« La laïcité de notre République, c'est la fraternité, parce que tous les êtres humains, femmes ou hommes, quelles que soient leurs croyances ou leurs opinions, méritent une égale considération et appellent un même respect. »
À Samuel Paty.pic.twitter.com/E1ubgeZ8MK
— Élysée (@Elysee) November 2, 2020
« Mort, où est ta victoire ? »
Robert Badinter, garde des sceaux de 1981 à 1986, a fait voter l’abolition de la peine de mort en France le 9 octobre 1981.
Nous sommes au Texas, haut lieu de la peine de mort aux Etats-Unis (au 18 septembre, 274 personnes étaient détenues dans les couloirs de la mort au Texas). Que nous disent-elles, ces voix d’hommes emmurés depuis des années, des décennies parfois, dans les cellules du quartier des condamnés à mort, en ce moment ultime où leur vie va basculer, quand le poison létal aura été injecté dans les veines de leur corps lié sur la table d’opération, dans la salle des exécutions du pénitencier ?
Nous avons lu bien des lettres de condamnés à mort. Singulièrement, elles se rejoignent par-delà les temps et les circonstances. On trouve chez tous ces hommes qui vont mourir les mêmes déclarations d’amour à leur compagne et leurs enfants, les mêmes mots de tendresse et de pitié pour leurs parents, et parfois de regret envers les victimes. Souvent, ils accusent le sort qui ne leur a pas été favorable, ou le destin qui les aura précipités dans l’abîme, ou la vie qui ne leur aura « pas donné [leur] chance ».
Foi omniprésente
Là, au Texas, ce sont les mêmes mots simples, dits par des voix dont nous devinons les accents afro-américains ou latinos. Quel message nous adressent-ils, à nous qui continuerons à vivre dans le soleil et les rires des enfants qu’évoque Victor Hugo dans Le Dernier Jour d’un condamné ?
Ces quasi-morts du Texas parlent d’abord des victimes ou s’adressent à leurs familles pour leur dire qu’ils regrettent ce qui est advenu et qu’ils n’ont pas vraiment voulu la mort de l’être aimé qu’ils ont tué. Souvent, ils accusent le sort qui leur est fait et cette « deuxième chance » qu’on leur a refusée en les condamnant à mort. Cette chance-là, ils ne cessent d’en parler, celle qu’ils n’ont pas eue et qu’ils auraient tant voulue, suivant l’expression convenue, pour obtenir enfin le pardon des hommes, la paix de leur conscience et l’absolution de Dieu.
Car ces hommes sont pour la plupart des croyants, noirs ou latinos. On retrouve dans leurs propos les gospels ou les prières de leur enfance. Les Etats-Unis sont terre d’Eglises et la foi y est plus vive, la religion plus vivante qu’en Europe, surtout pour le peuple des déshérités qui hante les prisons et leurs quartiers de morts-vivants. Cette foi omniprésente repousse les ténèbres de cette justice de mort qui les emporte et que ces hommes dénoncent : « Personne ne gagnera ce soir », dit un jeune Noir et surtout pas la justice de cette société impitoyable qui les a condamnés à mourir après les avoir rejetés leur vie durant. « Vous appelez cela une justice égale pour tous, s’écrie un condamné. La vie d’un Mexicain n’y compte pour rien… La seule raison qui m’a fait condamner est que je suis un Mexicain et lui un policier. » Et ce cri final : « J’espère que Dieu sera aussi miséricordieux pour cette société qu’il l’aura été pour moi… »
Dans ces dernières paroles ainsi chuchotées par ceux dont le regard nous fixe, figé sur ces photos d’identité, s’inscrit toute l’injustice humaine. « Mort, où est ta victoire ? », s’écrie le psalmiste. C’est ici-bas, au Texas, celle de la barbarie judiciaire.
Robert Badinter, garde des sceaux de 1981 à 1986, a fait voter l’abolition de la peine de mort en France le 9 octobre 1981.