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Climat : entre canicules et sécheresses à répétition, l’inquiétant visage de la France en 2100

Selon des projections de Météo France, une hausse de la température moyenne de 3,9°C d’ici la fin du siècle, et jusqu’à 6 degrés dans certaines zones, est à craindre si rien n’est fait contre le réchauffement climatique.

D’ici 2100, les épisodes de canicule risquent de devenir récurrents en France.

À quoi ressemblera la vie en France en 2050 ? Et en 2100 ? Année après année, les scientifiques mettent en avant l’impact du réchauffement climatique sur notre quotidien. Et, c’est désormais une certitude, le changement climatique n’aura pas uniquement un impact à l’autre bout de la planète. Dans un rapport publié ce lundi par Météo France et relayé par Le Monde, les prévisions des climatologues dessinent un tableau inquiétant si rien n’est fait, d’ici à la fin du siècle, pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. « En France, la hausse des températures a atteint 1,7 °C depuis 1900 et s’est accélérée ces dernières décennies. Les conséquences sur notre territoire s’accentueront inévitablement d’ici 2050. Si nous ne renforçons pas assez nos actions de lutte contre le changement climatique, le réchauffement pourrait être encore plus fort en seconde moitié de siècle », note l’institut météorologique.

Pour arriver à ces conclusions, Météo France a sélectionné et analysé trente simulations du climat futur faites sur l’Europe, en collaboration avec l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL) et le Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs). Ce vaste jeu de données, intitulé Drias, a permis à l’institut de dresser trois scénarios en fonction de notre politique climatique future. Le premier est le plus optimiste. Il imagine une France qui atteindrait la neutralité carbone vers 2070. Dans ce futur-là, le réchauffement serait limité à 1°C en moyenne par rapport à la période de référence 1976-2005 – à laquelle il faut encore ajouter 0,8°C pour connaître le réchauffement depuis l’ère préindustrielle. La deuxième hypothèse, moins ambitieuse, prévoit que les émissions poursuivent leur course avant un freinage à partir de 2050. Là, le mercure grimperait de 2,2°C en moyenne. Enfin, dernier scénario : rien de change. Et sans surprise, nous risquons quelques suées froides : la température augmenterait dans ce dernier cas de l’ordre de 3,9 °C par rapport à la période 1976-2005. Des prévisions dans les deux dernières hypothèses bien au-delà des objectifs de l’accord de Paris, qui prévoit de limiter le réchauffement « nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible sous 1,5°.

Avec près de 4°C de plus en 2100, les conséquences en France seraient importantes : la France métropolitaine subirait des canicules quasi permanentes en été (avec une hausse de + 6°C selon certaines simulations), des sécheresses beaucoup plus longues, la moyenne montagne ne verrait presque plus de neige et les gelées disparaîtraient quasiment de la plupart des régions. « Les principales angoisses de ce rapport résultent de la hausse des températures et des sécheresses répétées si on ne fait rien pour maîtriser les émissions de gaz à effet de serre », affirme à L’Express Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint de la climatologie à Météo France et coordinateur du rapport Drias. « Avec jusqu’à dix fois plus d’épisodes de canicules et de ‘nuits tropicales’ – quand la température ne descend pas sous 20°C – et jusqu’à 30 à 50 % de sécheresses, on vivra dans un monde totalement différent. Ce sera un climat proche de celui de l’Afrique du Nord », poursuit-il.

Quoiqu’il arrive, les canicules vont se multiplier et s’intensifier. Reste à savoir dans quelle mesure. Selon ce rapport, le nombre de jours de vague de chaleur serait multiplié par deux dans le scénario le plus optimiste, par trois à quatre dans le scénario intermédiaire et par cinq à dix dans le scénario le plus pessimiste. Concrètement, toutes les régions de France métropolitaine seront concernées par ce réchauffement, mais certaines d’entre elles seront plus particulièrement exposées. La chaleur sera plus forte dans la moitié sud-est du pays, de l’ordre de 1°C supplémentaire. Et c’est même en montagne, dans les Alpes et les Pyrénées, que le réchauffement fera le plus sentir ses effets. L’arc méditerranéen, les vallées du Rhône et de la Garonne vivront des étés absolument torrides puisque les vagues de chaleur supérieures à 50°C pourront s’étaler sur des périodes supérieures à un ou deux mois continus en été.

« Les jeux sont faits »

Contacté par L’Express, Hervé Le Treut, climatologue, spécialiste de la simulation numérique du climat et Professeur à Sorbonne Université, juge ces scénarios « absolument crédibles » : « Nous sommes dans une phase où le climat change. On sait que nous sommes dans une situation qui s’aggrave, année après année, parce qu’on continue d’émettre toujours davantage de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ». Une analyse partagée par le climatologue de Météo France Jean-Michel Soubeyroux : « Pour les deux ou trois prochaines années, les jeux sont faits. On va continuer sur les mêmes tendances, et nous allons entretenir le changement climatique. Mais si nous n’agissons pas maintenant, on connaîtra des événements monstrueux entre 2050 et 2100 ». Les deux scientifiques révèlent également le risque d’inégalité qui sous-tend ces augmentations de températures. « Il est possible de vivre à plus de 50°C, mais si on en a les moyens. Dans les hôtels 5 étoiles, ou dans un grand appartement avec la climatisation, on ne risque rien. Mais d’autres n’en auront pas les moyens », résume Jean-Michel Soubeyroux. « Cela aura aussi des répercussions non négligeables sur la gestion de l’eau, de l’agriculture, de l’urbanisme… », abonde Hervé Le Treut.

