Alexandre a connu la descente aux enfers. « Ça a commencé il y a deux ans et demi. Je suis tombé en dépression. J’avais un travail. Je suis allé en clinique pour me faire soigner. Quand j’en suis sorti, j’ai laissé aller plein de choses. »
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D’abord, Alexandre perd le contact avec ses proches. Puis son emploi, un CDI. Et enfin son logement. « Je ne pouvais plus payer mon loyer, je me suis dit que la propriétaire allait me faire un avis d’expulsion, chose normale. J’ai préféré partir avant que les gendarmes, les huissiers arrivent et voient tout ça. »
« Soit je crève sous un pont, soit je m’en sors »
À l’époque, il vit près de Rouen. Il décide alors de s’y rendre, sans aucun plan ni endroit où dormir. « Je me suis dit : « Soit je crève sous un pont, soit je m’en sors. » Je me suis retrouvé à la rue, comme ça. » Alexandre restera sans domicile fixe pendant près d’un an.
Puis il rencontre Franck, qui dirige le projet « Un toit vers
l’emploi ». Ce programme de réinsertion sociale a pour but d’offrir un toit aux personnes à la rue et de les aider à trouver un travail. La spécificité des logements proposés : ce sont des tiny houses, des maisons mobiles et écologiques de moins de 30 m2.
Depuis mars, Alexandre a ainsi emménagé dans sa propre tiny house. Ce logement lui a permis de retrouver de la stabilité et du travail. Aujourd’hui, il est employé dans un Ehpad. « Maintenant, j’aide des gens. Après avoir été à la rue et après avoir été aidé par plein d’associations, plein de personnes, ça fait du bien. C’est gratifiant. »
Mieux encore, il a retrouvé le goût de vivre. « Je vois à nouveau un avenir », se réjouit Alexandre. Toutefois, il reste lucide : personne n’est à l’abri de la rue. « Je n’en ai pas honte, je n’en suis pas fier : je suis passé par la rue. Je ne le souhaite à personne, mais ça peut arriver à plein de monde. »
Pour l’instant, le dispositif « Un toit vers l’emploi » a permis à deux personnes de sortir de la rue en emménageant dans une tiny house. Franck, à l’origine du programme, a travaillé dans l’humanitaire pendant près de 30 ans avant de se lancer dans ce projet.
« Sans toit, on ne peut rien faire »
« J’avais envie d’un engagement local. Très rapidement, j’ai eu envie d’aider les gens en situation de rue. Je me disais que, probablement, la meilleure solution était de leur donner d’abord un toit, puis de les accompagner à la recherche d’emploi, en les aidant aussi à lever tous les freins sociaux qu’ils peuvent avoir. » Il l’affirme : « La clé, c’est le logement. Sans toit, on ne peut rien faire. »
Les habitants de ces tiny houses payent un loyer proportionnel à leurs revenus, plafonné à 20 % de ces revenus. Franck développe :
« Au démarrage, on va avoir des personnes au RSA, donc un revenu moyen de 500 euros, à peu près. Ça veut dire que le loyer de départ va être de 100 euros. Par contre, il y a très peu de consommables, puisque d’un point de vue énergétique, les maisons sont les plus autonomes possible. »
Pourquoi proposer des maisons mobiles ? Pour Franck, cela permet aux personnes souhaitant se réinsérer dans la vie active d’être plus flexibles. « Demain, si quelqu’un trouve des opportunités à 40, 50, 500 kilomètres d’ici, notre engagement, c’est de l’accompagner dans la mobilité et de déplacer sa maison pour lui trouver un terrain d’accueil. »
Désormais, Franck souhaite créer d’autres tiny houses pour héberger davantage de personnes à la rue, mais aussi pour en vendre au grand public. Deux autres maisons sont déjà terminées. Et ce n’est que le début : « À partir de l’année prochaine, ce serait bien de les produire nous-mêmes. Donc on est en train de créer une entreprise de production pour ces maisons. L’objectif, c’est d’en produire 15 en 2021 et d’arriver à une cinquantaine de maisons par an à l’horizon 2023. »
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