Les complotistes, l’esprit grand fermé
Les croyances en des conspirations tous azimuts intriguent les chercheurs. Quel est le profil psychologique de ces adeptes de la cabale ? Dans sa chronique, Sylvie Chokron détaille les dernières connaissances en la matière.
« Le coronavirus a été créé de toutes pièces en laboratoire ! » « Les vaccins qu’on nous propose sont destinés à nous implanter une puce électronique. » Et pourquoi pas nous connecter à la 5G en même temps ? Les théories du complot sont toutes plus délirantes les unes que les autres et même, parfois, contradictoires. Ainsi, ceux qui prétendaient que la princesse Diana avait été assassinée étaient également les plus enclins à penser qu’elle avait falsifié sa propre mort.
On a souvent avancé que les personnes les plus exposées à ce type de croyances souffraient d’un sentiment de persécution, c’est-à-dire d’une tendance paranoïde. Néanmoins, le nombre important de théories qui émergent régulièrement ainsi que le fait qu’un nombre non négligeable de nos concitoyens y adhèrent suggèrent que ces croyances ne sont pas nécessairement liées à un trouble mental avéré.
Ces dernières années, fort heureusement, de nombreuses recherches visent à comprendre quels sont les processus cognitifs, depuis la perception jusqu’à l’analyse des informations qui favorisent ce type de croyances. Michiel van Elk, de l’université d’Amsterdam, a tout d’abord montré que la propension à croire à une théorie paranormale ou conspirationniste pourrait être liée à un biais perceptif. Les détails d’une information seraient traités avant la globalité de celle-ci, alors que c’est habituellement l’inverse qui est attendu.
Pas de hasard
Sebastian Dieguez et ses collègues de l’université de Fribourg ont, quant à eux, tenté de comprendre si le fait d’adhérer à une théorie du complot était lié à un refus d’accepter le rôle du hasard comme explication possible d’un phénomène. Ces auteurs ont ainsi mené trois études visant à corréler les idées conspirationnistes et l’acceptation du hasard comme cause potentielle d’un événement et n’ont trouvé aucun lien entre ces deux facteurs. Le fait que les complotistes évoquent une théorie pour expliquer des faits en clamant souvent que « de toute façon rien n’arrive par accident » ne recouvre donc aucune disposition particulière vis-à-vis du rôle du hasard.
Très récemment, Nico Pytlik, Daniel Soll et Stephanie Mehl, de l’université de Marbourg, en Allemagne, ont demandé à 519 sujets d’indiquer leur degré de croyance vis-à-vis de 20 théories complotistes. Etait aussi mesurée la propension des participants à tirer des conclusions rapides à partir d’informations communiquées. Les résultats montrent cette fois clairement que le degré de croyance dans une théorie conspirationniste est corrélé à la tendance des participants à tirer des conclusions très rapidement à partir de très peu d’informations.
Faible ouverture d’esprit
Enfin, l’équipe de Viren Swami, au Royaume-Uni, a tenté de savoir si un mode de pensée particulier pouvait expliquer ce type de croyances. Leurs résultats montrent une association positive et significative entre la tendance à croire aux conspirations, une faible ouverture d’esprit et un jugement des situations plus intuitif qu’analytique. Fait intéressant, dans un

e seconde partie de l’étude, les auteurs révèlent qu’exercer expérimentalement des sujets à une tâche de raisonnement analytique réduit, de fait, leur tendance à croire à ce type de théories.
La commission européenne, l’Unesco, les Etats, les établissements scolaires, les médias tentent tous, à leur niveau, de nous apprendre à identifier, critiquer et réfuter les différentes théories du complot dont nous sommes inondés régulièrement, en particulier sur les réseaux sociaux. De manière complémentaire, développer le raisonnement de fond dans tous les domaines, éviter de ne se fier qu’à ses intuitions ou au charisme d’un gourou ou d’un groupe d’influence, et surtout faire preuve d’une grande ouverture d’esprit, semblent être des facteurs qui protègent des sirènes complotistes qui attirent de nouveaux adeptes chaque jour. Me croirez-vous sur parole ? Ceci n’est pas une conspiration anticonspirationniste.