Le décor: une cuisine canadienne dans une demeure de la ville de Winnipeg, capitale de la province du Manitoba. Le terrain de jeu d’une fillette élancée aux longs cheveux bruns. La gamine s’y livre à toutes sortes d’expériences, mélangeant des épices et des aliments pour créer une mixture, congelant de l’eau pour découvrir la réaction chimique qui s’ensuit.

La scène se déroule au crépuscule du XXe siècle. Alors que certaines de ses amies aspirent peut-être à suivre les traces de leur compatriote Céline Dion, qui vient d’accéder à la gloire internationale, Samantha Anderson est déjà irrésistiblement attirée par les atomes, les molécules et les protons: «J’ai toujours été intéressée par la science. Je voulais comprendre comment la technologie marche, pourquoi ceci flotte, alors que cela coule. Mes parents devaient m’acheter des livres qui expliquent par exemple comment les aimants fonctionnent.»

Une vingtaine d’années plus tard et après avoir franchi un océan, la jeune femme crée à Sion aux côtés de Christopher Ireland et de Bardiya Valizadeh la start-up DePoly. Tout naturellement, c’est elle qui prend la tête de l’entreprise: «Je me suis occupée des aspects légaux, du business plan, des contacts avec des sociétés. Alors, ça s’est passé comme ça, commente-t-elle simplement, avant d’ajouter: mais les décisions importantes se prennent toujours à trois.»

Surprise: un «bonjour!»

Bien que consciente de l’enjeu que représente la place des femmes dans la science et la technologie, elle n’en fait pas son combat. En tout cas, pas pour l’instant. C’est que son énergie est pointée sur une autre cause: la lutte contre la pollution plastique. Le nom DePoly, pour «dépolymérisation», est d’ailleurs explicite, et la création de la société paraît représenter tout autant un moyen d’atteindre un objectif écologique qu’une fin en soi: «Notre credo, résume la jeune entrepreneure, c’est qu’il ne devrait pas y avoir des amoncellements de plastique de la surface du Texas dans les océans. Nous voulons contribuer à réduire cette quantité pour que les générations futures vivent sur une planète plus propre.»