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2021, année cruciale pour la biodiversité

La sixième extinction de masse est-elle toute proche ? Les scientifiques estiment qu’il faut prendre des mesures fortes dans la décennie pour préserver la nature.

Le dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces d'ici à 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches en biodiversité, selon un rapport.Le dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces d’ici à 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches en biodiversité, selon un rapport.

2021, année du vaccin contre le covid-19 mais aussi année de la biodiversité. Deux enjeux qui ne sont pas sans lien. « Une telle pandémie ne serait jamais advenue si notre rapport à la nature était mieux maîtrisé », pointe Bruno David, président du Muséum national d’histoire naturelle qui publie ces jours-ci A l’aube de la 6e extinction (Grasset). Avons-nous pris conscience de la richesse de la Terre après l’avoir tant malmenée depuis qu’Homo est devenu sapiens ? 2021 marquera donc un tournant majeur dans notre rapport à la nature avec une série de rencontres internationales.

Dès le 11 janvier, le sujet sera mis sur la table du One Planet Summit, qui devrait se dérouler en partie à Paris ; puis se tiendra le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature en septembre où sera publiée sa liste rouge, à savoir l’inventaire le plus complet des espèces animales et végétales. Enfin, la Chine accueillera à Kunming la COP 15 de la biodiversité. « Elle doit être pour cette dernière ce que la COP 21 fut pour le climat en 2015, à savoir un point d’étape crucial dans la prise de conscience des Etats », résume Pierre Cannet, directeur du Plaidoyer de l’association WWF.

Signe d’intenses négociations diplomatiques, ce rendez-vous dans l’empire du Milieu est un symbole à ne pas rater. Au point qu’il pourrait être déplacé à l’automne. « En fonction de l’évolution de la pandémie mais aussi parce qu’il vaut mieux prendre le temps pour aboutir à un acte majeur », souffle un diplomate.

« Il y a urgence à changer nos comportements mais il est encore temps »

La question de la biodiversité souffre d’un complexe d’infériorité par rapport à celle du climat. Un phénomène qui s’explique notamment par un déphasage chronologique : le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) fut créé en 1998 alors que son équivalent pour la nature, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), n’a que huit ans d’existence. « Par ailleurs, le climat est une notion simple qui répond à des indicateurs définis – température et humidité – alors que la biodiversité est un concept plus complexe, ajoute Bruno David. Il existe des milliers d’écosystèmes sur la planète, des millions d’espèces et des milliards d’interactions entre elles. »

Difficile, donc, à l’échelle mondiale de prendre des décisions fortes. Pis, la lutte pour la préservation de la biodiversité manque cruellement de cap pour l’actuelle décennie. En 2015, l’accord de Paris en a fixé un pour le climat : « Limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. » La biodiversité, via sa COP 15 chinoise, doit arrêter un objectif aussi fort. Plusieurs pays, dont la France, militent afin de mettre en place un cadre pour « protéger 30% de la planète des activités humaines d’ici à 2030 ».

La sixième extinction de masse tant annoncée par nombre de collapsologues est-elle inévitable ? « En termes de trajectoire d’extinction, les projections de l’IPBES estiment le nombre d’espèces qui déclinent à un million. Sur les dix millions existantes, cela fait une fourchette de 10%. On est encore loin de ce qu’il s’est passé durant les cinq grandes crises précédentes, qui affichaient un taux de 80% ! » tente de rassurer Bruno David. Avant de prévenir : « Ce qui m’inquiète davantage, c’est la vitesse à laquelle nous allons dans le mur. Les comparaisons avec le passé se faisaient sur plusieurs millions d’années alors que là, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, se déroule sur à peine deux cents ans ! Il y a urgence à changer nos comportements mais il est encore temps. »

Certains spécialistes veulent accélérer le mouvement, estimant que la politique des aires protégées serait insuffisante. « Il n’y a pas qu’une logique de territoire mais tout un modèle de consommation à repenser », poursuit Bruno David. Cela passe par la lutte contre l’artificialisation des sols, une meilleure gestion des espaces naturels (agriculture, pêche, forêts, espèces envahissantes) et, bien évidemment, la bataille contre le changement climatique. « 2021 sera une année cruciale pour la biodiversité, à l’échelon international. Chacun doit prendre ses responsabilités, qu’il s’agisse des Etats comme des citoyens », conclut Pierre Cannet. Un immense défi, en somme.

Bruno D. Cot ( envoyé par l’auteur )

1 Commentaire

  1. Il ne serait pas raisonnable de jouer les troubles fêtes en rappelant des données factuelles qui devraient nous faire « froid dans le dos », mais quand même, s’agissant d’un sujet tellement grave, comment refuser d’observer lucidement, les choses telles qu’elles sont et surtout à la vitesse qu’elles évoluent ?
    Encore temps pour … ? Trop tard pour … ?

