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« Le pire n’est pas certain », de Catherine et Raphaël Larrère : pourquoi il faut laisser tomber l’« effondrisme »

Sans déni ni naïveté, le nouvel essai des deux spécialistes de philosophie de la nature et d’éthique environnementale critique la collapsologie et son « innocuité politique ».

Climat : « Si on veut agir, il ne faut pas être catastrophiste »

Dans leur essai « Le pire n’est pas certain », Catherine et Raphaël Larrère s’opposent aux collapsologues, accusés de dépolitiser l’écologie.

Catherine et Raphael Larrere, auteurs de << Le pire n'est pas certain. Essai sur l'aveuglement catastrophiste >>.

Catherine et Raphaël Larrère, auteurs de « Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste ».

La pandémie de coronavirus, en mettant le monde à l’arrêt, est venue conforter la certitude, chez les collapsologues, de l’imminence de l’effondrement de notre civilisation industrielle. En mars, l’ancien ministre et ex-patron des Verts Yves Cochet, qui avait prophétisé dans un livre paru en 2019 qu’une pandémie pourrait entraîner l’effondrement des États,  nous confiait ainsi : « Avec mes copains collapsologues, on s’appelle et on se dit : Dis donc, ça a été encore plus vite qu’on pensait. » Pendant ce temps-là, Catherine et Raphaël Larrère mettaient à profit le confinement pour écrire…

Jeunes pousses sur une zone brûlée, en Namibie.

« Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste », de Catherine et Raphaël Larrère, Premier Parallèle, 208 p., 18 €, numérique 12 €.

Faut-il croire en l’effondrement prochain de notre civilisation ? Plusieurs auteurs à succès, scientifiques, essayistes ou politiques, ont popularisé l’idée que cette conséquence des dérèglements de l’écosystème planétaire serait inéluctable. Certains, comme l’ancien ministre de l’environnement Yves Cochet, vont jusqu’à dater cette fin du monde imminente, autour de 2030. C’est toutefois Pablo Servigne qui, en France, a défendu avec le plus de retentissement la thèse de l’effondrement, preuves chiffrées et courbes vertigineuses à l’appui, en particulier dans Une autre fin du monde est possible (avec Gauthier Chapelle et Raphaël Stevens, Seuil, 2018).

Voilà pourquoi ses prises de position font l’objet, dans Le pire n’est pas certain, des critiques les plus systématiques. Respectivement philosophe et ingénieur agronome, Catherine et Raphaël Larrère veulent en effet dénoncer dans ce livre l’idéologie « effondriste », qui s’est vu attribuer, à la suite des théories de l’Américain Jared Diamond, le nom scientifique de « collapsologie » (de l’anglais collapse, « effondrement »).

Spécialistes de philosophie de la nature et d’éthique environnementale, les Larrère ne veulent pas pour autant verser de l’eau polluée au moulin des défenseurs du business as usual, ni boire les paroles consensuelles du « développement durable » ou de la « croissance verte ». Pas plus de déni que de naïveté : il y a bien urgence. Puisqu’une croissance illimitée dans un monde fini est impossible, puisque la crise écologique annoncée depuis le début des années 1970 est désormais avérée, si les Etats n’agissent pas, notre système, aussi complexe que vulnérable, est de fait menacé. Comment donc ne pas adhérer à la prophétie de malheur des collapsologues, ni reconnaître sa vertu mobilisatrice ? C’est là toute la difficulté théorique et politique à laquelle se confrontent les auteurs.

Deux types de catastrophisme

Au-delà de l’effet de sidération et de fascination exercé par la catastrophe annoncée, il faut distinguer deux types de catastrophisme. Le premier serait « ontologique », c’est-à-dire qu’il décrirait une réalité nécessaire, absolue, certaine, comme le font les collapsologues. Le second serait « méthodologique » et relèverait du « catastrophisme éclairé » défendu par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Selon cette approche, il ne s’agit pas de proclamer quel serait le sens de l’histoire mais de définir un futur probable afin de créer les conditions pour qu’il ne survienne pas.

Les conséquences éthiques et politiques de ces conceptions de la catastrophe sont très différentes : si l’effondrement est certain, il ne vous reste qu’à vous y préparer, en l’acceptant à travers un repli survivaliste ou la création de petites communautés résilientes. En revanche, si la catastrophe est probable, vous pouvez agir contre les forces qui contribuent à la provoquer, ce qui vous engage vers la lutte au sein d’un monde pluriel où d’autres mondes restent possibles, comme des milliers d’initiatives locales l’attestent.

