Antonio Costa président tournant du Conseil de l’Union européenne…
Le Premier ministre portugais prend à partir du 1er janvier la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.
A partir du 1er janvier, le premier ministre portugais assurera la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Cette date est aussi celle de la mise en vigueur de l’accord sur le Brexit, il est donc à craindre que les centaines de milliers de dispositions nouvelles ne recèlent chacune leur bombinette. Bon courage ! Pour se délasser Antonio Costa pourra toujours aller voir la comédienne Jeanne Balibar au théâtre. Celle-ci a en effet annoncé qu’elle « s’envolait » pour le Portugal. Sans doute pour fuir la dictature macronienne car, elle est sûre d’une « volonté délibérée d’agresser le monde de la culture ». Bien la peine d’avoir fait des études supérieures.
Cette nouvelle visiteuse ne suffira sans doute pas à compenser pour Costa l’hémorragie de touristes que le Covid-19 lui a fait subir. Il a perdu 80% de ses visiteurs britanniques, les plus assidus d’ordinaire (devant les Français). Il y en a au moins un dont le Portugal se serait bien passé : celui qui vient d’importer à Madère le nouveau virus britannique. Or, le tourisme est vital pour la popularité de Costa. Ce sont sa relance de l’économie par l’investissement immobilier et touristique et sa volonté de tourner la page de l’austérité qui l’ont fait élire en 2015 et réélire en 2019. Le socialiste, fils de militants communistes, s’était appuyé sur une alliance des gauches, PC et écolos compris, vite surnommée « le bidule ». Pourtant le bidule a fonctionné. Les socialistes européens à la dérive se sont mis à le consulter comme on allait à Fatima. Début 2020, le gouvernement Costa a présenté un budget excédentaire, du jamais vu depuis le retour de la démocratie en 1974. Hélas, le virus ne respecte rien. Même les « miracles ».
Réinventer l’Union européenne à 27 ?
Une fois le divorce avec le Royaume-Uni consommé, l’Union européenne va devoir se réinventer pour resserrer les liens entre l’est et l’ouest sans aggraver la fracture entre les grands et les petits pays européens.
Qu’est-ce que l’Union européenne sans la Grande-Bretagne ? Après avoir consommé leur divorce et conclu un accord à la dernière minute sur leurs futures relations, l’Union se trouve amputée de 15 % de son PIB et perd quelque 66 millions d’habitants, soit 13 %.
Cette rupture est sans précédent depuis la création, il y a soixante-dix ans, de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), qui devait initialement sceller la réconciliation franco-allemande. Cette communauté n’avait pas cessé de grandir pour devenir cet incroyable projet, réunissant l’Europe de l’Ouest et d’ex-satellites de la défunte Union soviétique.
Mais la perte de la Grande-Bretagne n’est pas seulement une question de chiffres. Elle oblige surtout l’Union européenne à se réinventer.
Si elle veut survivre à ce divorce, l’Union va devoir se rassembler pour éviter la désintégration que pourrait annoncer le Brexit
Non pas que le Royaume-Uni ait réellement participé au rêve européen qui, à ses yeux, tendait vers le fédéralisme et la bureaucratisation. Le pays n’a pas fait partie des membres fondateurs et est resté, depuis 1973, sur le banc de touche en refusant l’euro, Schengen, ou en limitant l’application de la Charte européenne des droits fondamentaux.
Mais si elle veut survivre à ce divorce, l’Union va devoir se rassembler pour éviter la désintégration que pourrait annoncer le Brexit. Le Royaume-Uni fut le lien entre l’ouest du continent et l’est, qui faisait des yeux doux à l’Amérique. Londres a été à l’initiative d’élargir l’union jusqu’aux frontières de la Russie.
Certes, Boris Johnson a raté son pari de diviser les 27 pays membres. Le Français Michel Barnier a su mener de main de maître les négociations sur le Brexit et a réussi le tour de force de maintenir l’unité de tous dans cette épreuve.
Mais cette unité ne signifie pas que les fractures – profondes – de l’Union européenne aient disparu. La Hongrie et la Pologne se sont déjà éloignées des valeurs fondamentales de l’union, dérivant vers la « démocratie illibérale ». L’euro est une oeuvre inachevée, faute d’une véritable intégration budgétaire, et n’est toujours pas un outil de puissance comme le dollar. De même, l’alliance franco-allemande n’est pas assurée pour tous les temps.
L’Europe va devoir en outre lancer une véritable politique commune face aux migrations et une stratégie sanitaire pour l’après-Covid-19. Surtout, l’Europe réduite à 27 doit se hisser au niveau de la puissance politique de l’Amérique et de la Chine. Une Europe de la défense, autonome de l’Otan, est une chimère sans le Royaume-Uni, seule vraie puissance militaire européenne avec la France. L’Europe risque bien de rester ce qu’elle est, en réalité un petit cap de l’Asie. A moins que, comme après la crise de 2008, elle prouve sa capacité à rebondir.
Jacques Hubert-Rodier et Sabine Delanglade
lesechos