national. Actuellement, ces huit structures sont implantées dans six régions et les résultats sont positifs. Le texte voté par les députés prévoit, d’ici 2022, la création de douze nouveaux établissements. Pour plus de sécurité, ces maisons devront être proches d’une maternité partenaire, afin de permettre un transfert rapide en cas de problème durant l’accouchement.
« Une maison de naissance doit forcément être contiguë à une maternité, il n’y a donc aucune concurrence entre elles. Les maisons de naissance réalisent en moyenne 125 accouchements par an, donc cela ne va vraiment pas fragiliser le tissu des maternités. »
Le but n’est donc pas d’inciter les femmes à accoucher dans ces lieux mais plutôt de répondre à une certaine attente. Pour rappel, il existe environ 150 maisons de naissance aux États-Unis, 169 au Royaume-Uni et une centaine en Allemagne.
Une bonne nouvelle pour de nombreuses familles.
Thomas Mesnier