L’« effondrisme », en somme, apparaît frappé d’« innocuité politique ». Il relèverait même, selon les auteurs, d’un nouveau grand récit nourri d’un imaginaire gestionnaire, statistique et simpliste du « système Terre », qui serait comme l’ombre de la globalisation thermo-industrielle occidentale, incapable de remettre en cause sa téléologie linéaire et unificatrice. En dernier ressort, il affaiblirait la pensée et l’action écologique dans une sorte de résignation millénariste qui, passé son effet d’alerte, risque de réduire l’écologie politique à une technique de développement personnel.

Le Pire n’est pas certain
L’écologie ne doit pas se laisser absorber dans un courant qui, finalement, dessert ses objectifs.

Le Pire n’est pas certain Essai sur l’aveuglement catastrophiste

La chose est entendue : nous ne vivons plus dans un système climatique stable, la biodiversité s’érode, les océans s’acidifient. En entrant dans l’ère de l’Anthropocène, nous avons perdu le contrôle de notre monde. La science de l’effondrement, ou collapsologie, affirme que la catastrophe est inévitable et qu’il ne nous reste plus qu’à nous y préparer. Il nous faut accepter la chute, que l’on s’en désespère ou que l’on y trouve une jouissance coupable. Autrement dit, « il n’y a pas d’alternative » – comme le disait en son temps Margaret Thatcher.
Or il y a une alternative. Il y en a même de très nombreuses, car ailleurs la catastrophe est déjà arrivée et a déjà donné naissance à des mobilisations politiques et écologiques. Le catastrophisme, cette construction récente qui touche les classes moyennes occidentales, c’est un « récit du Tout », un récit dépolitisé qui nous encourage à nous prendre en charge de manière privée. Or, c’est en politisant l’écologie et en adoptant un point de vue local que nous verrons se rouvrir les possibilités d’action, dans leur pluralité. C’est ainsi que nous éviterons la catastrophe – car elle est évitable.

« Un très grand livre. » C Politique, France 5

« Un plaidoyer pour l’action politique » Thomas Snegaroff, France Info

« Gageons que ce livre fera débat, mais la démonstration est convaincante. » La Croix l’Hebdo

« Les deux auteurs démontent la mécanique des théoriciens de l’effondrement, leurs approximations. Et tissent donc un lien entre le récit effondriste et celui du progrès, le second étant présenté comme le négatif du premier. » Hervé Gardette, France Culture

« Le livre permet de prendre des distances avec un unanimisme dangereux et de se rapprocher de la complexité du monde. Le débat démocratique et l’urgence écologique y trouveront, tous les deux, leur compte. » La Vie

« À l’heure où les collapsologues bénéficient d’une importante couverture médiatique (et où leurs ouvrages se vendent comme des petits pains), la thèse développée par Catherine et Raphaël Larrère risque de ne pas leur attirer que des louanges. La philosophe de l’environnement et l’ingénieur agronome et sociologue ne sont pourtant pas dans la posture, ni dans la dénonciation facile d’un succès public, mais plutôt dans un rôle inattendu de lanceurs d’alerte : pour remettre l’écologie politique sur le chemin de l’action, il est grand temps, nous disent-ils, de se détourner des effondristes velléitaires et de remettre les mains dans la terre. » Usbek et Rica

« En 200 pages, la philosophe et le sociologue dénoncent la collapsologie – soit l’étude transdisciplinaire de l’effondrement de notre civilisation industrielle – comme un mouvement qui tend à dépolitiser l’écologie et à se renfermer dans l’inaction. » Les Inrocks


« Dans leur essai, Le pire n’est pas certain, Raphaël et Catherine Larrère s’élèvent contre un fatalisme qui empêche de penser et d’agir. » L’Humanité

« Un ouvrage subtil et tranchant ; à lire et à méditer d’urgence en ces temps troublés ! » Écologie et politique

« Une réhabilitation de la politique contre le défaitisme ambiant. » Philosophie Magazine

« Les deux chercheurs, spécialistes de l’environnement, prennent à rebours les récits sur l’effondrement qui ont gagné le débat public. » Libération

« À contre-sens de l’agenda médiatique dominé par les théories de l’effondrement, Catherine et Raphael Larrère publient un essai tout en nuance. Dans Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste, ils insistent sur la diversité des situations possibles face aux catastrophes climatiques. » L’ADN

« Ce que dénoncent Raphaël et Catherine Larrère n’est pas la mesure ou la verbalisation des dégradations environnementales en cours, mais plutôt le fatalisme résigné qui tend à les accompagner. » Le Mag du ciné

« Si vous voulez mieux comprendre notre monde, et ce qu’on peut ou doit faire pour le rendre meilleur, lisez ce livre… »  Humanité et biodiversité

Catherine et Raphaël Larrère

Catherine et Raphaël Larrère

Catherine Larrère, professeure émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, a largement contribué à développer en France la philosophie environnementale. Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue, est spécialiste d’éthique environnementale.

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