    C’est un vrai débat qui agite de nombreuses communautés de pensées. Comment s’aider à y voir clair ?
    Lorsque l’on dispose d’une visibilité par nos propres sens, sur la durée raisonnable d’un demi siècle, nous disposons d’assez d’informations, d’assez d’observations, pour se dire que les choses évoluent décidément très rapidement, au point de déceler des changements importants, sur une toute petite tranche de temps.

    Un demi siècle, c’est rien à l’échelle de la vie de notre humanité et encore moins que rien à l’échelle de la vie sur terre.

    Par contre, un demi siècle, dans la vie d’un humain, c’est statistiquement plus que le moitié d’une tranche de vie. C’est beaucoup, dans la vie d’un homme.

    Et en une cinquantaine d’années, que de bouleversements observés. C’est même gigantesque tout ce qui vient de se passer durant les cinquante dernières années.
    En admettant une simple prolongation linéaire des changements observés durant cette dernière cinquantaine d’années, pour la cinquantaine d’années prochaines, que pourrions-nous imaginer comme changement à venir ?
    Tout aussi gigantesque que la période précédente.
    Mais le facteur inquiétant, c’est que les changements observés ne semblent pas évoluer de façon linéaire mais bien plus rapidement encore, à mesure que le temps passe. Tout semble se passer comme si, la vitesse des changements observés accélérait sans cesse.
    Il est donc probable que nous constations encore plus de changements entre maintenant et une cinquantaine d’années plus tard, qu’entre maintenant et cinquante années en arrière.

    Tout cela, sous condition que nous ne soyons pas victimes d’un effet de seuil, associé à une commutation brutale, comme le franchissement d’un état à un autre, de façon discontinue, comme cela s’observe dans la nature, avec certains processus.
    Aujourd’hui, personne, même pas la communauté scientifique ne sont en mesure de garantir que nous ne serons pas victime d’un effet de seuil, avec une échéance sans prévenance aucune, prenant la forme d’un basculement soudain.
    De façon raisonnée, nous devons acter que nous avons déjà pénétré dans cette zone d’incertitude où un processus majeur pourrait basculer, sans prévenance aucune.
    Cela peut concerner le climat, un courant marin majeur, une crise sociale et/ou politique en lien avec certains changements devenus insupportable, l’émergence d’un virus incontrôlable et ses conséquences, un accident nucléaire majeur avec impacts en cascade, un couplage de divers événements majeurs se déclenchant et/ou se nourrissant les uns des autres, …

    Tout cela pourra t-il attendre 2100, sans que la vie sur Terre ne soit altérée de façon trop grave, sans affecter l’essentiel de nos modes de vie hors sol ?

    A la vitesse des changements observés ces cinquante dernières années, compte tenu du gradient observé de la vitesse des changements, il est maintenant improbable que nous atteignons cette échéance sans trop d’encombre.

    Combien nous reste t-il raisonnablement de temps, en changeant si peu de choses, comme nous le faisons actuellement ?
    Sauf commutation brutale liée au basculement d’un processus majeur, c’est une poignée de dizaine d’années maximum qu’il semble y avoir encore devant nous. Une décennie ? Deux ? Trois ? Plus ?
    Notre système a la capacité de pouvoir évoluer de façon tellement chaotique, avec de trop nombreux facteurs plus ou moins liés entre eux, soumis à de trop nombreux événements différents, que faire une prédiction relèverait de la sorcellerie.
    Ce que notre intuition nous dit clairement et sans grand doute, c’est qu’il semble bien que nous soyons au bout du bout, si l’on considère la vitesse d’effondrement des individus d’espèces animales, comme cela n’est jamais survenu, durant la montée en puissance de l’humain. Il s’agit d’un véritable écroulement, auquel nous assistons avec une placidité surprenante.
    A la vitesse où vont les choses, 2100 semble un échéance bien trop lointaine, presque utopique.
    Encore temps pour « changer les choses  » ?
    Si l’objectif était de ralentir un peu, le mur qui s’approche, probablement oui.
    Si l’objectif est de maintenir le mode de vie que nous avons actuellement, avec le nombre que nous sommes à l’avoir, il s’agirait alors d’une utopie.
    Au rythme où vont les choses, il est maintenant peu probable que nous soyons ici, toujours bien tranquille, derrière nos claviers physiques ou virtuels, en 2050, à pouvoir échanger et partager nos remarques sur les perspectives d’avenir de notre humanité.
    Au mieux, nous pourrions, peut-être, au prix de réformes majeures et d’ampleurs, jouer un tout petit peu, les prolongations. Nous ne semblons hélas pas en bonne voie de le tenter, faute de mobilisation et de consensus.
    Nous aimerions bien qu’il en soit autrement, mais en même temps, si l’on est un tant soi peu observateur, rationnel et lucide, nous savons bien au fond de nous, qu’il est déjà bien trop tard pour cela.
    Toute autre attitude serait soit du déni, soit de l’ignorance des choses telles qu’elles sont, soit plus souvent, un savant mélange d’un peu des deux.

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