Au-delà des températures caniculaires, le réchauffement climatique pourrait avoir également un impact sur la pluviométrie. Les projections simulent des cumuls entre + 2 % et + 6 % selon les horizons et les scénarios. Cette moyenne annuelle, assortie de fortes incertitudes, masque une grande différence entre les saisons, avec une hausse de la pluviométrie l’hiver (+ 9 % à + 20 %) et une baisse l’été, jusqu’à – 22 % en fin de siècle dans un scénario d’émissions incontrôlées. Ce qui laisse supposer des sécheresses et difficultés pour l’agriculture et milieux naturels. « C’est un cercle connu. Plus il fait chaud, plus il y a de l’évaporation. Donc l’atmosphère se remplit d’eau, ce qui peut créer, par la suite, des pluies diluviennes et engendrer, le cas échéant, des inondations par exemple », explique Hervé Le Treut.

Le climatologue met par ailleurs en avant le risque lié au relèvement du niveau de la mer engendré par le réchauffement climatique. « Selon les projections, on table sur un relèvement entre 50 centimètres et un mètre en fin de siècle. Or, à partir d’un demi-mètre, des zones comme la Camargue ou le Morbihan seront très sérieusement menacées », pointe Hervé Le Treut.
Réduire les émissions de gaz à effet de serre

Si la dynamique du réchauffement climatique est connue depuis plusieurs décennies, ce rapport a pour objectif de « mettre à disposition des autorités un jeu de données important pour s’adapter à ces défis », résume Jean-Michel Soubeyroux. Pour limiter l’impact du changement climatique, les chercheurs mettent en avant la nécessité de stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre, avant de les réduire drastiquement. « Nous devons nous diriger rapidement vers la neutralité carbone, prévient Hervé Le Treut. Le futur se joue maintenant, et la situation devient de plus en plus irréversible ». Le climatologue met toutefois en avant que la solution ne se trouve pas uniquement en France : « Tout le monde a un rôle à jouer. La France ne représente que 1 % des émissions de gaz à effet de serre, et l’Union européenne en émet 10 %. Ce qui se passera en France dépend beaucoup des décisions des autres États ».

Alors que la prise de conscience citoyenne du changement climatique est de plus en plus grande, Hervé Le Treut loue également les actions locales qui se multiplient, à leur échelle, pour sauver le climat. « Quand on prend une décision sur le climat, on n’en voit les effets concrets que 20 ou 30 ans plus tard. Ce n’est pas au climat de s’adapter aux politiques, mais à ces derniers de s’adapter au climat. », souffle Jean-Michel Soubeyroux. Aujourd’hui, le temps joue contre nous, mais le climatologue de Météo France l’assure : « Il convient de rester optimiste, les solutions sont entre nos mains ».

Yohan Blavignat ( envoyé par l’auteur )

1 Commentaire

  1. Ce qui est délicat dans ces projections, comme d’autres convergentes dans le même sens, c’est que quelques soient les scénarios envisagés, ils nous sont tous défavorables?
    La variabilité dans cette évolution du processus est l’importance et le niveau de difficultés auxquelles nous allons inévitablement être confrontés, sans oublier tout le vivant de la planète, dont l’avenir est déjà entamé sérieusement, pour ne pas dire compromis dans un terme maintenant relativement court, si l’on considère simplement la durée d’une vie humaine.
    Nous en sommes déjà à ce stade avancé et pour autant, cela n’empêche pas une majeure partie d’entre nous, de continuer à faire comme si de rien n’était.
    Enfin pas tout à fait, pour être plus juste.
    La pandémie vient de nous forcer, d’une certaine façon, à modérer certaines de nos consommations effrénées.
    Nous prenons moins de croisières, moins d’avions. Nous faisons moins de grands voyages lointains. Nous nous déplaçons moins, pour un oui ou un non. Constat de moins de véhicules accidentés, moins de cambriolages, moins de décès sur les routes. Nous sommes devenus, un peu plus raisonnables, mais plus par force que de raison.
    Et si pour nous aider à faire baisser nos consommations, donc nos rejets gaz à effet de serre, donc infléchir les projections de hausse de température, la pandémie était notre alliée ?
    Nous faudrait-il des événements hors de contrôle qui nous forcent la main, pour nous aider à ralentir la vitesse de progression des conséquences de nos actes ?
    Faute de nous accorder et de nous unir pour baisser spontanément nos émissions GES, ne faudrait-il pas souhaiter y être contraint, par la force des choses ?
    Le fléchissement de l’économie actuelle, basée sur une croissance sans limite, si elle occasionne des difficultés, pour ne pas dire des malheurs et des disparitions, n’est-elle pas une chance au final pour l’humanité et le vivant de la planète ?
    Et si ne pas vaincre la pandémie actuelle devenait une chance pour l’humanité de demain, le prix étant à payer par les générations actuelles ?
    Et s’il s’agissait d’un mal pour un bien, au final ?
    Angle de vue pas évident à avoir, presque subversif, si l’on considère la situation actuelle et les craintes avec lesquelles nous tremblons tous, pour nos anciens.

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